Reprise économique : La France à la traîne de l’Europe

Publié Par Thibault Doidy de Kerguelen, le dans Économie générale

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

imgscan contrepoints 2013-2543 Europe FranceL’activité manufacturière a progressé, en Europe, à un rythme que nous n’avions plus connu depuis des années. Cela est particulièrement vrai pour des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou encore la Grande Bretagne. Hélas, ce n’est pas le cas de la France qui fait figure de poids mort de cette reprise, comme le montrent les résultats définitifs de l’enquête PMI publiés aujourd’hui jeudi. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que l’embellie est également perceptible du côté des commandes nouvelles, dont l’indice retrouve aussi son niveau le plus élevé depuis avril 2011.

La France, à la traîne, risque de peser lourd sur l’économie européenne

L’activité dans le secteur manufacturier en France s’est contractée en décembre à son rythme le plus fort depuis sept mois, selon les résultats définitifs de l’enquête PMI publiés jeudi par Markit. Quatre des cinq composantes de l’indice sont en recul, dont les nouvelles commandes et l’emploi, celle des délais de livraisons des fournisseurs faisant exception.

Il semble ainsi qu’après le pari perdu de Hollande concernant l’emploi, son autre pari (stupide) visant à accrocher la France à la remorque de la reprise européenne soit lui aussi en passe d’être perdu. Le reste de l’Europe repart, la France reste sur le quai.

Pendant ce temps, d’autres retrouvent l’espoir

En Allemagne, la croissance du secteur manufacturier a atteint en décembre son rythme le plus élevé depuis deux ans et demi, portée par une production soutenue et par une forte hausse des nouvelles commandes et laissant augurer d’un bon début d’année 2014.

En Italie, l’activité du secteur manufacturier a elle aussi poursuivi son redressement en fin d’année, les créations d’emplois et les nouvelles commandes ayant connu leur rythme de croissance le plus élevé en plus de deux ans et demi, ouvrant la porte à une reprise en 2014.

Ces deux pays ont un indice PMI supérieur à 50 quand celui de la France stagne à 47. Même la Grèce (49) a un meilleur indice PMI que la France !

Nos indices sont mauvais pour 2014. Le monde entier semble s’en apercevoir. David Cameron s’en ouvre dans la presse britannique, François Hollande, interpellé en Arabie Saoudite sur la fiscalité française, s’empresse de rassurer ses partenaires arabes (plutôt que ses concitoyens) sur la politique fiscale à mener. Il faut dire que les investisseurs saoudiens sont jaloux du statut de paradis fiscal que la France offre aux qataris et dont ils aimeraient pouvoir eux aussi bénéficier…

Le gouvernement français, lui, semble plus préoccupé par des affaires de bananes et de quenelles que par la réalité économique que sa politique délétère entraîne.


Sur le web.

  1. La politique de Normal commence à se faire sentir, nous sommes sur la bonne voie.
    Pour rappel, cette politique a été explicitement demandée par les français quand ils ont élus Bouboulet.

  2. Il y a bien sûr une dimension psychologique dans les anticipations économiques mais que ce soit les médias ou les politiques qui font le spectacle pour nous faire croire en une reprise en 2014 forcent le bouchon beaucoup trop loin. Lorsque les français mesureront qu’on s’est foutu d’eux et que l’optimisme qu’on leur a forcé à avoir n’était basé que sur du vent, ils seront furieux et à bon droit.

    Les premiers indicateurs économiques post augmentation de la TVA tomberont après le premier tiers d’impôt sur le revenu. A quelques semaines des premiers scrutins de 2014…

    1. Les Français n’avaient qu’à réfléchir avant de voter. Ils ont ce qu’ils méritent.

      1. Gil, ce n’est certainement pas ici qu’on trouvera le plus de gens convaincus qu’il y avait une différence nette entre les deux candidats du second tour de la dernière présidentielle. Je ne peux hélas pas leur donner tort…

        1. +1, j’en ai marre de ces arguments. Encore pire : ceux qui disent : « tu n’as pas voté, tu fermes ta gueule. » Alors? Pour avoir le droit de parler, je devrais voter pour qui? Marine? Sarko? Mélanchon? Rien que d’entendre le mot « vote » ça me fout les boules. À force, je préférerais être dans une dictature assumée que dans ce merdier où on rejoue la guéguerre des partis à intervalles réguliers pour amuser le bon peuple.

