James Buchanan : la pensée libérale en deuil

Nobel d’économie en 1986, James Buchanan, mort ce mois-ci, avait analysé avec lucidité la classe politique.

Par Jacques Garello.
Article publié en collaboration avec l’Aleps.

James M. Buchanan en 2010

Un grand économiste nous a quittés cette semaine. Un grand ami aussi, puisque j’ai eu l’occasion de côtoyer « Jim » pendant trente ans au sein de la Société du Mont Pèlerin, qu’il a présidée de 1984 à 1986. La timidité de Jim lui valait sa discrétion et son apparente raideur. Mais il se déridait volontiers dans la chaleur des échanges intellectuels, et il était d’une extrême amabilité. En 1990, il s’est réjoui de la décision d’organiser la réunion mondiale de la Société à Cannes, il aimait beaucoup la France.

L’apport scientifique de James Buchanan a été considérable. Il a été, avec son compère et ami Gordon Tullock, le grand théoricien du « public choice », qu’il ne faut pas traduire par « choix publics », mais par « analyse des décisions publiques ».

Comment se décident les hommes de la classe politique ? Ils sont des hommes comme les autres, et non pas des idoles, des prophètes ou des génies. Leur objectif premier est de prendre ou de conserver le pouvoir. Dans les pays démocratiques, une stratégie électorale doit donc être mise en place. Comment obtenir une majorité ? La recherche d’un « consensus » conduit à des compromis, voire des compromissions.

Buchanan a démasqué l’escroquerie de « l’intérêt général » qui serait censé sortir des urnes. Il a dénoncé le « miracle de l’isoloir » : comment des citoyens égoïstes et animés de leurs vils intérêts personnels se dépouilleraient-ils de leurs vices pour dire l’intérêt général lorsqu’ils passent dans l’isoloir pour voter ?

Buchanan démontrait donc que l’État et les décisions des hommes d’État ne résultent que d’intérêts privés, soigneusement présentés aux électeurs sous forme d’intérêt général. L’État est censé protéger les libertés. En fait, au prétexte de les garantir, il les dévore, comme le monstre Léviathan évoqué par Hobbes au XVIIème siècle. Quand le mur de Berlin est tombé, Buchanan a immédiatement réagi : « le communisme est mort, mais le Léviathan est toujours vivant ». Il avait raison : l’étatisation n’a cessé de progresser depuis trente ans.

Peut-on, nous Français, nous souvenir que nous avons eu aussi un grand théoricien des « public choice » ? Il s’appelait Frédéric Bastiat : « L’État est cette grande fiction sociale à travers laquelle chacun essaye de vivre aux dépens de tous les autres ».


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  1. Ce constat est véridique, la structure actuelle de l’Etat ne peut garantir l’intérêt général tout comme le système de suffrage universel fourberie sans nom dont notre structure étatique actuelle découle de fait.
    Cependant il est un raccourci trop facile de dire que sans Etat l’Intérêt général serait protégé. L’intérêt privé de tous serait garanti par sa ténacité sur un marché extrêmement concurrentiel de fait. Ainsi l’intérêt général ne pourrait être garantit car il y aurait bel et bien des plus faibles qui pâtiraient de la puissance d’autres. Ces puissants joueraient de leur force (ou richesse) pour accéder à plus de ressources et resteraient puissants alors que d’autres resteraient pauvres ne pouvant accéder à tous les services qu’auraient les riches, l’ascenseur social serait en panne.
    De plus, un système comme celui-ci serait condamné à détruire son propre écosystème que ce soit environnemental ou social. Car dans un environnement aussi concurrentiel et sans loi, le plus fort est celui qui a le plus réduit ses coût pour augmenter ses recettes. Cette réduction des coût passera forcément par des baisses sociales et des impacts environnementaux forts. Ne me dites pas que le consommateur est libre de choisir s’il préfère la techno qui tue la planète ou celle qui est juste, ce choix ne devrait mm pas exister dans une société où l’intérêt général est garanti.
    Bref pour moi un société entièrement libérale n’est pas une société pour l’intérêt général mais plutôt une société de la « sélection naturelle » (pour plaire aux élitiste qui n’aiment pas loi de la jungle ou du plus fort) où les plus faibles auront toujours beaucoup moins de chance que les plus forts et pire, où la naissance déterminera tout de suite quelles chances une personne a pour s’en sortir.

