Les solutions radicales d’un penseur américain contre la pauvreté

Publié Par Damien Theillier, le dans Histoire du libéralisme

Par Damien Theillier.

Pauvreté SDF mendicité (Crédits : Luis Felipe Salas, licence CC-BY-NC-ND 2.0)

Pauvreté (Crédits : Luis Felipe Salas, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

En France on connaît peu ou mal la pensée anglo-saxonne, en particulier les débats qui se déroulent aux États-Unis autour de la philosophie économique et sociale.

Par exemple :

Faut-il assister les pauvres ou responsabiliser la société ?
Faut-il investir massivement dans les MOOC ou éduquer traditionnellement ?
Faut-il se concentrer sur les pauvres ou bien aider tout le monde ?
Faut-il établir une police de proximité ou armer les citoyens ?

Julien Damon, professeur associé à Sciences Po, enseignant à HEC, chroniqueur au Échos et au Point, a publié un livre fort utile qui aborde ces questions à travers la recension de 150 ouvrages contemporains non traduits en français : Petit précis de culture économique (PUF, 2013). J’aurai l’occasion d’y revenir dans plusieurs articles. Toujours est-il que dans ce livre aussi éclairé qu’éclairant, Julien Damon aborde un auteur inconnu en France mais qui mérite un petit détour : Charles Murray. C’est un politologue américain, né en 1943, qui a joué un rôle décisif dans le débat intellectuel américain en matière de politique sociale, l’un des penseurs les plus originaux et les plus influents… Il se trouve que je l’ai un peu lu et que, bien que je ne sois pas toujours d’accord avec lui (notamment sur le revenu universel), c’est un auteur stimulant.

Murray est né et a grandi à Newton, Iowa. Il a obtenu un baccalauréat en histoire de l’Université Harvard et un doctorat en sciences politiques du Massachusetts Institute of Technology. Entre 1974 et 1981, Murray travaille à l’American Institutes for Research (AIR), l’un des plus importants organismes privés de recherches en sciences sociales, pour finalement devenir expert scientifique en chef. Pendant son séjour à AIR, Murray a supervisé des études empiriques dans le domaine de l’urbanisme, des services sociaux, des garderies, de l’adolescence, des services pour les personnes âgées, et de la justice pénale.1

En 1994, il publie un livre qui déclenche contre lui une violente polémique. Il s’agit de The Bell Curve : Intelligence and Class Structure in American life. Ce livre de 845 pages, qui n’a jamais été traduit en français, a été écrit avec Richard J. Herrnstein, titulaire de la chaire de Psychologie à l’université d’Harvard. Dans ce livre, Murray et Hernstein s’intéressaient au rôle de l’intelligence, mesurée par le QI, et aux effets sociaux des différences de capacités intellectuelles. L’aspect le plus controversé de leur livre portait sur les inégalités de QI entre les différents groupes ethniques. En fait le livre n’était pas centré sur la question des inégalités raciales, mais un très grand nombre de critiques n’ont retenu que cet aspect.

31514Les dérives de la politique sociale :  une « culture de l’assistance ».

Entre 1981 et 1990, il est boursier à l’Institut Manhattan, où il écrit en 1984 Losing Ground, American Social Policy 1950-1980, un livre qui fait l’analyse critique de l’État-providence américain et dénonce  la « culture de l’assistance ». Charles Murray y expose une série de faits accablants concernant les effets pervers de trente ans d’intervention du gouvernement fédéral dans la société civile. Le livre montre que les plus grands progrès en matière d’éducation et d’emploi ont été réalisés dans les familles noires de 1950 à 1965, quand les programmes sociaux n’existaient pas encore. Au contraire, lorsque les programmes de « Welfare » ont été mis en place, ils ont augmenté les incitations à l’irresponsabilité chez leurs bénéficiaires présumés.

