Airbnb au Canada : attention on vous traque !

Publié Par Mathieu Bédard, le dans Canada

Par Mathieu Bédard.
Un article de l’Institut économique de Montréal

La sous-location sur Internet d’appartements entiers, d’une chambre ou d’un divan est un phénomène récent. Les mesures prises pour le décourager et le traduire en justice pourraient suggérer qu’il s’agit d’une activité hautement dommageable pour la société. La réalité est un peu différente et les moyens déployés pour le combattre sont d’une ampleur absolument ridicule.

Des détectives pour dénoncer les fraudeurs

L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal emploie des détectives privés pour infiltrer et débusquer les gens qui sous-louent leur appartement sur Internet.

Aux grands maux les grands remèdes, on fait comme dans Donnie Brasco, où Johnny Depp jouait le rôle de Joseph D. Pistone, un agent du FBI sous couverture qui infiltre une famille de la mafia new-yorkaise après s’être fait recruter par un tueur à gages.

Ou encore comme dans la série télévisée Omertà, où Luc Picard jouait le rôle d’un agent de la Sûreté nationale (sic) qui infiltre la mafia montréalaise lors d’une guerre opposant différentes familles du crime. Est-ce qu’on n’est pas en train d’exagérer ?

J’ai moi-même été un grand utilisateur d’Airbnb, l’une de ces plateformes où on peut proposer un hébergement. Pas à Montréal, mais principalement dans le sud de la France. J’habitais à Marseille, dans le Sud-Est et enseignais deux jours par semaine à l’École d’économie de Toulouse, quelque 450 kilomètres plus loin dans le Sud-Ouest. Je n’étais pas à plaindre, mais mon revenu mensuel était moins important qu’un travailleur au salaire minimum à temps plein. Me louer une chambre ou aller à l’hôtel, en plus de payer mon loyer, était hors de mes moyens. Les plateformes de sous-location m’ont permis de rendre cette situation viable financièrement.

Airbnb pour arrondir ses fins de mois

Parmi mes hôtes Airbnb, pas de tueur à gages, ni même de fraudeur fiscal, mais des gens qui avaient une chambre disponible dans leur logement et essayaient de joindre les deux bouts ou faire des rencontres. J’ai d’abord logé chez un couple d’artistes qui faisaient rouler une petite troupe de théâtre et qui avaient autant besoin d’un locataire Airbnb pour boucler leurs fins de mois que moi d’un hôte.

Plus tard, j’ai été chez un charmant couple près de la retraite et dont le fils était parti étudier dans une autre ville. Ils louaient leur chambre moins pour avoir un revenu supplémentaire que pour l’expérience et les échanges. Puis ce fut ce père de famille récemment divorcé, avec une maison qu’il n’arrivait plus à payer seul. Ou encore cette infirmière avec une maison immense en centre-ville, qui sélectionnait soigneusement ses locataires et où on y rencontrait d’autres occupants de partout dans le monde, comme dans l’Auberge espagnole.

Le point commun entre toutes ces expériences est qu’elles étaient mutuellement désirées et bénéfiques pour les deux parties. Chacun y trouvait son compte et personne n’était floué. L’historique de mes locations et les commentaires des hôtes sur mes visites montre que je n’ai pas été incivil, ni bruyant. Je ne crois sincèrement pas que mon va-et-vient ait même été remarqué. Quelle aurait été la légitimité de la municipalité de manigancer des stratagèmes pour décourager ces échanges ?

Surtout, ce genre de pratiques et les lois qui autorisent Tourisme Québec à donner des contraventions complètement hallucinantes, allant de 2500 $ à 25 000 $ selon Vincent Larouche dans La Presse, limitent la capacité des plateformes de location à créer de la valeur pour la société.

Des espaces d’hébergement existent mais ne sont pas utilisés et les plateformes de sous-location permettent à ces ressources de trouver preneurs. En créant un marché, pour ce qui serait sinon du capital mort, les locataires, les hôtes et la société sont tous mieux lotis qu’ils ne le seraient sinon.

Souvent il est implicite à ce débat que ces sous-locations feraient augmenter le prix des loyers. Les personnes sont concernées par le prix des loyers devraient plutôt jeter leur dévolu sur la raison principale pour laquelle les loyers sont chers dans les grandes villes : les plans d’aménagement urbain. Une étude de 2002 qui fait autorité en économie de l’urbanisme constate que dans les grandes zones métropolitaines américaines 90 % de la différence entre le prix de vente des maisons et leur coût de construction provient de ces plans, et en particulier des lois de zonage.

