Remaniement : interview fictive de François Hollande

Publié Par Nathalie MP, le dans Politique

Par Nathalie MP

François HollandeInternational Labour Organization-Mr F. Hollande (CC BY-NC-ND 2.0)

François Hollande International Labour Organization-Mr F. Hollande (CC BY-NC-ND 2.0)

 

NMP : Bonsoir Monsieur le Président et merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions pour les lecteurs de Contrepoints.

FH : Bonsoir Nathalie MP.

NMP : Le remaniement ministériel à propos duquel on spécule depuis plusieurs semaines a été annoncé jeudi soir. Par rapport aux précédents gouvernements Valls, la grande nouveauté réside dans le retour des écologistes au gouvernement. Une façon de rassembler toute la gauche sur votre nom en vue des élections de 2017 ?

FH : 2017 est encore loin et ce n’est pas ma priorité. Je n’y pense ni en me rasant ni en remaniant. Si vous avez suivi mes tweets, vous avez dû remarquer que je n’ai qu’une priorité : réformer la France. 

 

En réalité, je suis très attaché à la composante écologique de l’action politique, j’ai même placé la mère de mes enfants à la tête d’un grand ministère de l’Écologie. Elle a réussi à faire voter la transition vers un monde sans couverts en plastique, c’est une grande réforme dont les Français peuvent être fiers. Et vous savez que la COP21 pour laquelle je me suis investi sans compter avec Marion Cotillard et Mélanie Laurent (oui, je ne m’en cache pas, j’aime les actrices) a été un immense succès international.

Quant aux écologistes, je leur ai toujours proposé de participer à tous mes gouvernements. Certains comme Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili étaient prêts à rejoindre Valls dès le début mais Cécile Duflot était contre et Emmanuelle Cosse l’a suivie. Aujourd’hui, les malentendus sont dissipés et tout rentre dans l’ordre.

NMP : Pourtant, Emmanuelle Cosse, qui vient d’accéder au portefeuille du logement et de l’habitat durable, professait certaines réticences vis-à-vis de vos réformes… sur la déchéance de la nationalité, mais aussi sur le budget consacré à l’écologie.

 

FH : Vous savez, j’ai une longue pratique de la politique. Je vous rappelle que j’ai commencé au Parti socialiste en 1979. Et je peux vous dire que la perspective d’obtenir un poste de ministre vous pousse à approfondir votre réflexion. C’est ce qu’a fait Mme Cosse et c’est tout à son honneur. D’ailleurs, puisque vous citez ses tweets, permettez-moi de faire de même :

 

NMP : La nomination de Jean-Vincent Placé fait aussi grincer des dents. En effet, il est connu pour avoir eu la modique somme de 18 000 euros de retards de paiement pour ses PV. C’est choquant en soi, et encore plus venant d’un écologiste dont le parti milite assez nettement pour la fin de la voiture particulière.

Hollande rené le honzecFH : Selon ma conception citoyenne de la transparence, un gouvernement doit être comme la Légion étrangère : on ne vous demande rien quand vous arrivez et on oublie tout. C’est ça, le droit à l’oubli à la française, ça fait partie de nos traditions politiques et il faut garder des traditions, les Français y tiennent. Par contre je suis intransigeant sur un point, et je le dis aux ministres « les yeux dans les yeux » : ne vous faites pas choper par Médiapart en plein exercice de votre mandat. Je ne peux pas passer mon temps précieux à couvrir tous les maladroits comme MM. Thévenoud et Cahuzac, pour ne citer qu’eux.

En ce qui concerne M. Placé, comme il a effectué les paiements réclamés, je ne vois pas ce qu’on peut lui demander de plus. Vous vous rappelez sans doute qu’il s’est fait prendre en photo avec une poule pour une campagne de publicité contre le sexisme. C’est tout à fait le genre de talents que je recherche et dont la France a besoin : la poule est représentative de la biodiversité que je souhaite encourager à tous les niveaux, j’ai même créé un secrétariat d’État pour cela, et la campagne contre le sexisme, c’est l’égalité réelle en action.

NMP : Une autre arrivée remarquée est celle de Jean-Marc Ayrault. Vous vous en êtes séparé comme Premier ministre, et le voilà maintenant n°2 du gouvernement comme ministre des Affaires étrangères. À l’Assemblée nationale, on l’avait plutôt entendu sur des questions de fiscalité purement intérieures.

