Les Castro bénis par Obama

Publié Par Guy Sorman, le dans Amérique latine

Par Guy Sorman

Castro & Obama - Credits : Osvaldo Montero (CC BY-NC 2.0)

Castro & Obama – Credits : Osvaldo Montero (CC BY-NC 2.0)

Les frères Castro n’ont pu que célébrer avec jubilation la visite du Président Obama à Cuba, le 22 mars, et le rétablissement des relations diplomatiques et économiques avec les États-Unis. L’embargo n’était pas parvenu à terrasser leur régime, mais la reconnaissance en garantit certainement la consolidation.

Les deux compères viennent d’acquérir une assurance sur leur survie et un blanc-seing pour leurs successeurs qu’ils choisiront et, probablement, leur ressembleront. Car Obama, non content de légitimer la dictature des Castro, s’est engagé à ne pas interférer dans les affaires intérieures cubaines, à ne pas tenter d’en changer le régime, à ne pas imposer la démocratie ni le respect des droits de l’homme. Trahissant ainsi toutes les valeurs de l’Occident, Obama est allé jusqu’à admettre qu’il pouvait exister plusieurs types de régimes politiques selon les nations, plongeant dans un relativisme moral absolu. Dans sa défense bien molle des droits de l’homme et du droit à la dissidence, Obama a déclaré à La Havane qu’il s’agissait là de valeurs propres aux États-Unis, mais qu’il n’envisageait pas de les exporter.

Ce réalisme ultime d’un Président, qui, il y a huit ans, fut élu comme idéaliste, rejoint les positions les plus pessimistes de la Realpolitik telles qu’elles furent incarnées par la Présidence de Richard Nixon et de son maître à penser Henry Kissinger.

On admettra avec Obama, que remplacer la dictature castriste par une démocratie imposée de l’extérieur ne ferait pas sens, mais où s’arrête le relativisme ? Tout régime est-il tolérable parce qu’il est différent ? On comprend combien les exilés cubains, les démocrates restés dans l’île sont aujourd’hui démoralisés par la démission morale d’Obama. Quant aux millions de victimes de la révolution castriste, eh bien ils auront eu le tort de se tromper de combat.

En conférant la légitimité aux vainqueurs, Obama accrédite aussi toute la mystification castriste. Ce régime n’a jamais été et ne reste qu’une dictature militaire dans la tradition caudilliste latino-américaine mais en plus totalitaire, se drapant dans l’idéologie communiste. Ce qui a permis aux Castro de faire croire à tous les “idiots utiles”, expression de Lénine pour désigner ses soutiens occidentaux, que leur révolution avait fondé une société nouvelle et apporté au peuple cubain, à défaut de la prospérité, le bonheur incontestable de l’éducation et de la santé pour tous.

Pas de prisonniers politiques à Cuba ?

Un argument que Raul Castro a réitéré lors de la conférence de presse conjointe qu’il a tenue avec Barack Obama ; au cours de cette même représentation, Castro junior a affirmé sans ciller qu’il n’y avait pas de prisonnier “politique” à Cuba. Ce qui est juridiquement exact, puisque les dissidents, comme dans tous les pays totalitaires, sont incarcérés pour d’autres motifs, comme désordre sur la voie publique ou atteinte à la sécurité de l’État. Parce que tous les Cubains bénéficieraient de l’éducation et de la santé pour tous – contrairement aux Américains – dit Raul Castro, il n’aurait pas de leçons à recevoir des États-Unis beaucoup plus mal lotis. Répétez un mensonge et il finira par devenir la vérité, voici une technique éprouvée dans tout régime totalitaire : les Castro le démontrent, puisque ce mensonge-là, éducation et santé pour tous, est souvent accepté comme vrai en Europe, et aux États-Unis. Or il est faux.

Cuba, avant la Révolution castriste, était le pays d’Amérique latine bénéficiant déjà du plus haut degré d’alphabétisation et de la plus longue espérance de vie : la dictature n’a que perpétué ce qui préexistait sans aucunement l’améliorer. Aux statistiques froides, que l’on me permette d’ajouter ma modeste expérience personnelle. Pour avoir visité Cuba à plusieurs reprises dans les années 1980 et 1990, j’ai pris la mesure de manière pragmatique de que l’on appelle éducation, santé et culture à Cuba. La santé de base y est maintenue par un réseau de dispensaires frustes, dignes des années 1960.

Il s’y ajoute quelques rares hôpitaux vraiment modernes, réservés aux dignitaires du régime, aux officiers supérieurs et aux étrangers de passage que l’on souhaite impressionner : c’est le vieux principe du village Potemkine. L’éducation obéit à la même dichotomie : des écoles de base pour le peuple, quelques universités de pointe pour les élites du régime. J’ai constaté que ces élites étaient toujours Blanches dans une nation où les Métis et les Noirs restent relégués dans les bas-fonds de la société. Nul ne dit que règne, à Cuba, la discrimination raciale et que seuls les Blancs parviennent aux sommets de la dictature et ont accès à ses prébendes.

