[Replay]Pourquoi la corruption s’est installée à la FIFA

Publié Par Jacques Garello, le dans Sport

Par Jacques Garello.

footballs credits Mark Botham (CC BY-NC 2.0)

footballs credits Mark Botham (CC BY-NC 2.0)

 

Si nous nous intéressons à la FIFA (Fédération Internationale de Football Association), c’est simplement pour en explorer la particularité institutionnelle, qui devait nécessairement la conduire au désordre, puis à la corruption.

L’analyse économique des institutions nous apprend en effet que dans une société de libertés chaque individu est appelé à évoluer dans trois ordres différents. Il se trouve confronté d’abord à l’ordre politique, qui a pour logique l’organisation et l’exercice du pouvoir, puis ensuite à l’ordre économique, qui régit les échanges monétaires et privilégie le processus marchand, et enfin à l’ordre communautaire, ou associatif, fondé sur la solidarité volontaire et l’entraide.

L’analyse fait encore le constat que, pour des raisons diverses, la frontière entre les trois ordres n’est plus guère respectée aujourd’hui : on mêle beaucoup de politique à beaucoup d’argent, beaucoup de politique au communautaire, et on met beaucoup d’argent dans l’associatif. Le résultat est une confusion des logiques : faire du bénévolat pour ramasser de l’argent n’est pas plus recommandable que créer des associations pour soigner sa clientèle électorale.

La FIFA est une illustration remarquable du danger que représente la confusion des genres. Au départ, elle a certainement une dimension communautaire : elle fédère des associations sportives qui poursuivent le noble objectif de mettre le sport à la portée de tous, de développer un esprit d’équipe et de loyale compétition ; les enfants en ont besoin, les adultes aussi.

Comme toute association, elle a besoin de bénévoles et devrait rester hermétique à la politique et à l’économique. Mais il faut des équipements sportifs, de beaux salaires pour attirer les vedettes, ce qui pousse les clubs de football à chercher des subventions et des sponsors : les autorités politiques locales ou nationales deviennent vite des partenaires incontournables. À chaque niveau la surenchère s’opère, jusqu’à la fédération internationale, qui prend ainsi une dimension financière considérable, avec un budget annuel de près d’un milliard et demi de dollars et un capital de quelque trois milliards et demi.

L’organisation des compétitions internationales fournit le plus clair des recettes de la FIFA, mais elle rapporte aussi beaucoup d’argent aux pays organisateurs. Sous l’impulsion des États, une course à l’organisation est ouverte et les pressions diplomatiques commencent à entrer en jeu. Elles sont rendues plus efficaces quand on peut s’assurer la sympathie des dirigeants, une sympathie qui n’a pas de prix, c’est-à-dire dont le prix est occulte.

Voilà comment on est amené à faire à la fois du sport, du business et de la politique.

Le mur du silence autour des procédés de la FIFA a été percé à l’occasion de l’organisation de la Coupe du Monde de football. En Russie en 2018 d’abord, au Qatar en 2022 ensuite. Pressions politiques et dessous de table ont été mis en évidence, et Sepp Blatter, puis Michel Platini, ont été impliqués dans des dossiers de corruption qui ont provoqué leur suspension de toute responsabilité au sein de la FIFA. Les choix de la FIFA étaient en effet assez bizarres : dans un cas on confiait l’organisation à un pays économiquement exsangue, qui avait connu un fiasco pour l’organisation des Jeux Olympiques, mais qui veut asseoir le prestige politique du Kremlin ; dans l’autre, on retenait la candidature d’un pays qui n’avait pas de souci d’argent certes, mais qui ne pouvait assurer la compétition contre les risques du climat.