FH : Justement, pour la fiscalité j’ai déjà Sapin, auquel je fais toute confiance. Jean-Marc a une expérience gouvernementale énorme : le « Mariage pour Tous », qui est la réforme dont je suis le plus fier, car là aussi c’est l’égalité réelle en action, s’est concrétisé sous son gouvernement. De plus, il apportera sa voix en faveur de la construction de l’aéroport Notre-Dame des Landes, et surtout il parle allemand. Pour discuter avec Mme Merkel, c’est pratique.

J’aurais bien nommé un jeune ministre à ce poste car mon engagement pour les jeunes est toujours intact depuis 2012. Mais il faut bien constater que l’apprentissage de l’allemand se perd. J’en ai touché deux mots à la ministre de l’Éducation nationale, mais elle prétend que ça ne correspond pas du tout aux réformes que nous mettons en place au collège. « L’éducation pour Tous » suppose l’abandon de tout élitisme, et, assez curieusement pour qui connait Jean-Marc aussi bien que moi, l’allemand ferait partie de ces matières bourgeoises qui ruinent l’égalité réelle.

NMP : Cette idée d’égalité réelle semble vous tenir à coeur. Vous avez d’ailleurs créé un secrétariat d’État pour cela. Pourquoi « réelle » ?

FH : L’égalité sèche, c’est un concept trop philosophique. Par contre avec l’égalité réelle, on entre dans le concret, dans la vraie vie. Les Français veulent du réel, je les comprends et je leur en donne, au moins dans le vocabulaire. L’égalité réelle, c’est ce qui permet de se conformer aux exigences de l’Union européenne, c’est ce qui permet de suivre l’évolution du monde, tout en conservant les idéaux de notre modèle social. L’égalité réelle, c’est ma façon de ré-enchanter le rêve français après les politiques d’austérité que je suis obligé de mener, et c’est surtout une excellente méthode pour ré-enchanter le rêve socialiste.

L’arrivée d’Emmanuel Macron dans le premier gouvernement Valls a eu un très bon effet sur nos partenaires européens, mais ça a jeté un froid chez mes amis socialistes. Dans ce gouvernement-ci, par souci de cohérence, j’ai dû le rétrograder. Vous savez, les socialistes sont assez simples à contenter : donnez-leur de l’égalité à tour de bras, supprimez les têtes qui dépassent, faites payer les riches, parlez des pauvres la main sur le cœur à la façon de Martine Aubry, et, depuis quelque temps, jurez que vous ferez tout pour sauver la planète. Je ne le dis qu’à vous, et j’espère vraiment que les socialistes ne lisent pas Contrepoints, mais l’égalité réelle, c’est de l’égalité triple épaisseur ajustée spécialement pour eux.

NMP : À propos des socialistes, que pensez-vous de cette idée de primaire à gauche qui commence à émerger ? À vous entendre, ils semblent faciles à manoeuvrer, et pourtant vous avez dû affronter les députés frondeurs sur à peu près toutes vos réformes économiques. Votre projet de déchéance de la nationalité pour les terroristes a écartelé votre camp encore un peu plus. Maintenant, c’est votre statut de candidat naturel qui est remis en cause.

FH : Comme je vous le disais, je n’ai pour l’instant qu’une seule mission : diriger le pays et montrer aux Français qu’il est tenu. Si vous analysez les résultats du vote des députés sur la déchéance de la nationalité, vous constaterez que ce texte a non seulement été voté par 3/5ème des députés, mais qu’il en a été ainsi aussi bien à gauche qu’à droite. Je considère qu’aujourd’hui je suis le seul à pouvoir rassembler une telle majorité sur ma gauche comme sur ma droite.

Je vais encore lancer des réformes, celle du marché du travail par exemple. Il y aura de la souplesse, les entreprises et la droite vont aimer. Mais il y aura aussi de la sécurité car je vais initier le compte personnalisé d’activité qui inclura aussi bien la formation que la pénibilité, et là les syndicats vont aimer car ils raffolent de tout ce qui complique la vie des entreprises. Vous verrez que sous peu ma candidature sera inéluctable aux yeux de tous. Je me demande même si les autres partis jugeront utile de présenter des candidats contre moi.

