Le pouvoir est en train de détruire nos libertés !

Publié Par Aurélien Véron, le dans Libertés publiques

Par Aurélien Véron.

Police à Paris (Crédits Mikael Marguerie, licence Creative Commons)

Police à Paris (Crédits Mikael Marguerie, licence Creative Commons)

Le pouvoir sabote peu à peu l’État de droit garant de nos libertés et de notre sécurité juridique et physique. Il profite de la passivité, voire de la complicité de l’opposition. Je ne peux me résigner à cette dérive sécuritaire.

Le devoir moral de tout défenseur de l’État de droit exige de s’opposer aux amendements constitutionnels votés par le Parlement ces jours-ci et à la prolongation indéfinie de l’état d’urgence. Tout comme s’opposer à la loi renseignement dont vient d’être publié le dernier décret d’application permettant désormais à l’État d’espionner nos connexions internet et téléphoniques. De quoi fracasser nos vies privées tout en saturant les services de renseignement de fausses alertes. Il est vital de lutter contre les mesures sécuritaires dont l’aspect spectaculaire vise à cacher l’inefficacité et le caractère néfaste pour notre sécurité. C’est pourquoi j’ai déposé mi-janvier, au nom du Parti Libéral Démocrate (PLD) que je préside, un recours auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme contre ce croisement entre Big Brother et la Ligne Maginot, monstruosité sans équivalent dans une démocratie digne de ce nom.

Les parlementaires devraient discuter en ce moment des moyens humains et financiers de la justice (au budget inférieur à celui de la culture !), des forces de renseignement et de sécurité, et non de la déchéance de nationalité. Qui peut croire que cette mesure dissuadera des djihadistes aspirant au martyr, ou qu’elle sera considérée comme une sanction par des gens qui abhorrent leur pays ? Et si un terroriste n’est pas digne d’être Français, un tueur de droit commun le serait-il davantage ? J’entends déjà des élus proposer d’étendre cette notion nauséabonde « d’anti-France » à d’autres crimes ou délits. Cette banalisation rampante du rejet (vers quelle destination ?) ne traite pas les causes du fléau. Comme l’a bien résumé le ministre Emmanuel Macron, « on ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale ».

Une belle victoire pour Daech

Cette mesure offre en fait une belle victoire à Daech. Limiter la mesure aux bi-nationaux pour en faire des citoyens de seconde classe, comme le gouvernement l’a envisagé, renforcerait la propagande de Daech qui tente de convaincre les bi-nationaux que la France les déteste. Mais l’étendre à tous aboutirait à créer des apatrides, ce qui n’est ouvert qu’aux crimes au profit d’États étrangers selon la Convention de l’Onu de 1961. Cela reviendrait alors à reconnaître Daech comme État souverain, bonus ultime pour les djihadistes !

Une loi sur la nationalité n’a en outre rien à faire dans la Constitution qui ne doit être amendée que rarement et avec scrupule, non sous le coup de l’émotion et de la peur. Encore moins comme manœuvre tactique d’un chef d’État en perdition visant à piéger la droite.

Une large majorité de Français approuvent malheureusement cette mesure parce qu’ils attendent qu’on fasse, enfin, « quelque chose » contre les terroristes. Une réaction compréhensible pour exorciser le sentiment de colère et d’impuissance après le 13 novembre. Mais tout ce temps perdu à débattre d’une mesure purement symbolique au lieu de réfléchir aux moyens concrets de lutter contre nos ennemis doit stupéfier les djihadistes eux-mêmes !

Éluder le débat sur les défaillances de l’État

Cette fausse solution vise en fait à éluder le débat bien plus important sur les défaillances de l’État. Aucun audit sur les failles de notre renseignement n’a été lancé, pas plus que sur la brièveté des peines de prison effectivement réalisées par des individus fichés S, tels Amedy Koulibaly sorti de prison seulement un an après sa condamnation pour projet d’aide à l’évasion d’un terroriste.

Quant à l’état d’urgence, s’il était légitime juste après les attentats du 13 novembre, il s’avère peu concluant depuis : six mille perquisitions administratives pour UNE seule inculpation. Les coups de pied de la police dans la fourmilière ne donnent pratiquement aucun résultat. Même l’élimination du chef des tueurs du Bataclan le 19 novembre ne doit rien à des mesures d’exception, puisqu’elle s’appuyait sur la dénonciation d’un proche.