Historiquement, ces programmes ont été conçus pour les pauvres, en particulier les Noirs et autres minorités. Et durant les années 1960 et 1970, lorsque les programmes gouvernementaux pour ces groupes sociaux ont été appliqués, les symptômes de l’attitude irresponsable de ces mêmes groupes sont apparus. Le taux des naissances hors mariage est passé de moins de 25% à plus de 50%, le taux des familles biparentales a diminué de 78% à 60%, l’homicide a presque doublé, le viol et le vol ont augmenté dans les communautés noires.

« En essayant de faire plus pour les pauvres, nous avons réussi à faire plus de pauvres. En essayant de faire tomber les barrières qui interdisaient aux pauvres d’échapper à leur sort, nous leur avons par mégarde dressé un piège ». C. Murray, Losing Ground, 1984

Selon Murray, l’État-providence, construit aux États-Unis dans les années 1960, a créé un système d’allocations qui incite les personnes à rester à la maison, au lieu de travailler pour améliorer leur propre sort. La pauvreté durable est souvent le fait des interventions sociales qui dissuadent ou empêchent les gens d’avoir un travail. Par exemple, en fournissant une allocation à toutes les mères célibataires, un nombre important de naissances hors-mariage ont été encouragées. En effet, trois possibilités s’offraient à une femme aux revenus modestes pour éviter la pauvreté : se former pour obtenir un travail mieux rémunéré, trouver un bon mari, ou se contenter de faire un enfant pour bénéficier de l’aide sociale. De même, en diminuant les punitions pour les criminels (considérés comme des victimes de la société), on les a incités à développer leurs activités criminelles. Ce livre a fortement influencé l’évolution de la politique sociale américaine dans les années 1980 et 1990, jusqu’au Welfare Reform Act de Bill Clinton en 1996.

Convertir tous les transferts sociaux en une allocation universelle ? 

En 2006, Murray revient dans le débat avec In Our Hands. A Plan to Replace the Welfare State. Pour lutter contre l’État-providence traditionnel, il propose un plan pour remplacer les multiples programmes de protection sociale qui sont nés depuis Roosevelt en une allocation unique et uniforme. Il constate que la redistribution est inefficace, qu’il y a toujours autant de pauvres et que l’endettement public est insupportable. Selon lui, il faudrait donner l’argent des impôts directement aux citoyens par l’attribution à chaque Américain de plus de 21 ans et durant toute sa vie d’une somme annuelle de 10 000 dollars devant lui permettre de satisfaire tous les besoins courants de l’existence. Au lieu de transiter par des bureaucraties dispendieuses, le montant total des impôts serait divisé par le nombre d’adultes et versé à chaque Américain sous forme d’une prestation monétaire dont la moitié serait pré-affectée à des assurances retraite et santé. Ce système coûterait moins cher et serait plus efficace selon Murray. On peut toutefois en douter fortement…

Julien Damon, a fait une excellente analyse critique de ce plan, qui peut paraître séduisant sur le papier mais qui reste à coup sûr irréalisable dans la pratique. Selon lui, ce plan coûterait tellement cher à mettre en place les premières années qu’il n’aurait aucune chance de voir le jour. Par ailleurs, un tel plan ne ferait que s’ajouter aux systèmes de redistribution existants au lieu de s’y substituer. Ne sous-estimons pas la puissance des groupes de pression : syndicats, élus, ONG… les intérêts en jeu sont énormes.  À l’appui de cette critique, citons également le philosophe Alain Laurent, éditeur aux Belles Lettres, qui ne prend pas de pincettes :

« Le seul ennui est que la distribution automatique de cette allocation universelle […] doit bien être financée par l’impôt extorqué aux individus productifs définitivement promus esclaves fiscaux. Et que les bénéficiaires de la bonne aubaine qui cesseront de travailler pour vivre aux dépens des autres se trouveront dans la même situation de dépendance, d’assistance et d’irresponsabilité que sous l’État-providence traditionnel ». (Les penseurs libéraux, Les Belles Lettres, 2012).

51zrlq0-c9l-_sx322_bo1204203200_Murray était à mon sens mieux inspiré dans un livre publié quelques années plus tôt, en 1997 : What it means to be a libertarian ?