  3. « s’est contractée en décembre à son rythme le plus fort depuis sept mois » ça doit être faible et non pas fort.
    « Le reste de l’Europe repart, la Franbce reste sur la quai. » Un b en trop à France et le quai c’est féminisé en la quai. 😉

  4. Vous vous perdez dans les effets d’optique. Et les effets de base.

    Il est absurde de parler de « reprise » dans les autres pays européens.

    Italie et Espagne ont pris une telle claque après 2008… que tout rebond se voit « davantage ». Même si l’amplitude de ce rebond est faible.

    Regardez les valeurs absolues… ces pays ne sont pas revenus au niveau de 2007 (et sur plusieurs indicateurs).

    Même principe pour le chômage : la crapule espagnole Rajoy a célébré hier une baisse de 140 000 du chômage en 2013… Alors que les années précédentes la hausse atteignait 450 000… Par an.

    La « reprise » n’est absolument pas sustainable. C’est juste un « blip » après une forte chute.

    Il ne s’agit pas de sous-estimer la chute française. Mais juste de la mettre en perspective.

    Nous avons beaucoup moins chuté après 2008, que les pays du sud, grâce aux politiques hystériques de Sarkozy, à une dette forcené et à de très nombreux « matelas » sociaux.

    Dans le grand ordre des choses, il est donc normal que nous nous enfoncions, lentement mais sûrement.

    Hollande en outre a un effet bien réel. Il accentue les tendances, qui sont déjà à l’oeuvre dans ce pays depuis des décennies : collectivisation, corruption politique, endettement, etc.

    Mais plus que Hollande, je crois que c’est le facteur temps qui joue de plus en plus contre nous.

    Je prends toujours l’exemple d’une PME (ou d’un ménage).
    -choc novembre 2008 : la PME sert les dents
    -optimisation à fond
    -quelques licenciements mais pas trop
    -« modération salariale »
    -aide régionale, ou étatique
    -problème : tout le monde fait la même chose, il y a moins de faillite qu’il ne devrait, donc hausse de la concurrence, baisse des prix ou en tout cas impossibilité de répercuter hausse des coûts : -> baisse des marges / rentabilité
    -accroissement des problèmes de tréso
    -les banques mettent du temps à lâcher
    -quelques licenciements
    -nouveau train d’économies (effets déflationnistes sur toute l’économie)

    Rincez, répétez.

    Voyez le processus ? Une morte lente. Pas le coup du lapin à l’anglo saxone. Non. La mort lente. Au prix d’efforts (productivité) énormes….

    La PME parvient à survivre. Un an. Deux ans. Trois ans. Quatre ans…

    … Mais à un moment, effet de seuil, boucle auto entretenue négative : ça lâche.

    La PME dépose le bilan.

    Voilà comment fonctionne, grosso modo, l’économie française depuis des années.

    Corollaire : chaque jour qui passe, l’élastique se tend… Et nous rapproche du moment où il va rompre.

    Hollande ou pas Hollande.

    1.  » nous avons moins chutté en 2008 que les pays du sud, grace aux mattelas sociaux  »

      c’est vrai, il faut ajouter à cela, le fait que la bulle immobilière n’a pas explosé en france… jusqu’a quand ?

    2. Excellentissime analyse! Rien à ajouter.

  5. on peut se demander s’il y a une reprise mème au niveau mondial ?

    la bourse à monté en 2013, certe, mais surtout les grosses capitalisations, ou les valeurs à rendement, vu que c’est la seul solution pour en avoir… du rendement !
    quand on voit l’état des small caps, ça ne laisse pas penser qu’on est à la veille d’une franche reprise !

    1. Il y a en effet une « reprise » mondiale, enfin plutôt un simple effet « boost » provoqués par les torrents de cash injectés par toutes les banques centrales du monde.

