Des villes flottantes pour larguer les amarres avec la terre…

Publié Par Cécile Chevré, le dans Sujets de société

Par Cécile Chevré.

Villes flottantes, bientôt une réalité ?

Artisanopolis crédits Gabriel Sheare, Luke & Lourdes Crowley, and Patrick White (CC BY 4.0)

Vous commencez à connaître les patrons de la Silicon Valley : ils ont des idées grandioses – et parfois farfelues – pour l’humanité et son destin : détruire la mort, étendre Internet au monde entier, supprimer les conducteurs des voitures, créer des intelligences artificielles vraiment intelligentes, faire disparaître les maladies, conquérir Mars, vous plonger dans de nouvelles réalités… Et conquérir de nouveaux espaces, voire même établir de nouveaux États.

Saupoudrez à cela quelques pincées de libertarisme, et vous obtenez des milliardaires bien décidés à dire adieu aux États, leur administration… et leurs impôts. Et qui se voient bien à la tête de leur propre nation. Une couronne pour parachever une carrière, le succès, les milliards.

Problème, sur Terre, les terres disponibles sont une denrée extrêmement rare. Impossible, contrairement à ce qui s’est fréquemment fait par le passé, de lancer une expédition, de planter son drapeau et prendre possession d’un nouveau territoire, au mépris des populations autochtones.

Le dernier exemple en date est celui du Liberland. Sur cette bande de terres coincée entre la Croatie et la Serbie, Vit Jedlička a proclamé en avril 2015 la naissance d’une micro-nation dont la devise est « vivre et laissez vivre ». Tout un programme.

Une chance pour lui, personne n’y habitait, ce qui limitera un peu les problèmes juridiques. Pour l’instant, aucune autre nation n’a reconnu l’existence du Liberland, mais Jedlička et ceux qui le suivent dans son projet continuent d’y croire.

Reste qu’une terre qui a échappé à l’appétit territorial des nations, c’est vraiment rare.

Pourquoi, alors, ne pas se tourner vers le ciel, l’espace, l’infini… pour enfin créer une nation rien qu’à soi ? Pas étonnant que les patrons de la Silicon Valley soutiennent à bout de portefeuille les projets de conquête spatiale qui se multiplient à nouveau depuis quelques temps.

Conquérir Mars comme les colons du Mayflower ont conquis l’Amérique du Nord. Établir une nouvelle colonie pour vivre selon ses propres règles… L’idée fait rêver et aimante les milliards… mais se heurte à quelques problèmes techniques. L’espace n’est pas l’environnement de vie idéal pour des humains qui ne savent pas encore se passer d’une atmosphère respirable, d’eau ainsi que d’une gravité et d’un ensoleillement plus ou moins similaires à ceux que nous connaissons sur Terre. Et puis, l’espace, c’est loin.

D’autres espaces (presque) vierges sont bien plus proches de nos conquistadors des temps modernes : les mers et les océans. Pourquoi ne pas constituer des micro-nations au large des côtes, pour échapper à l’insoutenable emprise étatique et en plus profiter d’un bon air marin ? L’idée séduit tellement les entrepreneurs, les patrons de la Sillicon Valley et de ceux qui souhaitent rompre les amarres avec la pesanteur étatique qu’elle a fini par prendre un nom : le Seasteading.

La longue tradition de la construction sur l’eau, les villes flottantes

Construire sur l’eau n’est pas si farfelu que cela. Venise en est la preuve éclatante. À chercher dans la tradition, on peut aussi citer les exemples des villages flottants du Tonlé Sap, le gigantesque lac situé au coeur du Cambodge. Ou encore ceux situés sur le lac Titicaca. Et que sont les plateformes pétrolières à part des industries et des logements installés sur les océans ?

L’idée de construire sur la mer connaît un nouvel engouement depuis quelques années, alors que l’évolution des techniques rend ce genre de projets possibles, et que les besoins s’accroissent.

Tout récemment, le port de Rotterdam s’est vu doté d’un pavillon flottant conçu par l’architecte, Bart Roeffen (agence DeltaSync) et destiné à accueillir des expositions sur le thème de la mer.

La Hollande et les Pays-Bas sont particulièrement en pointe en matière de bâtiments flottants. Ces deux pays ont une longue tradition de polders (des terres gagnées sur la terre). De récents projets architecturaux proposent d’inverser la perspective, et d’installer directement les habitations sur l’eau.

Un exemple parmi d’autres : le quartier d’Ijburg, au sud-est d’Amsterdam. Créé à la fin des années 1990, ce quartier est composé de quatre îles artificielles auxquelles sont arrimées des maisons flottantes.

Villes flottantes : construire sur la mer pour compenser le manque de terre

Mais pourquoi construire sur la mer ? La première raison est utilitaire : par manque d’espace sur la terre ferme.

Ce n’est pas un hasard si les pays confrontés à un manque d’espace et disposant d’une ouverture sur la mer sont aujourd’hui intéressés par les villes flottantes.