Murray est loin d’être intégralement et authentiquement libertarien. Mais dans ce livre, il propose une défense personnelle du libertarianisme, qu’il voit à la racine du « projet américain » tel qu’il fut envisagé par les fondateurs de la république américaine. Les deux piliers de la république créée par les pères fondateurs étaient des limites strictes au pouvoir du gouvernement central et des protections strictes des droits individuels. Aujourd’hui, la plupart des Américains ont fini par accepter à contrecœur un gouvernement tentaculaire, coûteux, et intrusif, comme une part inévitable de la vie moderne. Mais selon Murray, le rôle du gouvernement est d’empêcher les gens d’utiliser la force, en leur laissant par ailleurs la liberté, selon les mots de Thomas Jefferson, « de réglementer leurs activités propres et d’améliorer leur industrie. »

Dans ce livre, Charles Murray dresse un portrait saisissant de ce que devrait être une société véritablement libre. Il explique pourquoi un gouvernement limité conduirait à l’épanouissement individuel, à des communautés plus fortes et une culture plus riche. Il montre aussi pourquoi une telle société aurait moins de personnes pauvres et prendrait beaucoup mieux en charge les moins fortunés que ne le fait la société moderne.

Une éthique de la responsabilité individuelle

L’auteur présente d’abord ce qu’il considère comme un grand écart socio-économique inquiétant entre les Américains qui figurent parmi les 20 % les plus riches et ceux qui font partie des 30 % les plus pauvres. Les deux groupes se distinguent par des différences dans le revenu, l’éducation et les valeurs. Le sommet des 20 % porte un respect typiquement américain aux valeurs du travail, de l’honnêteté, du mariage et de la foi religieuse, tandis que les 30 % au bas de l’échelle ne le font pas. Il poursuit en affirmant que la diminution du travail, de l’honnêteté, de la religion et du mariage dans la partie inférieure de 30 %, a entraîné une sérieuse perte de « capital social » défini comme « bon voisinage et engagement civique ». Citant un grand nombre de données supplémentaires, Murray affirme que « les personnes vivant avec un faible capital social mènent en général une vie moins satisfaisante que les personnes dont le capital social est élevé ».

Or sa thèse est que le bonheur exige la responsabilité. Par conséquent, la participation du gouvernement dans nos vies ne doit pas porter atteinte à la responsabilité personnelle.

« Les éléments du bonheur, comme le respect de soi, l’intimité et l’accomplissement de soi, exigent la liberté d’agir dans tous les domaines de la vie, en assumant les conséquences de ses actes […]. Sachant que cette responsabilité pour les conséquences de nos actions est ce qui rend essentiellement la vie digne d’être vécue ».

Murray appelle cela le principe de la responsabilité.

Sur la base de ce principe, l’auteur défend sa propre version du libertarianisme : sauf pour «  pour empêcher la famine et la mort », un gouvernement ne devrait pas intervenir dans la vie des citoyens, y compris dans celle de la partie inférieure de 30 %. Son argument est que toute intervention du gouvernement pour améliorer leur sort diminue la responsabilité des personnes aidées et diminue ainsi leur bonheur. Reste alors un rôle pour l’État : laisser émerger les solutions de marché en protégeant la libre association et le droit de propriété, y compris pour les plus faibles qui en ont le plus besoin. On retrouve ici la thèse fondamentale de l’économiste péruvien Hernando de Soto dont j’ai déjà eu  l’occasion de parler.

À voir :

  1. En plus de ses livres et articles académiques, Murray a beaucoup publié dans The New Republic, Commentary, The Public Interest, the New York Times, the Wall Street Journal, National Review, et le Washington Post. Il a fréquemment témoigné devant les comités du Congrès et du Sénat et fut consultant auprès de hauts fonctionnaires des États-Unis, de la Grande-Bretagne, d’Europe de l’Est, et de l’OCDE. Murray a fait l’objet d’articles de couvertures pour Newsweek,The New York Times Magazine, le Los Angeles Times Magazine. Murray a été nommé par le National Journal comme l’un des 150 « People Who Made a Difference » dans les décisions de politique intérieure.
    Aujourd’hui, Charles Murray est chercheur à l’American Enterprise Institute. Il vit avec sa femme et ses enfants près de Washington, DC.
  1. Je doute fort que les solutions du 20ieme siècle fonctionnent encore au 21ieme.

