Pourquoi les Jeux Olympiques se fichent du foot

Publié Par Auteur invité, le dans Sport

 

Alors que nous sommes encore en plein Euro, et que cela attire les regards de tous les passionnés de sport, arrive à grands pas un autre grand événement estival : les Jeux olympiques, moment de communion autour de différents sports pouvant, une fois tous les 4 ans, gagner une couverture médiatique inhabituelle. Il y a pourtant un sport dont on parle en général que très peu : le football, notamment masculin.

On a pu s’en rendre compte en 2012, car aucun journal ou magazine n’a mis en avant cette compétition. Ce fut aussi le cas de la télévision hertzienne qui n’a diffusé aucune des rencontres, toutes sur chaînes câblées.

Mais quelles peuvent bien être les raisons qui poussent les médias sportifs à ignorer une compétition qui, logiquement, devrait être massivement suivie ?

L’Euro, aussi en 2016

Ce n’est peut-être pas la raison principale mais cela joue forcément. S’il est bien de combler les deux à trois mois de pause entre deux saisons de championnat par une compétition internationale (que cela soit un Euro ou une Coupe du Monde), il n’en faut pas trop non plus. En plaçant le Championnat d’Europe quelques mois avant les Jeux olympiques, ces derniers se voient fortement concurrencés, attirant moins les regards. Pas de chance : cette année, en plus de l’Euro, les JO passeront aussi après la Copa América et l’annonce de la retraite internationale de Lionel Messi, qui auront accaparé l’attention des sud-Américains.

Des règles pénalisantes

L’un des autres grands problèmes du football aux Jeux olympiques est qu’il connaît des critères assez étranges qui le rendent inintéressant. Le plus important est sûrement l’interdiction faite aux équipes masculines de football d’avoir des joueurs de plus de 23 ans (à l’exception de 3 « joker » qui sont là pour apporter un peu d’expérience aux autres). Cette règle fait qu’on a plus tendance à se trouver face à une compétition espoir, que devant une sorte de petite « Coupe du monde-bis ». Le niveau est donc bien moins relevé que dans les autres événements internationaux, et par conséquent moins intéressant à suivre.

De plus, la sélection des nations participantes est elle aussi assez particulière. En effet, elle ne prend pas les plus grandes nations actuelles du football mais bien celles qui remportent des compétitions espoirs comme l’Euro espoirs, la Coupe d’Afrique des nations des moins de 23 ans, le Championnat d’Asie des nations des moins de 23 ans, etc… On se retrouve de ce fait avec des pays assez inattendus et qui ne parlent pas forcément à tous les supporters, comme les îles Fidji, le Honduras, l’Irak, le Japon, la Suède ou le Danemark. Les grands absents étant pour 2016 l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre ou… la France. En effet, cette dernière n’est que très rarement présente à ces Jeux olympiques avec seulement deux participations, dont la dernière fut en 1996 ! Ce qui incite encore moins les Français à suivre cette compétition.

Un manque de joueur « Tête-de-série »

Mais même s’il manque quelques grandes nations du football, cela aurait pu être compensé par la présence de plusieurs stars évoluant sur la pelouse du stade olympique, ce qui n’est pas du tout le cas. Pour faire simple, lors de cette édition, il n’y aura vraisemblablement que Neymar comme joueur très populaire, rendant son pays favori pour la médaille d’Or. On attend aussi peut-être Riyad Marhez (Algérie), ou Nicklas Bendtner(Danemark), mais c’est à peu près tout.

Cela est dû principalement à deux raisons. La première, déjà soulevée, de la règle qui empêche d’avoir plus de trois joueurs de plus de 23 ans, ce qui forcément limite beaucoup la venue de grandes stars du football. La seconde est que la compétition de football des Jeux olympiques ne fait pas partie des événements organisés par la FIFA, et donc se déroule en marge des autres championnats. Cela n’a l’air de rien, mais a son importance : si les clubs n’ont pas leur mot à dire sur les sélections nationales, ils peuvent interdire purement et simplement à leurs joueurs de fouler les pelouses olympiques. Et étant donné que les JO empiètent sur les premières journées de championnat, il est assez rare que les clubs acceptent de se séparer de l’un de leurs joueurs stars pour quelques matches. Dans les faits, on s’aperçoit souvent qu’ils leur donnent le choix entre participer à l’Euro/la Copa América ou aux Jeux Olympiques. Le premier étant bien plus prestigieux que le second, la grande majorité des joueurs choisit la coupe continentale, ce qui fut bien vérifié cette année, hormis Neymar.

C’est donc pour toutes ces raisons que le football passe inaperçu aux Jeux olympiques alors qu’il est considéré comme le sport le plus populaire au monde. Heureusement pour tous les aficionados du ballon rond, il y aura en même temps les premières journées de championnat, afin de passer le temps.

  1. Les gouvernants de droite comme de gauche ont tout intérêt à encourager tous ces opiums du peuple que sont les sports, à bien distinguer de l’activité physique (marche, trot, natation, parcours de santé) indispensable à une bonne santé durable. Mais pas du sport de compétition, même entre petits villages.

    http://www.reporterre.net/spip.php?article3022
    http://www.youtube.com/watch?v=MxL-h86W7BM
    http://www.liberation.fr/auteur/3259-michel-caillat
    http://www.reporterre.net/spip.php?article5982

    Difficile de s’entraîner, de jouer ou même regarder tout en entraînant, par des lectures et autres, son sens critique qui permet de mieux voir à quel point nous sommes gouvernés par des irresponsables égocentriques.

    Commencer un journal télé par un résultat sportif est une insulte à l’intelligence et à la misère.

    Tous ceux qui veulent peu ou prou , voire arrivent à gagner contre les autres sont-ils seulement capables de gagner un peu contre eux-mêmes  sur le plan du caractère et de l’égoïsme en particulier ?

  2. Ces règles ne font qu’entériner le fait que l’inclusion du foot aux JO n’a rien à apporter au foot ni rien aux JO.

    1. Moi qui pensais que c’était un vestige de l’héritage (devenu assez théorique) qu’aux J.O. les participants devaient être des amateurs (ce qui n’est plus vraiment le cas du foot)!!!

      1. C’est exactement ça.

        Les années 1920 et 1930 se caractérisent par la remise en question d’une des valeurs du sport : l’amateurisme.
        Alors que le sport se démocratise lentement, le mouvement olympique, quant à lui, affiche un conservatisme de ses valeurs aristocratiques, représentatives des membres qui le dirigent.
        La fédération internationale de football, en revanche, créé une section professionnelle en 1931, sous la pression de ses licenciés et de quelques dirigeants.
        Le conflit entre le C.I.O. et la F.I.F.A. devient alors le miroir de cette opposition entre « discours » et « réalité ». L’étude de la correspondance entre les deux institutions et en particulier entre ses deux présidents, Henri de Baillet-Latour et Jules Rimet, montre que les désaccords au sujet de l’amateurisme revêtent des enjeux de pouvoir entre ces deux puissances sportives.
        Alors que la F.I.F.A. menace de ne pas participer aux Jeux olympiques de 1928 si ses professionnels n’y sont pas admis, Baillet-Latour décide seul de jouer les iconoclastes afin d’assurer la réussite économique de ces Jeux, renonçant momentanément à défendre l’amateurisme olympique.
        Quand la réussite des compétitions olympiques est assurée, le président du C.I.O. revient alors sur son compromis, provoquant le mécontentement des membres de la F.I.F.A. qui décident alors de créer la Coupe du Monde de football pour concurrencer le tournoi olympique.

        https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=STA_068_0025

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