Singapour – 5,5 millions d’habitants pour une superficie de 720 km2, la troisième plus forte densité au monde et de confortables moyens financiers – s’intéresserait par exemple à l’étonnant projet Sea Tree imaginé par le cabinet néerlandais Waterstudio.
Les Pays-Bas sont confrontés à ce même manque d’espace, ainsi que Monaco, ou encore le Japon. Dès les années 1970, des programmes de recherches ont été menés dans l’Archipel pour réfléchir aux solutions techniques nécessaires pour des installations flottantes. Un des résultats les plus connus de ces réflexions est le prototype Mega-Float, un aéroport flottant de 1 000 mètres de long et d’environ 120 de large, installé dans la baie de Tokyo.

Depuis, plusieurs villes à travers le monde se sont déclarées intéressées par un tel projet. En Indonésie, l’expansion de l’aéroport international Achmad Yani, commencée en 2014, sera en partie flottante.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

  1. J’ai toujours rêvé de vivre à Rapture.

    1. Avec des plasmides?

    2. Rapture est isolée, secrète et fixe. Les seasteads sont mobiles, visibles et connectés. Rien à voir.

  2. Un yatch et un pavillon panaméen et le tour est joue

    1. A la différence que c’est un projet de communauté sinon de société. Donc à portée universelle.

    2. Je rêve de la solution intermédiaire: une petite île artificielle flottante mobile.

      1. ca s appelle un yacth….

        1. Haha nan, un yacht n’est pas autosuffisant, loin de là.

  3. C’est une idée autour de laquelle Jules Verne tournait déjà ( l’île à hélice – Les milliardaires ridicules) et je ne cherche même pas avant lui. Il est inévitable que la fuite des ressources et des cerveaux se tournent vers l’espace et les eaux internationales. C’est la philosophie de l’arche et de la communauté idéale par sélection. N’alimentez pas les illusions. Les intérêts fiscaux, financiers et économiques des états seraient tellement menacés si ce genre de démarche aboutissait qu »elles feraient tout ce qu’il faut pour saboter ce palace flottant libertarien et apatride. Outre le fait que cela ne pourra jamais se réaliser sans la bienveillance pro active d’une nation territoriale établie, qui en ferait un projet de vie. Inimaginable compte tenu de l’interdépendance des économies. Seul l’espace dans une centaine d’années…. J’arrête la drogue dés demain.

  4. Liberté adorée

    Ou sinon tu proposes aux citoyens de :
    – Niue : pays de 1600 personnes
    – Nauru : pays de 10.000 personnes
    – Tuvalu : 10.000 aussi

    un très gros chèque, une maison sur un autre continent. Ensuite quand il reste plus personne de citoyen de ton petit pays, tu met en place ta propre politique et tu n’as pas a construire un bateau d’une taille inimaginable avec amarrage et compagnie, ces iles existent déja. Après c’est souvent pas très grand, mais ca le sera toujours plus qu’une ile flotante construite artificiellement.

    1. Va falloir livrer du béton par avion…. Avec le réchauffement ils auront bientôt les pieds dans l’eau. Sans compter la proximité des failles volcaniques…. Désolé mais pour moi c’est pas vendeur!

      1. Sauf que les iles disparues ça ne s’est pas encore vu et que quand on a deux plus que deux neurones on envisage les livraisons de matières pondéreuses par navires.

        1. 🙂 exact, et bien répondu ! Mais pour Niue ou Tuvalu, faudra encore peut-être mener une guerre d’indépendance totale. Dur ! …

      2. Les failles, les Japonais les subissent tous les jours, Les Etats-Unis pratiquement une fois par an avec des catastrophes hallucinantes,… et la liste est longue. Ces petites iles sont toujours là après des histoires très ancienne… et non les iles ne disparaissent pas….
        Domage, autant il y a une vrai question sur l’achat de ces iles a des autochtones (éthique, 100% doivent accepter,…) bref mon idée soulève de nombreux problemes, mais les problemes que vous soulevez n’en sont pas, et de toute manière les iles artificielles les vivront tout autant si ce n’est plus, car entre stabiliser totalement une ile artificielle situé à je ne sais plus combien des continents, pour etre en eau internationale (impératif pour devenir une ile indépendante), et une ile déja stabilisé….

  5. Les soucis:

    Les Zones Economiques Exclusives rendent de nombreux endroits propices à ce genre de projets sujets à de mesquines revendications de pays dont la petitesse n’a d’égal que la Mégalomanie. Exemple: la tentative de république libertarienne sur les hauts fond de Minerva.

    Autre soucis: Les gens qui investissent dans ce genre de projets ne sont pas prèts à se battre militaireme,t. Or je suis désolé de faire du réalisme mais un pays sans armée est un pays qui n’existe pas: Exemple le Costa Rica n’existe pas vraiment. C’est une succursale des USA qui fait ce que les USA lui disent de faire.

    Autre souci: Ile artificielle, ville flottante = Attention les tsunamis, vagues scélérattes, et autres ouragans: Quand on est seul on est vraiment seul.

