L’affaire malienne

Publié Par Marc Crapez, le dans Afrique

Au premier coup d’œil, on comprend qu’il s’agit d’une erreur monumentale.

Par Marc Crapez.

Fallait-il intervenir ? Les commentateurs déclinent un même slogan : il fallait y aller. L’affaire est entendue. Un général clôt la discussion : « Peu importe, c’est fait ». C’est l’une des seules tribunes publiées sur le sujet dans la grande presse. Même la majorité des médias en ligne est conformiste. La torpeur des intellos de gauche est totale. Un intello de droite ne rachète pas la médiocrité d’ensemble en imputant l’existence d’AQMI à des questions de toxicomanie.

Il est de bon ton d’arborer la mine entendue d’une attitude « responsable ». Émettre des doutes serait presque passer pour un mauvais Français. Une lueur est discernable du côté de quelques journalistes (Guy Sitbon rappelle que même l’Algérie n’a pas pu triompher de l’islamisme armé) et de quelques outsiders politiques. Si Mélenchon est à côté de la plaque avec son néo-colonialisme, et Villepin avec sa dénonciation du néo-conservatisme, Giscard a tout compris en mettant en garde contre une guerre de reconquête.

Comme le note le Herald Tribune, il serait temps que l’armée malienne prenne une part active aux combats. Mais cette armée semble minée par la corruption. Chauffés à blanc par la population du sud et la peur ancestrale des ethnies du nord, certains soldats ne risqueraient-ils pas demain des réflexes revanchards ? Ces questions méritent d’être posées avant, pas après.

Donner moins de leçons

La prise d’otages en Algérie est dissociée par certains de l’affaire malienne (« ça n’a rien à voir »). Pour d’autres, elle est même censée prouver a posteriori le bien-fondé de l’interventionnisme. Le président de la République répète que « la France n’est pas seule » et estime que la prise d’otages en Algérie « justifie encore davantage » sa décision.

À cause de cette prise d’otages, il n’est maintenant plus possible de faire machine arrière au Mali. Mais il est encore temps de changer radicalement d’optique en se fixant désormais des buts limités : tenir un temps la ligne de front tacitement établie qui sépare le sud-Mali du nord et laisser la balle dans le camp des nations d’Afrique de l’ouest. Rester surtout le moins longtemps possible pour ne pas être forcé de plier bagages à la hâte comme les Américains en Somalie.

En l’état, les buts de guerre que la France s’est assignée (unité territoriale assortie de nation building) sont beaucoup trop ambitieux. D’autant que l’ennemi fait preuve d’une tactique coordonnée. On l’a sous-estimé à cause de ses sandales et burnous. Il y a soixante ans, un général français voulut « donner une leçon aux Nha Que », aux culs-terreux. Il se cassa les dents sur le stratège Giap.

Les satellites espions ne suffisent pas. Il n’existe certes pas de sanctuaire comme le massif montagneux de Tora Bora en Afghanistan. Mais il subsiste des possibilités de se fondre dans l’environnement. Ils ne sont certes pas nombreux. Mais il en viendra d’autres, car leur légende noire est déjà en route.

Persister ne serait pas productif, à moyen terme, tant au regard des intérêts de l’Occident que de ceux du monde musulman. Il faut cesser de vouloir « aller les chercher » pour les déloger de leurs bases arrières avant qu’ils ne s’enkystent, etc. Arrêter de les bombarder. Les laisser se démystifier et se déconsidérer. Leur livrer un peu la guerre de l’ombre, la guerre médiatique et la guerre psychologique suffirait. Chaque jour qui passe use déjà le crédit des islamistes modérés au pouvoir dans les jeunes démocraties arabes. Va naître le scepticisme sur l’idée que « l’islam est la solution » aux maux sociaux.


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  1. Oui, il fallait empêcher la mainmise totale des Islamistes sur tout le territoire Malien.
    Cependant, la maîtrise du terrain dans le Nord n’est sûrement pas du ressort de l’armée française, pas plus que le maintien artificiel du statu quo sur les frontières fantaisistes de la région.
    Que le Mali, la CEDEAO, l’UA et l’ONU sachent apporter une réponse institutionnelle aux revendications des Touaregs laÏcs du MNLA au travers par exemple d’un statut d’autonomie du Nord, et ceux-ci sauront, avec un soutien limité des occidentaux, régler le problème des combattants islamistes radicaux.
    La fin de la prohibition sur les drogues dans les pays occidentaux serait enfin le plus sûr moyen d’assécher les ressources de ces groupes armés au Mali comme partout ailleurs au Pakistan-Afghanistan, Colombie,…

  2. J’ai du mal à comprendre pourquoi cette guerre n’est pas bien pour nous.

    Même après avoir lu l’article, je ne suis pas convaincu.
    Ne pas rester ? L’URSS est restée une soixantaine d’années en Europe de l’Est, ca s’est bien passé… *tousse tousse*

    Ne pas pouvoir détruire l’adversaire ? J’sais pas, les génocides, on est habitués. Regardez au Rwanda, on avait feu vert… ! Raser une forêt, c’est loin d’être impossible.