En déclarant récemment que l’état d’urgence serait maintenu jusqu’à l’élimination de Daech, le Premier ministre annonce-t-il que nous devrons vivre dans un État policier jusqu’à la présidentielle ? Bien commode pour interdire les manifestations de mécontentement social (exception faite des taxis). Mais à quel prix ! L’Histoire montre qu’avec la banalisation de l’état d’urgence, les institutions se dégradent rapidement et basculent dans l’arbitraire. C’est pourquoi son prolongement abusif a suscité une mise en garde du Conseil de l’Europe. Le Royaume Uni, l’Italie et l’Espagne ont affronté des réseaux terroristes pendant des décennies sans recourir à l’état d’urgence plus de quelques semaines.

Il est urgent de réorganiser la lutte contre le terrorisme

Imposons le port d’un bracelet électronique aux radicaux identifiés dès lors qu’ils ont été condamnés pour tout acte violent, afin d’éviter que des profils dangereux puissent se promener partout en Europe impunément, comme certains l’ont fait avant le 13 novembre. Comment en outre expliquer l’absence d’un département chargé de contrer la propagande des djihadistes sur les réseaux sociaux et Internet, ou de centres de déradicalisation si développés chez nos voisins européens ? Il est aussi urgent de réorganiser la lutte contre le terrorisme, dispersée entre pas moins de sept services différents.

Depuis le 13 novembre, les politiques rivalisent de déclarations selon lesquelles Daech gagnerait s’il nous conduisait à changer notre système de valeurs. C’est précisément la victoire que l’exécutif et la droite d’opposition sont en train d’offrir à cet ennemi effroyable.

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial libertés publiques

Sur le web

  1. nous avons à la tête de notre pays , une équipe de couards ,qui a peur de son peuple ; quel meilleur moyen de s’en protéger que de restreindre sa liberté …..valls a dit que nous aurions d’autres attentats , et pour cause , ce gouvernement s’occupe plus de museler les citoyens que de combattre le térrorisme ….on n’est pas sorti du sable ….

  2. Excellente analyse.

  3. Le sous-titre ferait un bien meilleur titre que le titre.

  4. A lire

  5. Très intéressant. A faire lire à un grand nombre.

  6. le cas échéant cette disposition anti terroriste permet aussi de surveiller de très très prés tout élément étranger établit sur le sol national et faisant parti d’un état « intrèséquement faible » afin d’en être expulsé si besoin! ….On pense évidement aux tchékistes russes mais il n’y a pas qu’eux à surveiller de prés .. .LOL

  7. Je ne peut être que d’accord avec le constat. Je ne ferais pas d’accusations farfelues comme certains libertariens complotistes américains, mais force est de constater que le terrorisme est la meilleur chose qu’il soit arrivé aux politiciens ces dernières décennies.

    Ces derniers ne sont jamais touchés, trouvent pleins de nouvelles excusent pour restreindre nos libertés et se comporter comme des dictateurs. Pendant ce temps la tous les dictateurs deviennent soudain des types biens du moment qu’ils annoncent aider à la lutte contre le terrorisme. Il est interdit de remettre en cause leur sincérité sous peine d’être accusé de ne pas être pragmatique…

    Quelque-chose me dit que l’on va encore voir le terrorisme encore longtemps étant donné qu’aucun dirigeant n’a intérêt à y mettre fin.

    1. Pierre Kirool (futur émigré)

      « Quelque-chose me dit que l’on va encore voir le terrorisme encore longtemps étant donné qu’aucun dirigeant n’a intérêt à y mettre fin. »

      Quelque chose me dit que l’on va encore entendre parler du terrorisme encore longtemps. C’est déjà le cas actuellement. On se pose la question du terrorisme dans le moindre fait divers qui implique des hommes armés. Toute nouvelle mesure prise l’est pour lutter contre le terrorisme même quand il ne s’agît pas de sécurité : fin du billet de 500 euros, limites des paiements en liquide à 1 000 euros, renforcement de TRACFIN etc, on met en place une censure de l’internet en nous expliquant qu’il s’agît de lutter contre la radicalisation etc

  8. Xavier Raufer dit que l’état d’urgence est utile pendant une semaine pour perquisitionner par surprise…
    La finalité est donc ailleurs, sans doute empêcher les manifestations qui déplaisent comme vous l’indiquez.

  9. On a bien apprécié, que dans sa grande bonté, le fiancé de Julie a toujours été et quoiqu’il arrive d’une grande compréhension vis à vis de djihadistes. Il s’est efforcé, généreusement, de ne jamais les choquer par une condamnation brutale et peu conciliable avec l’islamophobie qu’il a toujours dénoncé comme profondément dangereuse en France, à l’égard d’une religion reconnue de paix et d’amour, contrairement au judéo christianisme. Récemment notre jolie NVB, chargée de l’éducation nationale, s’est elle-même bien gardée à la télé de désapprouver sans raison un fondamentaliste fier de sa religion. Chez eux, quoiqu’on en dise, tout est grand. Alors on ne comprend pas pourquoi ce peut-être dans leur grande faiblesse locale que ces supposés terroristes ont trouvé la force de nous faire tant de mal. Quand on y pense un peu plus sérieusement, il doit avoir bien raison de voir en Sarkosy un bien plus grand ennemi de la France que le si insignifiant daech qui, autant qu’il le peut, fait un si bon boulot en Syrie. Nul doute qu’Ayrault va s’en tenir strictement à cette ligne.

