« En marche », révélateur de notre vie politique

Publié Par Jacques Garello, le dans Politique

Par Jacques Garello.

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Hollande fait marche arrière, Macron fait marche avant. La création du nouveau mouvement « En marche » par le jeune ministre de l’Économie fera peut-être date dans l’histoire de la Cinquième République. Mais dès maintenant elle doit être considérée comme un vrai révélateur de la vie politique de notre pays.

Elle révèle à la fois l’obsolescence du clivage Gauche/Droite, le rôle croissant de la société civile, l’innovation dans la campagne présidentielle et, bien sûr, l’importance de la poussée libérale.

Elle révèle que le clivage Droite/Gauche n’a réellement plus lieu d’être, compte tenu du comportement de la classe politique. Emmanuel Macron appelle à dépasser le clivage pour bâtir un projet commun. Mais sa démarche est ambiguë : il affirmait naguère que le libéralisme est de gauche, et il a confirmé avant-hier son ancrage à gauche. Pour être libéral devrait-on être de gauche ? Être libéral interdit en tout cas d’être socialiste, puisque socialisme et libéralisme sont deux visions antinomiques de l’être humain et de la société. Le trouble naît du fait que la droite au pouvoir n’a fait que du socialisme, et que la gauche au pouvoir se veut aujourdhui libérale. Au lieu de se présenter comme de gauche, Macron devrait s’affirmer comme libéral, ce serait plus clair, mais serait-ce vrai ?

« En marche » révèle aussi que les politiciens intelligents ont enfin compris que la société civile est en train de s’exprimer de multiples façons : négativement par le rejet de la société politique, positivement en multipliant manifestations et pétitions. Ici encore règne l’ambiguïté car si certaines initiatives sont réellement spontanées et indépendantes, d’autres sont créées de toutes pièces par la classe politique elle-même. Entre la Manif pour tous d’une part et, la Nuit Debout d’autre part, il y a un abîme. La vérité, c’est que beaucoup de politiciens avertis se rendent compte que « la France d’en bas » commence à s’affirmer et qu’il sera impossible de gagner les élections en 2017 sans avoir son adhésion.

Elle révèle donc qu’il y aura une nouvelle façon de concevoir la campagne dans les mois à venir. Puisque j’ai évoqué « la France d’en bas », expression de Jean Pierre Raffarin, je me réfère aussi à son idée lancée vendredi dernier d’un « ticket » Juppé Président et Macron Premier ministre. L’idée du ticket, si courante dans plusieurs pays, dont les États-Unis, est inconnue des mœurs électorales françaises et ignorée sinon prohibée par la Constitution de la Vème République. Elle a pourtant une vertu essentielle : elle nous dispense de ramener une échéance électorale décisive à un simple choix entre candidats, si éminents soient-ils. Les électeurs n’ont plus à confier le pouvoir à une seule personne, d’autant plus que le quinquennat amène les électeurs à donner à cette personne une majorité parlementaire à sa dévotion. L’élection d’un président anticipe les résultats de l’élection des députés quelques semaines plus tard.

J’appelle innovation le fait d’exiger d’un candidat qu’il ne se contente pas de se faire élire sur sa bonne mine ou son passé (en général embelli) ou sur son programme (en général incohérent et formel). Il doit faire connaître l’équipe qu’il a constituée. Dans plusieurs démocraties il existe un « shadow cabinet », un ministère prêt à fonctionner, avec des gens qui connaissent les dossiers, alors que chez nous la composition d’un gouvernement se fait en termes d’équilibre entre « courants » ou partis, une fois les élections passées, de sorte que ce sont les hauts fonctionnaires des ministères qui ressortent les dossiers qu’ils avaient préparés avec les prédécesseurs. En Russie, c’est Poutine qui gouverne et rien de plus.

La composition de l’équipe devrait à mes yeux satisfaire à une autre exigence : inclure, peut-être même au niveau du Premier ministre, des personnalités de la société civile, et notamment des entrepreneurs, capables d’apporter leur connaissance des réalités décisives aujourdhui : l’emploi, la formation, la compétitivité, la mondialisation, la finance. Si nos gouvernants actuels sont dans une tour d’ivoire c’est que peu d’entre eux (Macron fait exception) ont mis les pieds dans une entreprise. L’ENA et les grands corps publics ne préparent pas à gouverner, mais à prendre le pouvoir et les hautes positions. Alors, pourquoi pas comme Premier ministre un Xavier Fontanet, un Henri de Castries, un Thierry Breton, un Claude Bébéar, ou tout autre ? Gerardt Schröder n’aurait jamais réformé le marché du travail en Allemagne sans Peter Hartz, directeur chez Volkswagen, et Jean Chrétien a confié à Paul Martin, président de Canadian Steamship, le soin d’assainir les finances publiques canadiennes. De Gaulle n’aurait pas créé le Nouveau Franc s’il n’y avait eu le comité Rueff-Armand.

« En marche » ne peut avoir une suite qu’en réponse à la tyrannie du statu quo, qu’en direction d’une rupture. Or il n’y a de rupture qu’en abandonnant les chimères étatistes et collectivistes, en résonance des attentes de la société civile qui veut se libérer du poids et des erreurs de la « France d’en haut ». C’est le libéralisme qui est en marche, avec ou sans l’impétueux Emmanuel Macron.