Les moyens utilisés pour combattre un phénomène qui profite très largement à la société et à des personnes parfois dans le besoin sont complètement ridicules. Si on voulait vraiment s’attaquer à la crise du logement on s’intéresserait aux vrais facteurs des loyers élevés. Jamais on n’arrivera à mettre un détective privé derrière chaque étudiant qui veut louer son divan.

Sur le web

  1. Notre avenir est l’asservissement total et définitif, rien n’y fera, hormis peut-être une guerre. Mondiale.
    La question de l’asservissement est de savoir « à qui » est-on asservi.
    Et là, pour ce que j’en comprends, je pense que c’est « a personne » : le système qui se déploie sous nos yeux depuis des décennies semble dirigé par tel ou tel groupuscule puissant, par telle ou telle société secrète, par telle ou telle idéologie.
    En fait, ce système se suffit à lui-même : il génère de pseudo-décisionnaires, mais ce sont tous des fantoches.
    « Moi, le crayon » tire ici sa véritable conclusion : un système complexe, vraiment complexe, est auto-régulé, toutes les interventions humaines ne sont que marginales.
    Donc, pour revenir au sujet, il n’y a rien à faire : on est ici sur un cas significatif où les pseudo-dirigeants semblent prendre des décisions. Incohérentes. Iniques. Injustes. Mais en fait c’est juste une oscillation spontanée du système sous-jaspent, qui disparaîtra d’elle même un jour.
    Plus j’analyse ce qui nous entoure avec ce prisme, mieux je me porte. Mais plus je deviens soit cynique, soit détaché des choses. Et des gens…

  2. Une entreprise de recrutement m’a offert un job temporaire au Danemark. Je réside au milieu de l’Europe et j’ai découvert AirBnb comme étant le seul moyen abordable de trouver rapidement un logement sur place pendant les quelques mois de mon séjour professionnel. Sans AirBnb, j’aurai refusé l’offre, puisque le coût de l’hôtel aurait englouti une part trop importante du salaire offert pour le job, sachant que je ne pouvais pas interrompre les charges courantes liées à mon domicile fixe. Vu l’urgence du travail à effectuer chez l’entreprise danoise, et mon profil pointu correspondant parfaitement aux besoins, la compagnie n’aurait pas tenu ses délais et perdu une part importante de marché pour son produit si j’avais refusé. L’hôte qui m’a accueillie était divorcée. Elle devait supporter seule les frais d’études de ses deux fils. Sans mon apport financier pour sa chambre, les études de ses enfants en auraient souffert. AirBnb a donc fait au moins 4 personnes et une entreprise gagnantes dans ce seul cas.
    L’Etat ferait mieux de traquer les entreprises qui engagent de la main d’oeuvre étrangère et/ou sous-qualifiée à bas prix. Des salaires qui ne permettent pas de vivre autrement qu’en faisant appel au marché ouvert de privés à privés, pour survivre.

    1. Il y a une contradiction dans votre exemple. Vous dénoncez les entreprises qui profitent d’une main d’œuvre étrangère moins chère, et en même temps vous avez accepté d’être dans cette situation (mais peut-être ne vous considérez-vous pas un travailleur étranger au Danemark). Si l’entreprise qui vous a employé avait tant besoin de vous, pourquoi ne vous a-t-elle pas payé l’hôtel ou un salaire plus important? Et pourquoi les États devraient plus « traquer » les entreprises que les particuliers qui essayent d’optimiser leur revenus? Les unes et les autres sont tous utiles à une économie dynamique, la preuve avec votre cas. Vous défendez le libéralisme quant il vous est profitable, mais réclamez de l’interventionnisme quand cela vous nuit. Chacun voit midi à sa porte.

      1. Bien dit bravo CHATP

        Homo cyber pensez vous que Uber Google Apple Airbnb Amazon Facebook … paie réellement leurs impôt dans votre pays ?

        Vous êtes sur le point de détruire votre propre économie ! Et le système social qui va avec !

        Airbnb c’est bien c’est pas cher c’est pratique

        -car il évite de payez des impôts
        – car les personnes qui produisent ce services ne paie pas de taxe , impôts ou charge social
        – car il ne respect aucune norme fiscal social environnementale incendie hygiène

        Et pourtant l’impact est bien réel

        Imaginer un peu que votre employeur au Danemark décide de faire appel à vous via une plateforme qui lui permet d’éviter d’embaucher ou de payez des taxes et impôts ?

        Mais qui va contribuer à la société ? Qui va financer le système social ?

        Vous avez peu être des enfants vous aimez certainement savoir qu’il y a un enseignant qualifier pour s’occuper d eux à l’école !