  10. Entièrement d’accord avec l’article. L’expression personnelle a été extrêmement réduite. Ce que disaient Coluche, Desproges et compagnie serait largement censuré actuellement
    La pensée unique a pris le dessus et l’enseignement marxiste de la France se renforce pour n’avoir qu’un troupeau de brebis

    1. Alors pourquoi est-ce qu’ils continuent à voter LRPS?

  11. Pourquoi tous nos politiques au gouvernement gouvernes si mal que l’on croirait qu’ils sont aveugles et donnent l’impression très forte de ne penser qu’à eux, leurs carrières, eux quoi.

    Mais ce qui est le plus grave et de savoir pour qui nous allons votés dans un an?

    Ou peut être prendre si elle se crée, une équipe jeune à la Macron ou bien d’autre encore.

    Mais surtout ne pas revoter par dépit pour les fonctionnaires de la politique qui sont en trop grand nombre et nous pondent des connerie comme cet état d’urgence qui nous prive encore plus de nos liberté sur laquelle notre France à fondée sa Force, ses espoirs, et surtout sa qualité de vie que nous ont enlevés les politiques des 30 dernières années.

    Mois je déprime rien que d’y penser.
    Sam

  12. Déjà pour commencer, quand des criminels sont condamnés à faire une peine de prison ferme, ils ont pas à être dehors avant le terme de leur peine. Parce que quand ils sortent, ils sont « promus » parmi leurs semblables, ils gagnent des « galons ». Si un individu prend 5 ans ferme, quand il ressort 5 ans après, ses semblables ne sont plus les mêmes, et il n’aura plus le gain dû au rite de passage en prison.
    En plus, quand ils font même pas la moitié de leur peine, je pense qu’ils doivent bien se marrer de la Justice et de la Police : crédibilité zéro Et je parle pas des multi récidivistes !

  13. C’est normal et sain de s’inquiéter comme le fait cet article.
    Concernant la lutte contre le terrorisme, avant toute chose je me demande pourquoi la France est le seul pays occidental attaqué sur son territoire ?
    Est-ce par défaillance de l’Etat et de ses services ? Non il y a certes des failles mais c’est valable pour d’autres pays (Belgique par exemple).
    Est-ce parce que la France représente et défend des valeurs supérieures ? Non tous les pays européens les partagent et les défendent également.
    Est-ce une question liée à la communauté musulmane et l’islam d’une manière générale ? Non pas vraiment, les problèmes qui se posent en France existent dans d’autres pays européens.
    Est-ce notre participation militaire au moyen-orient ? C’est ce qu’on dit mais personnellement je n’y crois que partiellement.
    Mon idée est que ce qui se passe en France n’est que lié indirectement avec la guerre en Syrie et l’islam radical, mais serait plus une conséquence lointaine de notre passé colonial. Il reste probablement une animosité diffuse, dormante et impalpable dans une fraction des esprits qui peut se réveiller par un stimuli extérieur. Ce ne sont pas des syriens ou des irakiens qui commettent les attentats et sans doute pas eux qui les commanditent.

  14. Entièrement d’accord.Toutes les mesures proposées ne sont que de la poudre aux yeux destinées à racoler l’extreme droite ! Et à occuper l’opinion publique pour la détorner des vrais problèmes comme le role de certains états faisant la promotion de l’islam radical comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite qui nous fournissent du pétrole ou du gaz…Et du système monétaire corrompu leur permettant de s’enrichir impunément…

  15. Tous les pouvoirs sabotent la liberté et je peux dire sans me tromper qu’il n’y a plus de liberté de toutes manière dans les pays démocratiques, il ne reste actuellement que des mots (liberté, democratie) mais il ne veulent plus rien dire dans la pratique, il reste egalement des droits mais les droits que donne le gouvernement, le gouvernement les supprimera un jour, la grande différence entre droit et liberté est que le droit peut être abrogé par la tyrannie de la majorité démocratique ou par un pouvoir comme dans le cas des armes à feu par exemple et le second (la liberté) tombe jusqu’à ce que des tyrans en fassent un droit.
    D’une façon comme une autre les tyrans d’aujourd’hui qui abrogent des libertés pour leur securité deviendrons les dindons de demain.

  16. Pas lu l’article, mais le thème n’est vraiment pas un scoop…

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