    Moi j’trouve ca bien. La France défend ses amis, protège la « moins pire » des solutions (comme tous les autres pays en somme, regardez la Syrie).

    Mais le moindre mal est un mal quand même ; la solution ne vient pas d’une simple guerre. On devrait avoir assez d’expérience pour éviter de continuer ces erreurs…
    Faut croire que non. Aaah, l’Histoire, quel magnifique recommencement…

  3. Merci de me donner une peu de réconfort car je me sentais, comme vous le dites « mauvaise Française ». Il y a tellement de raisons personnelles, électorales, lobbyistes, derrière cette MOI JE volonté, que je me demandais si je n’avais pas attrapé la maladie de l’opposant à tout prix ! Mais maintenant que le mal est fait, effectivement, il faudrait que notre intervention ne dure pas.

  4. Malgré mon opposition à ce gouvernement, j’approuve cet engagement.
    « Arrêter de les bombarder. Les laisser se démystifier et se déconsidérer »
    D’abord c’est « démythifier » qu’il fallait utilser, et ce n’est pas comme ça que l’on fait face à ces abrutis, ils ne connaissent que la loi des armes.
    De plus vous oubliez ceux qui vivent sous leur joug, allez passer un mois de vacances chez eux vous reviendrez peut-être avec une autre vision.
    Il est évident que leur but était de s’attribuer ce pays en déliquescence, facile à prendre et a s’y installer définitvement, il était de la plus grande urgence de leur faire voir une autre solution.
    L’ONU avait planifié une intervention en septembre, impensable de bêtise, ces abrutis ont dû éclater de rire et faire leur plan d’invasion le jour où ils appris ça.
    Le Sahel n’est pas l’Afghanistan, il faut du carburant, de la nourriture, de l’eau, beaucoup de déplacement peuvent être observés, rien à voir avec la montagne Afghane, où les Talibans vivent dans les villages.
    Je n’aime pas ce billet, ce n’est qu’une critique sans valeur?

  5. Je suis assez d’accord avec akpoone. On aime bien sur Contrepoints villipender à peu près toutes les prises de décision du gouvernement français (droite et gauche confondue), mais là vous racontez n’importe quoi: aurait-il fallu laisser le Mali, pays dont la population est plutôt favorable à la France, parle pour une bonne partie notre langue, etc.. tomber aux mains d’une minorité d’islamistes qui s’en seraient servi comme base arrière sécurisée pour repartir vers le nord ?

    La France devait en fait intervenir plus tôt, par une opération de grande ampleur des forces spéciales, pour neutraliser la menace avant qu’elle ne prenne de l’ampleur (parce que les fanatiques ne sont pas si nombreux). Maintenant que nous y sommes, le gouvernement français n’a jamais dit que son but était d’aller fouiller le désert à la recherche des tous les barbus cachés sous les pierres. De plus, même si on accordait l’indépendance de l’Azawad, il y aurait des conflits entre les populations arabes de l’Ouest, proche de la Mauritanie, les touaregs à l’Est, et les populations de la boucle du Niger qui sont beaucoup plus mixtes. En étant présente sur le terrain, la France se confronte à la réalité, et est éventuellement en position de force pour faire comprendre que Mali que refuser de l’autonomie aux Touaregs est complètement en dehors de l’intervalle de leurs ambitions atteignables… De plus l’armée française connaît le terrain, a de nombreuses bases dans la région, la France a des intérêts stratégiques et économiques, donc toutes les raisons pour intervenir sont là.

    1. Il y avait plusieurs raisons d’intervenir effectivement, et vous complétez le commentaire de Louis-Marie Bachelot. Il me semble simplement que toutes ces raisons ne sont pas valables et qu’il y avait davantage de bonnes raisons de ne pas intervenir ou d’intervenir fort différemment…
      Mais si vous voulez vous rassurer en vous figurant que vous avez lu un billet d’humeur, je signale juste aux lecteurs que j’ai publié 4 articles dans la semaine sur pas mal d’aspects du sujet.

    2. adrien: « tomber aux mains d’une minorité d’islamistes qui s’en seraient servi comme base arrière sécurisée pour repartir vers le nord ? »

      La seule bonne raison pour la France c’est de servir ses propre intérêts bien compris. Pour les africains par contre c’est une très mauvaise nouvelle parce qu’elle ne fait que maintenir la tutelle qui s’exerce contre elle à coup d’aides et d’interventionnisme.

      L’aide est dévastatrice pour l’économie locale et alimente les régimes fantoches (et les excités) et l’interventionnisme empêche que l’Afrique secrète ses propres anticorps, murisse et se débarrasse elle-même avec bien plus d’efficacité et de constance des excités.

    1. Il y a 5 bonnes raisons d’aller au Mali pour défendre nos intérêts économiques , mais je ne vois pas les raisons d’y renoncer… à moins de laisser le champ libre aux chinois, américains , brésiliens etc…