        Demander dont à airbnb de payez l’enseignant !
        (C’est tellement génial et ils sont tellement marketigement gentil qu’il accepteront certainement )

        1. La France a un système social que le monde entier nous envie, c’est bien connu. A tel point, qu’aucun pays ne s’est hasardé à le copier…

        2. Ika, les entreprises que vous citez ne paient peut-être pas d’impôts ou trop peu. Mais AirBnB donne une source de revenus à des personnes qui seraient probablement dépendantes du système social de leur pays sans cette activité. Pour ce qui est des normes sociales, environnementales, protection contre les incendies, sécurité, hygiène et autres, le client est toujours libre de refuser les services de quelqu’un qui ne respecte pas le minimum admissible. Celui qui souhaite payer pour un logement moins cher qu’un hôtel, n’est pas pour autant prêt à accepter n’importe quelle condition de logement. AirBnB gère très bien ce genre de problèmes. Les clients sont invités à laisser des commentaires publics sur les conditions rencontrées. Ils peuvent exiger un remboursement en cas d’insatisfaction prouvée. Je le sais pour en avoir bénéficié. L’hôte le sait et s’il souhaite louer son logement plus d’une fois, il a intérêt à offrir des conditions et une description correcte qui éviteront les mauvaises surprises.
          Pour ce qui est des impôts qui échapperaient à l’Etat, je livre plusieurs informations dans ma réponse à CHATP qui démontrent que l’Etat n’est pas perdant. Indirectement, AirBnB donne d’autres occasions à l’Etat de prélever des impôts.
          En guise d’exemples supplémentaires, pensez aux étrangers pour qui AirBnB est la seule solution financièrement envisageable pour visiter un pays. Ils vont dépenser une autre partie de leur argent dans les restaurants, les musées, les attractions diverses, acheter du carburant, des titres de transports publics, des souvenirs, et pleins d’autres produits dans le pays qu’ils visitent. Cet argent viendra gonfler le chiffre d’affaires des commerces locaux, qui paieront donc des impôts supplémentaires en rapport avec ces achats. Ceux qui hébergent ces touristes vont, eux aussi, dépenser cet argent dans les commerces locaux. l’Etat va donc encaisser davantage d’impôts et tous ces impôts lui échapperaient si AirBnB n’existait pas.
          Pareil pour Uber.
          Google, Apple, Facebook et Amazon ne me semblent pas concernées par le même type de marché ouvert d’individu à individu. Ces entreprises, ou plutôt les pays qui accueillent leur siège principal respectif, posent un autre problème. Ces sociétés profitent des lois fiscales de chaque pays et les pays sont en concurrence entre eux pour attirer le maximum de grandes entreprises en espérant encaisser un minimum d’impôts. Les Etats me paraissent autant coupables que les sociétés et je ne souhaite pas poursuivre sur cet autre débat ici.

      2. CHATP, je ne suis pas dans la situation d’un travailleur étranger engagé pour moins cher. Le salaire qui m’est offert est même supérieur à celui d’un Danois pour le même travail. L’entreprise danoise a dû passer par un recruteur pour me trouver vu que le profil cherché est très pointu et que dans l’urgence elle n’a personne trouvé localement.
        Mon salaire est d’ailleurs soumis aux impôts au Danemark à un taux plus élevé que dans mon pays – qui n’est pas la France 🙂
        Si j’avais refusé ce contrat, j’aurai touché une aide sociale dans mon pays (tiens cela fait un gagnant de plus dans l’affaire) puisque j’étais momentanément sans emploi.
        La personne qui m’héberge aurait aussi eu droit à une aide sociale (voilà que le Danemark y gagne aussi doublement. Il prélève des impôts sur mon salaire et n’a pas besoin de débourser pour aider une de ses citoyennes).
        Avec AirBnB, j’ai aussi rencontré une étudiante roumaine qui n’a pas les moyens d’étudier au Danemark en résidant dans un appartement. Les logements réguliers sont d’ailleurs introuvables, puisque même les étudiants danois ne trouvent rien sur le marché « taxé » pour se loger. AirBnB était aussi le seul moyen pour cette étudiante d’envisager de se former, pour un jour être engagée à un salaire honorable qui sera soumis aux impôts.
        Si l’Etat voulait bien traquer les entreprises qui engagent de la main d’oeuvre bon marché, il ne se tromperait pas de cible, puisque ces entreprises sont aussi celles qui s’arrangent pour ne pas faire de bénéfices visibles et ainsi elles ne paient pas d’impôts.
        Les hôtes de AirBnB ne peuvent faire des affaires que si le marché des hôtels et des logements est hyper tendu et les prix gonflé par la spéculation.

        AirBnB contribue à freiner cette spéculation immobilière et ainsi diminue les risques de crises qui se produisent lorsque la bulle spéculative éclate.
        L’Etat n’est jamais gagnant dans une crise. Donc AirBnB devrait être considéré comme une aide utile à la gestion économique de l’Etat.

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