Cuba, terre de culture ? La visite des rares librairies de La Havane est édifiante : on ne trouve en rayons que des ouvrages de propagande marxiste et les œuvres complètes de Fidel Castro. Et bien, cette imposture sur la vraie nature du castrisme est aujourd’hui bénie par Obama. Pour la défense du Président américain, les optimistes avanceront que les échanges commerciaux vont gangrener le régime castriste et conduire à la démocratie, là où l’embargo a échoué. Peut-être, mais ce n’est pas ce qui se produit en Chine ou au Viet Nam, dont les gouvernements s’avèrent plus répressifs que jamais. Plus probablement, les Castro vont disparaître, tandis que le castrisme est loin d’agoniser.

Sur le web

  1. « Pour la défense du Président américain, les optimistes avanceront que les échanges commerciaux vont gangrener le régime castriste et conduire à la démocratie, là où l’embargo a échoué. »

    Pour la défense du libéralisme surtout.

    « Peut-être, mais ce n’est pas ce qui se produit en Chine ou au Viet Nam, dont les gouvernements s’avèrent plus répressifs que jamais. »

    À cause des « échanges commerciaux » ?

    1. Dans libéralisme il y a liberté, qui a dit que échanges commerciaux = liberté?

      1. De mon point de vue : l’expression « échanges commerciaux » = liberté d’échanger.

        Or l’article semble laisser entendre que c’est cette liberté d’échanger qui a rendu les gouvernements de Chine ou du Viet Nam « plus répressifs que jamais. »

  2. Que M. Sorman aille faire la révolution à Cuba, en Syrie, en Ukraine, en Chine ou au Maghreb, et retenir les populations de ses petits bras musclés pour les empêcher de se lancer sur les routes, plutôt que de traiter d’idiots utiles les lecteurs de Contrepoints qui ne penseraient pas comme lui.

    Il faudra un jour que les pseudo-intellectuels pseudo bien-pensants répondent de leur propagande.

    1. « Cuba, avant la Révolution castriste, était le pays d’Amérique latine bénéficiant déjà du plus haut degré d’alphabétisation et de la plus longue espérance de vie : la dictature n’a que perpétué ce qui préexistait sans aucunement l’améliorer. Aux statistiques froides, que l’on me permette d’ajouter ma modeste expérience personnelle. Pour avoir visité Cuba à plusieurs reprises dans les années 1980 et 1990, j’ai pris la mesure de manière pragmatique de que l’on appelle éducation, santé et culture à Cuba. La santé de base y est maintenue par un réseau de dispensaires frustes, dignes des années 1960.

      Il s’y ajoute quelques rares hôpitaux vraiment modernes, réservés aux dignitaires du régime, aux officiers supérieurs et aux étrangers de passage que l’on souhaite impressionner : c’est le vieux principe du village Potemkine. L’éducation obéit à la même dichotomie : des écoles de base pour le peuple, quelques universités de pointe pour les élites du régime. J’ai constaté que ces élites étaient toujours Blanches dans une nation où les Métis et les Noirs restent relégués dans les bas-fonds de la société. Nul ne dit que règne, à Cuba, la discrimination raciale et que seuls les Blancs parviennent aux sommets de la dictature et ont accès à ses prébendes. »

      Merci de rappeler ces vérités.

      Toutefois, si il ne faut pas s’enfoncer dans un relativisme qui ne mène qu’au nihilisme, il ne faut pas faire de symboles non plus. Obama a été incroyablement servile face aux mollahs iraniens qui, contrairement au régime cubain, continuent d’exporter la révolution.

      1. « Obama a été incroyablement servile face aux mollahs iraniens … »

        Quand on lèche le c.. des wahhabites, on peut bien cirer les pompes des chiites … La politique étrangère US a un rapport assez éloigné avec la défense de la veuve et l’orphelin.

        1. Les pays du Golfe ne nous sont pas hostiles et ont toujours coopéré avec nous, pourquoi on leur serait hostiles ?

          Vous savez l’Iran n’a absolument pas le monopole du chiisme (pas plus que les pays du Golfe on le monopole du sunnisme). En fait le chiisme vient historiquement de l’Irak. Tout les chiites de l’est du ME ne suivent pas des Marja d’origine iranienne. Ils partagent en général la même école juridique (Ja’fari) mais ils peut avoir de grandes différences religieuses et politiques justement à cause de tout les changement brutaux dans la doctrine iranienne en 1979 qui a bousculé leur religion.

          Sans oublier que le régime iranien est composé de perses, et que beaucoup de chiites sont arabes, sans oublier les diverses ethnies du Pakistan et d’Afghanistan. Même en Iran, le pays n’est pas composé que de perses, il y a des arabes, des turkmènes, des azéris, de baloch…

          Même en parlant des chiites iraniens perses, ils peuvent très bien être pratiquant et ne pas être d’accord avec la politique du régime. Un phénomène assez naturel tend à cela. Les perses tendent à vivre dans de meilleurs conditions et être plus urbanisés que les autres iraniens. Hors dans le monde les villes sont connues pour être plus progressistes que les campagnes.