      Ce -modeste- regain d’activité semble donc exogène, basé sur davantage de dettes, et de mauvaise monnaie, et donc pas tenable sur le long terme.

      Les économies « ouvertes » (USA, UK, Allemagne) en profitent rapidement. Les économies soviétisées comme la France, y sont hermétiques (trop lourd, trop complexe, trop lent).

      Porsche a publié des résultats historiques. Forte hausse des ventes de Cayenne aux USA en 2013.

      C’est un indicateur qui prouve que les QE (et tous les autres programmes d’impression des banques centrales) ont des effets bien réels, sur l’économie réelle.

      -j’imprime du cash
      -ce faisant je sauve ma grosse banque de la faillite
      -ma grosse banque fait du trading leveragé avec ce cash : cela augmente ses profits
      -elle augmente donc les bonus de ses employés
      -ces derniers, croulant sous le cash, achètent des… Porsche Cayenne. Ou de l’immo à Londres.

      etc. etc.

      Mais cette activité « réelle » (les ouvriers allemands de Porsche bossent, les vendeurs vendent etc.) est basé, ontologiquement, sur toujours plus de dettes, et de la mauvaise monnaie.

      Les QE permettent de payer toujours de plus fonctionnaires également.

      Bref, les QE ne sont absolument pas anodins, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent (« oh ce sont des trucs de banquiers, c’est virtuel, ça ne nous affecte pas » ou encore « oh ça n’a des effets que sur a la bourse, je ne possède pas d’actions, donc je m’en fiche »).

      Les BC contrôlent désormais toutes les économies du monde. Elles ont littéralement pris le pouvoir. 2008 a marqué le début d’un véritable coup d’état… à l’échelle mondiale.

      C’est stupéfiant.

      1. Bien vu. Je ne suis pas économiste mais j’ai un a priori très négatif sur le rôle joué par les BC. Tout le monde se demande comment l’aventure monétaire entamée en 2008 va se terminer. Je suis certain d’une chose : Les bricolages monétaires ont toujours servi et visiblement encore actuellement à retarder les échéances vis à vis des vraies réformes impopulaires pour laisser le capitalisme fonctionner librement.

      2. Merci, vraiment, pour cette analyse, pourriez vous développer, svp, comment les BC contrôlent les économies.

        Les BC contrôlent le trading par l’argent qu’elle donne, mais comment fait elle pour contrôler l’économie réelle?

      3. Le rebond c’est juste cyclique, l’économie est naturellement cyclique. Ajoutons à cela qu’il y a une balance des comptes courants excédentaire dans l’EU qui correspond à la balance des pays vertueux. Donc il fallait bien que cela monte un peu.

        La banque centrale ne contrôle rien de l’économie réelle. Quand grace au QE elle fait monter les bourses. Et quand vient le temps des bonus cela fait grimper le luxe(imo, voiture ect…). Mais cela contribue en rien à l’immobilier de la Creuse.

        Le QE n’a pas d’impact sur les fonctionnaires si ce n’est que cela évite à l’état d’être en faillite. Il n’y a pas de courroie direct entre QE et fonction publique et heureusement! Ce sont des tonneaux d’argents que l’on met au Japon en Europe et aux US.

  6. Après avoir vécu aux crochets de ses entrepreneurs, de ceux qui mouillent leur chemise, des épargnants, et avoir tarie la source, la France espère maintenant vivre aux crochets de l’Europe et du reste du monde.

    Nos énarques prennent leur désirs pour des réalités. S’ils ont le pouvoir de consfisquer les richesses du pays, ils ne peuvent imposer leur volontés aux marchés. Sans consommation en interne (vive les hausses de TVA), sans rentabilité des entreprises en général (vive la bureaucratie et la pression fiscale) et des PME en particulier, sans compétitivité à lexport (vive la transition énergétique), la croissance mondiale (si elle existe) se fera sans nous.