NMP : Vous semblez très sûr de vous. Pourtant les résultats économiques se font attendre et l’environnement international est très incertain.

FH : Ce qui me motive, c’est l’intérêt du pays et l’intérêt des Français que j’ai le devoir de protéger coûte que coûte. Oui, il y a encore trop de chômage, et j’aimerais que l’on avance beaucoup plus vite sur ce sujet. Mais il y a des règles à respecter, des règles démocratiques. Que dirait-on si tout allait trop vite et si je passais outre nos lois et nos textes constitutionnels ? Personne n’est plus attaché aux principes démocratiques que moi. La preuve, c’est que je m’efforce au contraire de tout inscrire dans la Constitution, afin de toujours me trouver en règle avec tout, quoi que je fasse. Laurent Fabius ne m’a pas demandé pour rien la Présidence du Conseil constitutionnel. Il savait que dorénavant son rôle de contrôle serait de pure forme. Un comité Théodule de plus, en quelque sorte, et ce sont les moins dangereux.

NMP : Votre Premier ministre Manuel Valls a succédé à Jean-marc Ayrault après la défaite de la gauche aux Municipales de 2014. Or il a essuyé une défaite aux élections européennes de juin 2014, une autre aux Départementales de 2015 et une dernière aux Régionales de décembre 2015 alors que vous jouissiez d’un regain de popularité après les attentats de novembre. Comment se fait-il que vous l’ayez reconduit dans ses fonctions ?

FH : Rien ne m’est plus étranger que les petits calculs politiciens. Les résultats aux élections sont une chose, le travail des ministres en est une autre. Il serait quand même terriblement injuste de ma part de remercier les ministres loyaux parce que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Or Manuel Valls fait partie de ceux qui pensent que je suis le candidat naturel de la gauche. C’est une qualité qui vaut mille réussites. De plus, il se distingue par son exigence sans concession à l’égard de l’égalité réelle. Il n’a de cesse de pourfendre le Front national et de s’attaquer au racisme partout où il se trouve, c’est-à-dire partout. Avec Jean-Marc en position de second, j’ai là un tandem particulièrement efficace, mi-dinosaure, mi-dynamite, qui va me permettre de réaliser le changement de décor idéal pour me mettre en valeur à la fin de mon mandat : « Entre ceux qui ne veulent rien faire (les dinosaures) et ceux qui veulent tout défaire (la dynamite), moi, Meilleur Ouvrier de France spécialisé en flan politique, je vais bien faire. » C’est le nouveau slogan de ma Présidence.

NMP : Merci Monsieur le Président. Je suis certaine que les lecteurs de Contrepoints ont apprécié cette interview et que votre politique est devenue parfaitement limpide à leurs yeux.

Sur le web

  1. Excellent, merci Nathalie MP. J’ai bien rigolé devant mon écran, en particulier avec Les Français veulent du réel, je les comprends et je leur en donne, au moins dans le vocabulaire.

  2. Il manque juste de parler des condamnations de Ayrault et Baylet qui sont quand même autre chose que les amendes de Placé, et reprendre notre président sur le fait que ce n’est pas 3 députés sur 5 qui ont voté le texte mais que le texte a tout juste obtenu un peu plus des trois cinquième des exprimés.

    Sinon moi aussi j’ai bien ri de vos répliques.

  3. J’ai bien ris 🙂
    Encore !

  4. très réaliste, on a l’impression de l’entendre; ce qui sous le sourire que cela procure, est en fin de compte assez désolant…

  5. il est bon de rire, parfois.

  6. @ fm06, arno, P, gc, Parisien Libéral, Rick la Trick : je vous remercie pour vos sympathiques appréciations 🙂

    Ma réplique préférée : « je peux vous dire que la perspective d’obtenir un poste de ministre vous pousse à approfondir votre réflexion. C’est ce qu’a fait Mme Cosse et c’est tout à son honneur. »

  7. Il manque la ponctuation mollandienne : euuuuuuuuuuuuuuuhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!!

  8. Façon très humoristique de décrypter le foutage de G….. du grand naufrageur.
    La dérision reste plus paisible qu’un bon coup de pied au c.. Pour virer tous ces bras cassés.

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