    1. Le cerveau humain n’a pas changé en un siècle et les codes culturels ne sont qu’un verni, on fonctionne toujours pareil intrinsèquement.

      La France démontre exactement les effets pervers de l’assistanat que décrivait Charles Murray.

      Malgré les sommes délirantes engagées et le contrôle de l’état dans chaque aspect de nos vies la France est en train de couler; 8 millions de pauvres, 25% de la jeunesse au chômage, un salaire moyen minable, un tissu économique en berne, des zones de non-droit, des caisses sociales en faillite, comme l’est l’état lui-même qui a du emprunter 45% de son budget en 2015.

      Cette « performance » est obtenue dans le pays recordman mondial pour l’imposition et la dépense sociale.

      Sans aller aussi loin que Murray, la France pourrait déjà faire aussi bien que son voisin libéral avec ses 3% de chômage des jeunes, salaire moyen doublé, des caisses sociales dans le vert et une dette a 30% qui se réduit malgré 30% à 50% de moins d’imposition.

      Indice liberté économique – Classement des pays

      1. Je suis presque entièrement d’accord avec toi.
        Seulement, en France, il aurait fallu mettre en place ces éléments bien plus tôt, il y a 30 ans au moins …

        Mettre ces solutions apporteront des améliorations partiels, mais ne pourront le résoudre entièrement. D’où ma réflexion.
        Ce qui est sur aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus de travail pour tout le monde. (je ne parle pas seulement de la France, parce que ce phénomène est bien mondial)

        1. koriendre: « c’est qu’il n’y a plus de travail pour tout le monde. (je ne parle pas seulement de la France, parce que ce phénomène est bien mondial) »

          Non, je fais 20km et dans l’autre pays le chômage est à 3.5% alors qu’on considère que moins de 5% c’est le plein emploi.

          En France et dans beaucoup d’autres pays, le chômage est entièrement du à l’état. Les gens ont milles manière de se rendre mutuellement service, mais quand ces services sont interdits au nom du corporatisme (taxi, profs) de normes absurdes ou rendu impossible (taxation, lois) et bien tu as du chômage.

          Des milliers de métiers sont impossible en France à cause des lois et de la fiscalité.

          1.  »
            Non, je fais 20km et dans l’autre pays le chômage est à 3.5% alors qu’on considère que moins de 5% c’est le plein emploi.
             »

            La Suisse n’est pas « Le Monde ». C’est statistiquement une énorme erreur. De plus, la Suisse profite de l’incompétence de ses voisins européens.

            Une fois que tu as modifié les critères de calcul du chômage, alors oui, tu peux etre en plein emploi.
            En France, un a un taux de « sous emploi » qui est de l’ordre de 20% (officieux, donc), et pareille aux USA (http://www.businessbourse.com/2015/07/24/etats-unis-le-taux-de-chomage-serait-de-231-en-juin-2015-et-non-de-53/). Pour l’Allemagne, tout dépend si tu inclus en sous emploi ceux qui bossent pour 6€ de l’heure, ou ont moins de 400 e mois de salaire. Vu comme ça, on doit être dans les mêmes taux.

            Les autres pays européen ont un gros avantage sur nous, concernant le chômage : ils ont moins de jeunes, proportionnellement.
            En France, on a gagné 5 millions d’habitants depuis les années 2000, alors que l’Allemagne en perdait 500.000. Ajoute ces 5.5 millions de jeunes en Allemagne et tu vas avoir un taux de chômage qui va salement gonfler. (cette tendance ne date pas que des années 2000, hein, mais est bien plus ancienne). Le taux de fécondité de la suisse est d’environ 1.5%, alors qu’il est supérieur à 2 chez nous.