  7. En lisant le rapport je note qu’il parle aussi d’une augmentation inflationniste des prix industriels.
    Donc, en France, non content de foutre notre industrie à terre, nous allons avoir le droit en cette année bénite :
    Une augmentation de la TVA.
    Une augmentation inflationniste des marchandises.
    Une augmentation des impôts.
    Ne parlons pas de l’augmentation des OAT
    D’où il résultera une perte importante du pouvoir d’achat, et on peut donc s’attendre à des fermetures de TPE et PME.
    Hollande à beau dire ce qu’il veut, nous avons pris trop de retard et à moins d’un élan de courage, difficilement perceptible chez cet individu, qui permettrait des baisses d’impôts drastiques et une libéralisation du marché, je considère la situation comme fichue.
    Donc nous allons vers des lendemains qui chantent très faux, de plus en plus faux et j’espère que cela ne fera que nous casser les oreilles ce serait un moindre mal devant les risques conjugués des délires FN, écolos et Front de gauche.

    1. hollande a pourtant assuré que la france serait en état pour la reprise de l’économie,vous avez mal écouté assurément…

      1. Oui, j’ai entendu, mais je n’ai pas retenu la date prévue pour la remise en état. Mettons dans quatre ou cinq ans en étant très optimiste.
        Vous avez utilisé le conditionnel « serait » qui est plus adapté que « sera » comme il n’existe aucun mode pour exprimer le futur lointain. On peut seulement dire « sera en état un jour, peut être, on ne sait jamais, un miracle, une révélation ».
        Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée.

      2. Il a dit que la reprise était là, la croissance aussi.
        Malgré ses lunettes, il a une très bonne vue, sauf pour les avions.

  8. Je vois pas pourquoi l’auteur parle de reprise. Il n’y pas de reprise, il y a un rebond. Les pressions déflationnistes sont toujours la en Europe. Je rappel que l’on a fait pression à la baisse sur les salaires Espagnoles Grecs et Portugais. Les autres pays dont la France doivent s’ajuster(à la baisse). Cela fera pas grimper le PIB….
    Sans parler de la situation des banques et du crédit qui sont catastrophiques.
    La situation c’est sans doute amélioré mais allez faire un tour en Asie en Inde ou en Afrique vous verrez la différence….

    1. La différence entre reprise et rebond est la poursuite ou non du phénomène. Rebond si ce n’est que conjoncturel et momentané, reprise si c’est un mouvement qui s’inscrit dans la durée.
      C’est là que les indicateurs de tendance sont intéressants. Oui, l’activité va continuer à s’accroître en Grande Bretagne, en Italie, En Espagne, en Allemagne, aux Pays Bas, au Danemark, en Suisse, en Norvège, en Irlande, en Islande… Il semble que la Suède et la Grèce feront mieux en termes d’accroissement de PIB que la France en 2014, même si cela ne s’inscrit pas dans une continuité….
      Rebond? Reprise? Lorsque vous savez que le reste du monde continue à se développer à vitesse grand V (regardez les chiffres de la Russie ou de l’Indonésie) et que ce développement international entraîne de facto des commandes pour l’Europe, alors oui je maintiens « reprise »….

      1. Vous pensez sincèrement que c’est le reste du monde qui va tirer l’Europe et ses 15 000 milliards de PIB?
        Perso je suis dans les pays émergents. Ce que je vois c’est des téléphones portables chinois pas norvégiens. Des entreprises de services de telco indiennes pas françaises ect… Je crois effectivement que les émergents vont continuer. Mais est-ce que l’Europe est bien placé pour aller chercher ces marchés….?
        L’exemple le plus parlant pour moi est le Japon. Il repousse sa déflation depuis des années. Vous avez connu comme moi l’heure de gloire de Sony and co, aujourd’hui ça n’a plus grand avenir. Nokia aurait du se précipiter en Afrique ils sont déjà morts… Pour les prochains la chute sera encore plus rapide.
        Après c’est évidant que la France va pas surperformer l’Europe. Les salaires n’ont pas bougés en Grande Bretagne donc je pense qu’ils vont faire aussi mal que la France. Ils sont aidés par le QE et la dévaluation mais ça ne joue qu’a la marge. Je vois plus l’Europe de l’Est où les salaires sont sous contrôles ou l’Autriche, la Suisse et l’Allemagne pour l’Europe de l’Ouest.

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