Il est bien vu de dire que le sport s’accommode mal des affaires d’argent, mais c’est une erreur : il faut en finir avec l’hypocrisie, et admettre que certains sports ne relèvent plus de la logique associative, mais bien de la logique marchande. Il n’y a rien d’inconvenant à voir les clubs investis par les hommes d’affaires, dans la mesure où les places achetées pour le spectacle, les droits de diffusion télévisée, la couverture publicitaire et les salaires des joueurs appartiennent en effet à la loi du profit et de la rentabilité. Mais, de grâce, qu’on cesse de présenter la FIFA et d’autres organismes du même type comme des modèles de vie associative. Le marché n’est pas immoral, ce qui est immoral c’est de confondre marché et politique, marché et bénévolat, et de pratiquer la corruption en prenant le masque du sport.


Sur le web

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  1. Qui peut encore douter que le foot « professionnel » soit un big business? C’est très clair!
    C’est un sport mais c’est aussi un spectacle: payant comme la plupart des spectacles.
    Ce n’est pas nouveau puisque dans l’antiquité, c’était déjà le cas et le pouvoir intervenait déjà: les jeux olympiques en Grèce comme ceux du Colisée, à Rome, étaient « politiques », avec un bénéfice clair .
    Le problème est que le coût, dans les « démocraties » (?) actuelles, ne concerne pas seulement les spectateurs mais tous les contribuables des villes et pays voulant se faire valoir par des compétitions grandioses, mettant en jeux de très grosses sommes.

    J’adore ce proverbe (dit africain?):
    « il est très difficile de manier du beurre sans se graisser les doigts »,
    ce qui corrobore la phrase cynique d’un politicien (assassiné):
    « à quoi bon le pouvoir si ce n’est pas pour en abuser? »

    Ma conviction (pessimiste?) reste que le langage universel, loin de l’Espéranto, est en fait, la corruption: l’Homme n’est pas toujours « transcendantal »!

    Cela n’empêche en rien nos enfants de profiter des installations pour jouer des compétitions pour leur plaisir (et leur éducation) et celui de leurs parents « sponsors » de très bonne grâce et désintéressés.

    Et écrire: « Le résultat est une confusion des logiques : faire du bénévolat pour ramasser de l’argent n’est pas plus recommandable que créer des associations pour soigner sa clientèle électorale. » ne me semble pas correct!

    Dans le premier cas, je pense qu’il est tout à fait justifié qu’une association de bénévoles recueille des dons librement et volontairement consentis (même si sollicités) pour atteindre son but qui n’est pas le lucre.

    Que serait la France sans son maillage d’associations « loi 1901 »?
    Je fus épaté par le nombre d’associations, en France, qui organisent, partout et dans tous les domaines, la vie des communautés de gens, réunis soit localement, soit sur une initiative ou un but commun: qu’on leur consacre du temps ou une petite somme, par sympathie, cela ne choque pas mon libéralisme qui concerne aussi la liberté d’association.

    Pour la seconde partie de la phrase, je ne suis pas concerné par le bénévolat au profit de grands partis mais je laisse à autrui la liberté à chacun de consacrer bénévolement du temps et/ou de l’argent pour un parti favori.

    Mais que cela ne justifie, en aucun cas, une « compensation », après l’élection gagnée: avoir un élu avec qui vous partagez des idées, c’est une chose, que l’élu « renvoie l’ascenseur » à ses « donateurs » en est une autre (Même aux U.S.A., la révolte contre des financements exorbitant de certains partisans contre des décisions politiques clairement attendues est déjà bien présente).

  2. Réponse simple à la question du titre de l’article : parce que dès l’instant que l’on produit un gâteau, il y a toujours des gros rats et des petites souris à deux pattes, qui s’y installent. Ils ne veulent pas que des miettes, ils veulent de très grosses parts ! Et plus le gâteau est gros, plus ils en veulent pour faire profiter famille et amis de toutes sortes.

  3. Le destin de l’esport? 😮

  4. C’est beaucoup plus simple que cela…
    La fascination des masses pour le ballon a été bien comprise, et utiliser comme un moyen d’obtenir du pouvoir. Le pouvoir amène le fric, l’influence, la poudreuse colombienne, les escorts de luxe, le lucre…

    Humain, trop humain…

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