          Mais bon, vous avez décidé que les hardliners du régime représentent les chiites…

          1. Non ! Désolé pour l’amalgame. Je voulais simplement rappeler que les US ferment les yeux sur l’Arabie Saoudite.

            « Les pays du Golfe ne nous sont pas hostiles et ont toujours coopéré avec nous »

            C’est bien le fond du problème. Cela ramène cependant l’opposition avec la Russie à une simple lutte d’influence. La géopolitique est tout sauf la lutte du bien contre le mal. On ne doit bien sur pas oublier à quel camp on appartient. Cependant Sorman est totalement hypocrite en évoquant les « millions de victimes de la révolution castriste » d’une part, et en glorifiant les guerres civiles et les déstabilisations des états d’autre part. Et franchement, c’est l’efficacité économique et pas celle des barbouzes qui a toujours le dernier mot.

            1. « C’est bien le fond du problème. Cela ramène cependant l’opposition avec la Russie à une simple lutte d’influence. »

              Vous ne voyez pas une différence de méthodes ? On dit souvent que « la Russie n’est pas l’URSS », mais en écoutant les discours russes on se rend compte que la Russie n’est pas l’URSS seulement quand ça l’arrange. Elle ne peut pas s’attribuer la gloire de la victoire contre les nazis ni parler de ses relations sur plusieurs décennies avec la Syrie et rejeter sa responsabilité dans les dizaines de millions de morts du communisme et toutes les tentatives de subversions mises en place par le KGB. La Russie a put garder le siège de l’URSS au conseil de sécurité mais personne n’a été jugé pour les crimes du communisme…

              « La géopolitique est tout sauf la lutte du bien contre le mal. On ne doit bien sur pas oublier à quel camp on appartient. »

              La géopolitique c’est d’abord ne pas se faire d’ennemis inutilement. C’est la Russie, enfin les bolchéviques, qui ont décidé que la Russie n’était plus un pays occidental et que l’on était le mal absolu. Vous savez dans les années 1850 il y avait un mouvement appelé les « occidentalistes », des libéraux qui voulaient réformer le tsarisme pour aller vers la voie du développement. En 1917 la majorité des révolutionnaires étaient des sociaux-démocrates, dans la ligne des occidentalistes. Dans les années 90 les occidentalistes pensaient enfin avoir gagné, mais ils ont été trahis par Yeltsin qui a mit au pouvoir Poutine. Et aujourd’hui ? Il se font abattre sur des ponts…

              Ce n’est pas l’occident qui choisi ses ennemis, c’est faux, c’est des idéologues qui choisissent de désigner l’occident comme le mal absolu.

              Les pays du Golfe ont toujours coopéré avec nous, ils reconnaissent que l’occident représente la liberté, ils envoient des jeunes dans nos universités, ils n’ont jamais expropriés les occidentaux, ils ont toujours été limpides dans leur position et des alliés fiables. Pourquoi on se ferait des ennemis inutilement ? Par un relent de « mission de civilisation » comme à la bonne époque ?

              Vous savez, la France a fait une révolution comme certains pays européens, mais une bonne partie des pays européens a choisi la voie « à l’anglaise » de réforme progressive de leur monarchie. C’est la même chose dans le monde arabe, certain ont prit la voie à la française, c’est un allé sans retour vers de multiples révolutions, d’autres ont gardé leur monarchie et vont choisir une voie à l’anglaise.

    2. Ce commentaire ne vous était pas destinez excusez moi.

  3. J’ai du mal à comprendre la violence de cette charge contre Obama. Le régime cubain pas très recommendable ? Peut être, mais de quel droit s’ériger de cette façon en grand justicier, être aussi manichéen ?
    Je me trompe peut-etre, mais je n’ai pas le souvenir que M Sorman se soit étranglé d’indignation quand Hollande a remis la légion d’honneur au ministre de l’intérieur d’Arabie Saoudite. Pourtant ce jour là il fallait vraiment se boucher le nez pour ne rien sentir.
    Qui est le plus criminel, qui représente le plus grand danger pour nous ? Des pays qui soutiennent Daech ou Cuba ?

    1. « Des pays qui soutiennent Daech  »

      On a toujours aucune preuve de cela…

      1. @ un_lecteur

        Vous avez raison: je crois qu’ici, la plupart d’entre nous, nous sommes soumis à une information indirecte qui doit (forcément) être manipulée par diverses propagandes et que nous n’avons pas d’information d’origine syrienne ou irakienne, non pas de la presse mais de citoyens multiples.

        L’occasion va se présenter d’avoir, de la part des réfugiés accueillis, des informations moins manipulées si ce n’est par la subjectivité personnelle très légitime, mais, au moins, sur les faits rapportés, on pourra recouper des informations qui deviendront plus fiables que la presse dont on se demande tous les jours ce qu’il faut en penser.

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