    Conclusion:

    Il faut faire ce projet sur les hauts fond de Saya de Malha non revendiqués par Mauritius.

    1. C’est hors des ZEE des pays puissants
    2. Il faut absolument des colons armés et décidés à se battre militairement pour leur rêve si on les y contraint
    3. Saya de Malha est un haut fond de la taille de la Belgique ce qui limite les phénomènes de vagues scélérattes, cassées par trop peu de fond.
    4. Saya de Malha permet de construire des ïles artificielles ET des îles flottantes. Ce qui laisse plus de libertés techniquement.
    5. Proche de l’équateur Saya de Malha bénéficie d’un climat favorable et éventuellement d’un endroit intéressant pour une base Space X (proche équateur).
    Pas trop loin du moyen orient, pas trop loin de l’Afrique Pas trop loin de l’inde ce n’est pas une localisation ultra isolée (Pas comme une île en plein pacifique sud au milieu du grand rien.). C’est commercialement plus facile à vivre qu’une île concédée par Vanuatu.

    Voila voila…

    1. LOL, trop tard, déjà revendiqué par un autre original :
      http://drapeaufree.free.fr/CRYPTARCHIES/saya.htm

      1. Trois pelés et un tondus qui n’ont rien construit: Des détails navrants…

    2. Mitch
      « Or je suis désolé de faire du réalisme mais un pays sans armée est un pays qui n’existe pas… »
      Armée de métier.

  6. et pour les sans dents , on reviendra aux cités lacustre……

  7. Les villes flottantes sont des rêves d’architectes, de pays surpeuplés, de militaires ou de milliardaires. Elles se heurtent à des problèmes d’ingénierie, de sécurité et de logistique qui les empêchent d’être viables autrement que comme appendices à des bases terriennes solides.
    Il y a 40 ans, l’architecte Frédéric Skarbek avait imaginé pour son diplôme un projet, Aquaporos, où j’avais « trempé » pour donner un point de vue d’ingénieur, ce qui m’avait convaincu de l’impossibilité de rendre une telle ville flottante autonome et indépendante d’un rattachement ultra-riche, ultra-puissant et ultra-prodigue. Une conclusion qui serait sans doute également celle de l’architecte Michel Rougerie qui a fait toute sa carrière des rêves d’habitats marins avec hélas pour lui bien peu de concrétisations.
    Les Japonais avaient envisagé la solution flottante pour l’aéroport du Kansaï, ce qui a donné lieu à de nombreuses études, notamment par la Ship & Ocean Foundation — mon tapis de souris se trouve m’avoir été offert il y a une quinzaine d’années par mon ami japonais qui s’y occupait alors du projet ! — et à la maquette en baie de Tokyo, où au plus deux ou trois atterrissages d’un minuscule avion de tourisme ont été réalisés. Cela correspondait plus à un refus d’abandonner sans combattre une voie technique déjà éliminée pour le Kansaï qu’à de véritables perspectives d’avenir.
    Les militaires US avaient plusieurs projets correspondant à un appel à propositions auprès des industriels. L’idée était que l’existence de leurs bases aériennes dans des pays amis était menacée par l’évolution géopolitique mondiale et que quelques « Mobile Offshore Bases », pouvant se positionner là où il y en aurait besoin, pouvaient avantageusement les remplacer. Le 11 septembre a conduit à une révision drastique de cette idée, et à penser que mettre des « sitting ducks » au milieu de l’eau avec des bombardiers stratégiques à bord n’était peut-être pas la meilleure manière de lutter contre le terrorisme.
    Pour les milliardaires, il y a des navires qui offrent une résidence permanente dans les eaux internationales à leur copropriétaires — enfin, au moins un, « The World » –, mais pour les pauvres libéraux, les opportunités d’y produire sur place et vendre de la richesse sont assez limitées, et si le procédé se généralisait, nul doute que le navire aurait du mal à se ravitailler en produits frais dans les ports des enfers fiscaux !

  8. Si c’est pour échapper aux Etats, oubliez. L’ONU trouvera un prétexte pour intervenir, probablement l’environnement, ça sert toujours, et ils changeront les règles, Ce n’est pas d’aller se mettre au milieu de la mer qui fera changer les choses.

    1. D’ailleurs l’ONU envoie régulièrement des casques bleus pour arrêter les exfiltrés fiscaux /s

      On ne parle pas de bâtir des nations en un point précis, mais des hameaux éparpillés partout dans le monde et difficile à répertorier exhaustivement. Dans le principe de fonctionnement que se dégage des « études de marché » sur le sujet (une forme de sédentarisme intermittent) à tout instant donné une partie des seasteads existants seraient en cours de transit. Pas forcément loin, notez, mais je pense que longer les côtes serait une pratique courante.

  9. « Ces deux pays ont une longue tradition de polders (des terres gagnées sur la terre) »
    Le principe d’un polder c’est de gagner de la terre sur l’eau.
    Gagner des terres sur la terre c’est une conquête.

  10. <>. Ce n’est pas le même pays ? En y ajoutant Niederland, on aurait alors trois pays !

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