Sur le web

  1. Macron est plutôt un étatiste adepte du capitalisme de connivence. Ses bons mots adroits ne font pas de lui un libéral.Il se fait entendre sur des sujets à la marge ( autobus….) mais il ne s’attaque pas à la base des problèmes.
    Il n’est pas nécessaire d’avoir des entrepreneurs parmi les ministres: il suffit de les écouter, de les comprendre et de tenir compte des réalités.Un bon entrepreneur n’est pas nécessairement bien placé pour élaborer et mettre en œuvre une stratégie pour le pays ( ce n’est pas le même job). Thierry breton ( mentionné dans l’article ) n’a pas laissé de trace de son passage.

  2. Je ne pense pas que le Libéralisme soit de Gauche, socialiste et représenter par un Banquier d’Affaires. Qu’à l’origine les réclamations des Turgot, Necker et autres Banquiers soient appelées « Libérales » je veux bien car il était urgent de libérer l’économie. Ce qui est de nouveau le cas aujourd’hui. Mais ni la Gauche ni la Droite qui depuis la libération gouvernent ce Pays n’ont en aucun cas été lbérales.

  3. « Ici encore règne l’ambiguïté car si certaines initiatives sont réellement spontanées et indépendantes, d’autres sont créées de toutes pièces par la classe politique elle-même. Entre la Manif pour tous d’une part et, la Nuit Debout d’autre part, il y a un abîme. »

    Laissez-moi deviner : les initiatives spontanées et indépendantes viennent seulement des gentils conservateurs de droite, elles ne viennent jamais des méchants bobos gauchistes. C’est bon ? J’ai répondu juste ? J’ai bien appris ma leçon ?

    1. Non vous avez tout faux ! relisez la phrase. La manif pour tous était un mouvement peut-être pas spontané mais indépendant (qui a été instrumentaliser par certains politiques)par contre nuit debout est noyauté par les politiciens. Il n’y a qu’à voir la différence de traitement coercitif entre les veilleurs de la manif pour tous et nuit Debout. Avec nuit debout , les CRS ne font strictement rien, ils restent planter là bêtement à attendre d’hypothétique ordre du préfet alors que leur pouvoir de nuisance est scandaleux.

      1. C’est d’autant plus scandaleux que nous sommes en d’urgence.Dans ces conditions il est encore plus inadmissible que certains militants bloquent la voie publique et dégradent les biens.Le côté positif est que cela ouvre sans doute les yeux des citoyens: nous avions une justice politique , nous avons aussi une police politique. ( qui frappe des gens pacifiques à la manif pour tous et qui ne fait rien à des casseurs violents).

  4. L’auteur donne son analyse du « révélateur de notre vie politique » et en déduit l’obsolescence du clivage gauche-droite.
    Pour ma part, je pense que les français en ont assez d’une classe politique qui n’est pas capable d’analyser les causes de ses échecs au plan économique en général et de la crise de l’emploi en particulier.
    De toute évidence et, depuis plusieurs décennies, ni la droite ni la gauche n’ont été capable de promouvoir une politique de développement ni même d’enrayer le déclin de la France.
    Le malaise politique actuel n’a aucun fondement idéologique, la cause en est la politique économique désastreuse de nos dirigeants toutes tendances politiques confondues. Dans les mois à venir, la sanction sera l’abstention ou le vote pour MLP au premier tour tout au moins…

  5. Et si le phénomène Macron, se détachant apparemment de Hollande, avait un tout autre objectif ? Si c’était du pur Hollande-le-politicien ? Si Hollande et Macron jouaient une petite scène de ménage juste pour que Macron se présente comme candidat aux élections présidentielles ? Quel serait l’intérêt, pour Hollande (dont Macron est un fidèle lieutenant) ? Intérêt électoraliste uniquement ; Macron, aimé à droite, « libéral » mais de gauche, prendrait des voix essentiellement à Juppé, qui pourrait de ce fait se retrouver derrière Hollande au premier tour, mettant Hollande en concurrence avec Marine au second ! Le scénario dont rêve Mimolette depuis le début, celui qui lui ferait gagner un second mandat.
    Et là on aurait juste une belle cohérence, une logique bien politicienne à la Hollande. Je ne pense pas que Macron ait en fait une autre fonction. On a vu au fil des articles de Contrepoints à quel point son libéralisme était en carton-pâte.

  6. « Le libéralisme est en marche ». Tout à fait, il vient à pieds. Là il entame la traversée du Gobi et d’ici une quinzaine, si tout va bien, il est chez nous, youpi !

    1. Une quinzaine… d’années? D’ici là la France aura rejoint le Venezuela, ce qui semble l’objectif avoué de Hollande.
      Enfin débarrassée des riches, des entreprises, elle pourra viser un but plus ambitieux: faire passer Kim Jun xxx pour un libertaire.

  7. « En marche » ne représente au mieux que les ambitions d’une cougar lettrée qui se verrait bien première dame derrière son cher petit mari.

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