La bataille pour les idées : à quoi servent les économistes libéraux ?

Publié Par Institut Turgot, le dans Histoire du libéralisme, Politique

Les défenseurs de la liberté ne peuvent que mesurer son recul depuis cinquante ans. Quelles leçons en tirer ?

Par Mario Rizzo.

Article publié en collaboration avec l’Institut Turgot.

Au cours du premier week-end de décembre, le Wall Street Journal a publié une très intéressante interview d’Ed Feulner, le fondateur de la Fondation Heritage.

Cette interview m’a conduit à m’interroger sur les progrès réalisés dans la promotion des idées de liberté depuis le début des années 1960. Je prend cette date délibérément car c’est l’année où, en tant qu’adolescent, j’ai commencé à prendre conscience de ce qui relie la politique (Nixon-Kennedy) et l’économie (inflation/chômage). C’est alors que j’ai lu le célèbre livre d’Henry Hazlitt Economics in One Lesson.

Qu’est-ce qui a changé depuis 1960 sur le plan de la liberté économique? Sur le plan intellectuel, il est clair que beaucoup plus de gens ont entendu parler de Ludwig von Mises, de Friedrich Hayek et des auteurs non keynésiens. Les idées de Milton Friedman pour une politique économique libérale ont été largement répandues. Gràce à James Buchanan et à Gordon Tullock nous avons redécouvert ce que les intellectuels avaient d’une certaine manière oublié depuis les leçons enseignées par James Madison et d’autres, à savoir la théorie des choix publics (Public Choice) et son concept jumeau de recherche de rentes (rent seeking). Les économistes sont enfin convaincus, pour la plupart, que c’étaient Mises et Hayek qui avaient raison dans le débat sur l’impossibilité du calcul économique en régime socialiste.

Pourtant l’intervention de l’Etat en matière économique est aujourd’hui infiniment plus large et plus présente que ce n’était le cas en 1960.

Oui, bien sûr, je suis parfaitement conscient de l’argument (cité par Feulner) que la taille du gâteau a si considérablement grossi que, malgré l’augmentation relative de ce que l’Etat nous prélève, il nous en reste néanmoins beaucoup plus, en valeur absolue, que ce n’était le cas à l’époque. Mais :

– 1. le véritable critère pour mesurer l’accroissement de l’Etat n’est pas tant la fiscalité, ce qu’il prélève en impôts, que ce qu’il dépense (le volume de la dépense publique, comme nous l’a enseigné Friedman) ;

– 2. même si le prélèvement fiscal de l’Etat fédéral américain n’est que 25 % du PIB, et le total des dépenses publiques de l’ordre de 40 %, il n’en reste pas moins qu’il s’agit là de chiffres beaucoup plus élevés qu’en 1960 ;

– 3. nous ne devons pas oublier l’extraordinaire expansion, au delà de la fiscalité, du domaine des interventions et réglementations publiques ;

– 4. enfin, je ne mesure pas ma liberté à ma seule capacité d’accéder à la fourniture de biens matériels.

Que faut-il en conclure ? Qu’il existe un énorme écart entre la manière dont les économistes comprennent le monde et ce que les hommes politiques font. Par ailleurs lorsque nous nous interrogeons sur le pouvoir des idées, quand nous disons que les idées comptent, de quoi s’agit-il exactement ? Quelles idées ? A propos de quoi ? Jusqu’à preuve du contraire, les hommes politiques n’ont aucune raison de rechercher « l’intérêt général ». Les hommes politiques sont influencés par les idées – mais les idées sur les sujets qui intéressent les électeurs de leurs circonscriptions. L’intérêt général n’est représenté par personne en tant que tel.

Pour faire court : je crois que les intellectuels – y compris les économistes – se doivent de faire plus d’idéologie, et non pas moins. Ils doivent convaincre le grand public de l’intérêt de réfléchir en termes de grandes questions et de grandes décisions. L’idée de se limiter à juger chaque problème en fonction de ses seuls mérites est profondément non scientifique, comme l’enseignait Herbert Spencer. Nous sommes entourés de pentes glissantes. Chaque fois que les gens commencent à penser en termes de problèmes et de politiques particulières et étroitement définies on ne peut éviter qu’ils se mettent à réfléchir prioritairement en fonction de ce que sont leurs propres intérêts particuliers.

Il ne suffit pas de gagner la bataille pour les idées parmi les intellectuels. Nous devons la gagner d’une manière qui fasse une vraie différence pratique. Il importe de faire apparaître les limites d’une analyse des politiques au coup par coup. Les intérêts particuliers n’ont que faire des dommages que leur attitude cause au bien être général. Nous devons faire prendre conscience au grand public de ce que les politiques qui servent leurs intérêts particuliers produisent généralement des effets dont ils auront demain, eux aussi, à souffrir. Autrement dit, qu’il n’y a véritablement pas de repas gratuit – pour reprendre la formule de Milton Friedman.

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  1. La religion socialiste possède l’école et les médias, voilà la cause du recul du libéralisme. Une fusion des autorités morale et régalienne, entraînant l’asphyxie de la société civile (par l’impôt et les associations subventionnées), car elle se déploie dans l’espace libéré par la séparation des deux autorités.

    Le pire est que cette fusion s’appuie sur le slogan de la laïcité, alors qu’elle fait l’exact contraire – comme toujours avec la dialectique socialiste, comme le soulignait J-F Revel.

    Il en résulte une décadence intellectuelle et morale qui permet de répandre les sophismes socialistes.

    Les piliers du socialisme sont l’égalitarisme et l’abolition des responsabilités. Et les sophismes qui les portent sont:
    – Que l’égalitarisme élimine la pauvreté; et
    – Que la suppression des responsabilités rend libre.

    En réalité, Hayek l’a montré, le socialisme est totalitaire et mène à l’horreur après en avoir installé les instruments institutionnels et idéologiques sous un jour « sympa » – le mariage homosexuel est un excellent exemple d’abolition de la responsabilité « sympa ».

  2. les économistes parlent de l’économie comme si s’était une horloge , une mécanique bien réglée. personne ne pense a un détail , qui est a la base de tout , et qui est le premier facteur de réussite , c’est l’humeur des gens, qui créent le carburant qui fait tourner cette économie . si on tue l’envie de ces gens la , l’économie meurt . pour comprendre ça faut avoir un cerveau , en france , nos politiques sont loin du compte .