    Mais reprenons le constat du début: la structure actuelle de l’Etat ne garantit pas l’intérêt général. La définition de l’intérêt général c’est la solidarité. Egalité des chances subventionné par ceux qui peuvent. Ainsi nous devrions avoir plusieurs organes publics distribuant des services à tous de manière inconditionnelle et subventionnés par les impôts. L’école publique, la santé, la banque, les médias (ses deux derniers ce doivent de sortir des intérêts privés de chacun pour assurer l’intérêt général), pourquoi pas la science, l’énergie et le transport aussi, on peu l’envisager dans un futur plus automatisé.
    Ces organes se doivent d’être publics pour garantir l’intérêt général. Public ne veut pas dire sous la gouvernance de l’Etat mais sous la gouvernance de la collectivité, le peuple. Le gouvernement n’est pas le peuple. Voilà pourquoi, pour moi, les organes publics doivent être indépendants du gouvernement et tirer leur règles de fonctionnement et leur financement directement de la constitution écrite par le peuple.
    Une constitution écrite par le peuple serait en réalité écrite par une partie du peuple, tirée au sort et composé d’un certain nombre de personnes défini auparavant par un simple calcul statistique pour assurer sa représentativité. Là encore, des hommes du peuples représenteront plus l’intérêt général que des hommes voulant le pouvoir, ceux-ci étant forcément animés par un certain intérêt personnel plus grand qu’un homme moyen. (homme = personne de n’importe quel sexe pardon)
    De même, se basant sur ce constat, on pourrait imaginer une chambre citoyenne avec des membres tirés au sort parmi le peuple. Celle-ci remplacerait celle du Sénat, vestige de l’oligarchie monarchique ou seul les homme de pouvoir peuvent avoir encore plus de pouvoir…
    On peut aussi envisager carrément un parlement entier composé de citoyens tirés au sort. On retomberait alors sur le modèle de la démocratie athénienne car oui, notre démocratie actuelle n’en est pas une par l’existence même du suffrage universel. On élit des personnes supposées meilleures ou élites en grec aristos, aristos n’est pas démos=peuple. on donne le pouvoir à une élite, nous somme donc dans une aristocratie.
    Enfin bref, tout ceci n’est pas un débat sur la démocratie mais la protection de l’intérêt général (mm si c’est lié à mon avis) donc voilà, le débat est ouvert, j’aimerais savoir ce que proposent les libéraux pour garantir l’intérêt général ^^
    Bonne journée!

    1. Brad, l’idée de Buchanan n’est pas que « la structure actuelle de l’Etat » ne peut défendre l’intérêt général ; mais bien au contraire que, le plus souvent, l’on invoque l’intérêt général pour couvrir les petits intérêts de l’Etat, ou, en d’autres termes, que l’intérêt général n’existe pas du tout.

      Personnellement, j’ignore si il existe réellement quelque chose qui pourrait être l’intérêt général. Mais si une telle chose existe, alors elle consiste certainement dans le respect du Droit Naturel. Vaste chose, et autrement plus juste que votre « solidarité ».

      1. Rien n’est plus faux pour moi.
        La définition d’intérêt général connote le sens de bénéfice pour tous, ou autrement dit: égalité. Or la liberté, droit naturel par excellence, implique justement le contraire de l’égalité. Chacun libre de faire ce qu’il veut amène le contraire de l’égalité. En revanche pour qu’il y ai une réelle liberté de choix de vie, il faut qu’il y ai une certaine dose d’égalité. Egalité des chances surtout. Tout comme un système trop égalitaire plombe la créativité, le progrès et la motivation pour évoluer. Bref il faut trouver un juste milieu. Ce juste milieu, l’homme en société ne peut l’assuré. Voilà pourquoi on a créé l’Etat, organe supérieur qui assure cet intérêt général qui au final est ce mix entre égalité et liberté. Un peu de fraternité aussi tant qu’à y être ;)
        L’Etat est indispensable pour assurer un intérêt général. Cependant ce n’est pas parce qu’il est indispensable pour l’intérêt général qu’une fois qu’il existe l’intérêt général est assuré. Il faut réfléchir les institutions sur tous les aspects et l’aspect principal à prendre en compte c’est le droit naturel en effet (ce qui ne veut pas dire qu’il faille forcément le suivre, juste le prendre en compte), ou autrement dit la nature humaine. Car oui, l’Etat est avant tout représenté par des hommes, leur tendance forte à servir leurs propres intérêts doit être gérée et contrôlée. Il y a la séparation des pouvoirs par exemple mais en ce moment elle n’est pas assurée et est de plus insuffisante. Je conseille les travaux d’Etienne Chouard sur le sujet, vous pourrez trouver beaucoup de ses conférences sur youtube, j’adore ce mec :)

  2. toujours la même antienne de la nomenklatura néolibérale ? Est ce le marché qui garantira l’intérêt général ? On l’a vu avec le sauvetage des banques mis à la charge des citoyens. Ce que veulent les néolibéraux type Buchanan et Garello c’est le régime censitaire des ploutocrates.