            Et enfin, si tu regardes le travail à temps partiel, il est de plus de 35% en Suisse (http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/20/05/blank/key/erwerbstaetigkeit/teilzeitarbeit.html) alors qu’il est inférieur à 20% en France (http://www.insee.fr/fr/mobile/etudes/document.asp?reg_id=0&ref_id=T15F044): pratiqueraient ils davantage le partage du temps de travail que nous ?

            facile de faire baisser l’indice de chômage …

            1. La France a gagné 8,68%, la Suisse 14.07% depuis les années 2000, pour l’incompétence, les travailleurs des pays alentours viennent grossir les rangs ce qui n’arrange pas spécialement le marché.
              L’Allemagne n’est pas un parangon de libéralisme non plus, juste un peu moins sclérosée que la France.

              Le gag, c’est que la Suisse qui était à crise voici quelques année à cause d’une industrie vieillissante a pu ré-allouer ses ressources relativement facilement elle est d’ailleurs classée dans les 3 économie les plus dynamique du monde et ce n’est pas l’incompétence des voisins ou la démographie mais les 20 pages de code du travail, le marché très libre et la *faible* taxation.

              koriendre: « si tu inclus en sous emploi ceux qui bossent pour 6€ de l’heure, ou ont moins de 400 e mois de salaire. Vu comme ça, on doit être dans les mêmes taux. »

              J’ai bossé pour ces salaires là en Suisse, en début de carrière tu ne vaux rien et tu es sous-payé mais tu *commence* ta carrière et tu te fais des contacts et acquière des compétences. En France tu reste en rade sur un canapé et tu commence ta carrière à 30 ans tout en coutant un maximum à ceux qui aimeraient bien monter des entreprises pour t’embaucher.

              koriendre: « Et enfin, si tu regardes le travail à temps partiel, il est de plus de 35% en Suisse  »

              On travaille pour vivre, pas l’inverse. Tout ceux que je connais à temps partiel (y compris ma femme) le font par choix et certainement pas par obligation. Il n’y a pas qu’a la baisse que certains truquent les chiffres.

              Enfin bref, le taux est anormalement haut dans les pays les plus étatisés et catastrophique en France alors que le pays vit toujours à crédit et que ce crédit s’épuise.

              Les 65% de taxation sur les PME et les 3500 pages du code du travail suffisent à expliquer une grande partie du chômage français.

  2. il faut arrêter de les assister : les éducateurs spécialisés doivent les rendre autonomes, mais le souci est que sur 30 places, il y a 300 jeunes qui n’arrivent pas à entrer dans la formation bac +3.

  3. « Durant les années 1960 et 1970, lorsque les programmes gouvernementaux pour ces [minorités ethniques] ont été appliqués, les symptômes de l’attitude irresponsable de ces mêmes groupes sont apparus. Le taux des naissances hors mariage est passé de moins de 25% à plus de 50%, le taux des familles biparentales a diminué de 78% à 60%, l’homicide a presque doublé, le viol et le vol ont augmenté dans les communautés noires. »

    C’est parfaitement juste de qualifier d’actes irresponsables les homicides, les viols, les vols, mais qualifier d’actes irresponsables les naissances hors mariage témoigne clairement d’un parti pris conservateur.

    Il est grand temps que les conservateurs admettent que les mères célibataires ne sont pas forcément un problème, et qu’un enfant élevé par exemple par son oncle plutôt que par son père, ou par une lesbienne plutôt que par son père, ne deviendra pas forcément un délinquant.

    Les conservateurs voient systématiquement dans le phénomènes des naissances hors mariage et des mères célibataires la preuve d’une destruction de la famille par l’Etat-providence alors que parfois, je dis bien parfois, il peut s’agir d’une simple et inévitable évolution de la famille.

    « En diminuant les punitions pour les criminels (considérés comme des victimes de la société), on les a incités à développer leurs activités criminelles. »

    C’est vrai uniquement si on utilise le mot « criminel » au sens où les libertariens l’utilisent. Par exemple pour les libertariens le fait de vendre de la drogue ne fait pas en soi d’un individu un criminel. C’est en augmentant les punitions contre un tel individu, et non pas en les diminuant, que l’État l’incite à développer des activités criminels.

    1. c’est vrai.
      la responsabilité serait sur le client, qui choisirait de se shooter ou pas. c’est lui le seul responsable de ses choix. Mais le type qui devient neuneu à cause de ces substances (sisi, ça arrive, il faut faire qq gardes aux urgences d’un hosto pour en voir), on fait quoi ? on les balance à la décharge ?

      1. La liberté, c’est qu’un individu ne se fasse pas tuer, mais la liberté c’est aussi que l’Etat ne lui interdise pas de mourir si tel est sa volonté.

        Si on interdit aux gens de consommer de la drogue parce que cela risque de détruire leur santé ou de les ruiner, qu’opposera-t-on comme arguments aux socialistes qui veulent interdire aux gens de fumer, de boire des boissons sucrées, de parier des économies sur des jeux sportifs, etc, ?

        Les socialistes prennent comme prétexte que ne pas supprimer la liberté (de fumer, de boire des boissons sucrées, etc) entrainera la hausse de la demande d’État-providence. Ils préfèrent remettre en cause la liberté plutôt que l’État-providence.

        Je suis d’accord pour dire qu’on peut pas comparer la dangerosité de la consommation de la drogue (par exemple de l’héroïne) avec la dangerosité de la consommation de boissons sucrées, cependant cela ne change rien au problème de fond : si on accepte que l’Etat interdise la consommation de la drogue, on est désarmé face aux socialistes qui veulent que l’Etat interdise la consommation de cigarettes ou de boissons sucrées ou que sais-je…

        1. Tu ne réponds absolument pas à ma question qui était pourtant simple :
          on fait quoi de ceux qui se sont griller le cerveau ? (et avec quel fric, donc)

          1. @koriendre : Premièrement, avant toute chose, il faut bien comprendre que ce n’est pas dans l’intérêt d’un vendeur de proposer à sa clientèle un produit nocif pour la santé dans le cas où des vendeurs concurrents proposent des produits inoffensifs. Or plus une société est libérale plus il y aura de la concurrence. Donc plus une société est libérale moins il sera dans l’intérêt du vendeur de proposer un produit nocif. Or moins le produit sera nocif moins le consommateur du produit, en l’occurrence le drogué, risquera d’avoir, comme vous dites, « le cerveau grillé. »

            Mais dans le cas où cela se produirait quand même, dans le cas où le drogué se serait grillé le cerveau, et deviendrait un « neuneu » comme vous dites, comment réagirait une société libérale dépourvue d’Etat-providence ? À première vue, je ne vois que deux solutions :
            – soit les consommateurs auront été prévoyants, donc se seront assurés (assurance privée) contre les risques liés à la consommation de drogues.
            – soit ils bénéficieront de la charité privée pour des cures de désintox.

            En l’absence de prévoyance ou de charité privée, la situation des « neuneus » sera effectivement très problématique (c’est un euphémisme!) Mais la question qu’il faut se poser c’est : ce problème est-il pire que tous les problèmes liés à la guerre contre la drogue que traversent notre société contemporaine ?

          2. koriendre : « on fait quoi de ceux qui se sont griller le cerveau ? (et avec quel fric, donc) »

            S’il meure jeune ou en milieu de vie c’est d’une manière froide et comptable avantageux pour les comptes sociaux puisque c’est la fin de vie des plus âgés qui coute, et de très loin, le plus. 25 ans de retraites improductive avec des maladies dégénérative et une fin de vie qui traine avec des soins lourds, c’est très cher.

            On pourrait arguer que la perte prématurée de l’activité de ces personnes pourrait changer la donne mais c’est un faux argument: une personne qui se grille à la drogue à un problème psychologique bien trop sérieux pour le rendre productif.

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