La taxe d’habitation indexée sur le revenu, et demain ?

Publié Par Baptiste Créteur, le dans Logement & immobilier

Les socialistes français de gauche et de droite ont consciencieusement nivelé les revenus par le bas et voudraient aller plus loin. Les Français n’étant pas encore prêts à accepter un salaire égal pour tous, c’est en nivelant le pouvoir d’achat par le bas que le gouvernement s’approche de l’égalité matérielle qu’il désire tant.

Par Baptiste Créteur.

Après les prix de l’énergie, c’est la taxe d’habitation que le gouvernement envisage de faire varier selon les revenus. L’inégalité flagrante entre les individus ainsi créée doit compenser les inégalités de revenus, jugées fondamentalement injustes.

Les inégalités de revenus peuvent pourtant être justes : si les interactions entre individus se fondent sur le libre consentement, les prix et les revenus sont l’expression des choix des individus. Mais pas pour les socialistes, pour qui le déterminisme fait tout et l’individu n’est nullement responsable de ses choix.

Ont donc été accordés à tous les Français des « droits à », par exemple le droit au logement ; cela signifie que chaque individu est en droit d’avoir un logement, financé par lui-même ou par d’autres. Dans cette logique, une première partie des individus travaille sans jouir des fruits de leur travail et la deuxième jouit des fruits du travail des premiers.

Cette logique, qui « offre » à tous un logement en se fondant sur l’idée fallacieuse que le logement serait un droit pour tous, est aujourd’hui dépassée. Tout – ou presque tout – ce que l’Etat pouvait offrir à certains aux dépens des autres leur est déjà accordé comme un droit : un revenu minimal, la santé, l’éducation, un logement, et parfois plus avec par exemple les transports dans certaines villes. Ont également été instaurés des moyens de confisquer aux plus grandes fortunes et aux plus hauts revenus une partie substantielle de ce qui leur appartient ; procèdent notamment de cette logique l’impôt progressif sur le revenu, une taxe confiscatoire sur les revenus élevés, l’impôt de solidarité sur la fortune. Il ne faudrait pas que certains puissent impunément s’enrichir ou être riches. Plafonner absolument les revenus ne passe pas inaperçu, mais on s’en approche autant que possible ; pour accélérer la marche du progrès vers plus d’égalité, ce sont les prix qui doivent varier en fonction du revenu.

Aujourd’hui, la lutte pour l’égalité matérielle a un autre objectif : que tous aient accès aux mêmes choses, indépendamment de leur revenu. Plus précisément, il ne suffit plus que tous aient un accès à assez pour vivre, il faut que tous aient autant, indépendamment du prix qu’ils paient. Le gouvernement se donne donc pour mission de niveler par le bas le pouvoir d’achat. Puisque tous ont besoin d’énergie et d’un logement, le prix doit permettre à chacun d’y avoir un égal accès, non plus dans le sens où tous ont le droit d’acheter de l’énergie, ni même dans le sens où tous ont le droit d’avoir de l’énergie, mais dans le sens où tous ont la possibilité d’acheter autant d’énergie, à peu de choses près.

L’énergie et la taxe d’habitation plus couteuses pour les hauts revenus pourraient ne pas être les seuls sur la liste : pourquoi ne paierait-on pas plus pour la santé si on a des revenus élevés ? Puis pour l’ensemble des biens et services contrôlés de près ou de loin par l’Etat, c’est-à-dire idéalement tous ?

L’avantage indéniable de cette politique est que les gouvernements successifs pourront continuer à accorder aux uns ou aux autres leurs faveurs, à maintenir les Français dans un état de dépendance vis-à-vis de l’Etat, c’est-à-dire les uns vis-à-vis des autres, sans qu’ils puissent savoir ce que serait un prix de marché. Les riches auront l’impression de systématiquement payer pour les autres, et les pauvres auront toujours le sentiment que les riches gagnent plus qu’eux ; l’ensemble des partis socialistes français, de droite et de gauche, trouvent leur compte dans cette opacité, dans cet écran de fumée tout droit sorti de l’usine à gaz étatique. Les gouvernements pourront continuer à se faire élire sur des promesses positives faites aux uns et négatives – plus ou moins explicitement – faites aux autres, à distribuer des faveurs pour mieux maintenir la dépendance qu’on a à leur égard, à faire progressivement disparaître de la société tout échange de valeur contre valeur pour renforcer l’échange de faveur contre faveur – à faire progressivement disparaître la liberté au profit du pouvoir.

Elle offre également des arguments faciles, que tous pourront utiliser dans les émissions télévisées où ils aiment de plus en plus intervenir. « Comment les riches, si chanceux d’être à leur place, oseraient-ils demander à ne pas payer plus que les autres pour la même chose ? » « Pourquoi ceux qui ont le plus bénéficié d’un système parfaitement égalitaire voudraient-ils se soustraire à leur devoir d’y contribuer ? » « Ceux qui bénéficient des infrastructures de l’Etat et de l’éducation en France, offerts par l’Etat, ne voient-ils pas tout ce qu’ils lui doivent – ou plutôt qu’ils lui doivent tout ? »

Se trouveront également, à n’en pas douter, des économistes pour défendre avec un air sérieux l’idée que d’une part, il est tout à fait légitime que certains travaillent pour les autres, et que d’autre part il est bien plus efficace d’augmenter les revenus lorsqu’ils sont bas ; qu’il est légitime que les prix soient arbitrairement variables selon le niveau de revenu pour que tous puissent avoir un égal accès aux biens, et plus efficace d’accroître la contribution des plus riches ; que c’est en empêchant les individus de s’enrichir qu’on éliminera la pauvreté de la société ; que c’est en augmentant la dépendance des individus vis-à-vis de l’Etat qu’on les rendra libres.

Ainsi, les apparentes inégalités de revenus déboucheront sur un pouvoir d’achat égal pour tous – né d’inégalités de droit flagrantes. La conception de l’égalité qui prévaut en France est incompatible avec la liberté et la fraternité, sans que nos politiciens s’en émeuvent ; leur amour pour la patrie et l’histoire de France garde le meilleur et élimine d’office de leur panthéon certains auteurs pourtant français qui ont prévenu des dangers de leur conception de l’égalité et de la démocratie. Frédéric Bastiat, parmi eux, définissait l’Etat comme « la grande fiction à travers tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde » ; malheureusement, cette fiction est aujourd’hui on ne peut plus réelle.

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      1. Le jeu du clientélisme permet aussi à revenu égal de bénéficier d’un niveau de vie sans commune mesure. Si en plus de ton revenu, tu as un logement HLM ou de fonction, une voiture de société, accès à des vacances à prix cassés par le CE, des congés beaucoup plus importants, des horaires plus faibles, un stress inexistant, des déplacements professionnels loisirs tout frais payés, etc, tu pourras prétendre en rigolant sous ta cap être égaux aux autres.

        Sur le mur ne restera à la fin que : « Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres »,

  1. Très bonne description. Le remplacement de l’économie de marché basée sur l’échange produits et services à une économie clientéliste basée sur l’échange de faveurs me semble criant de vérité.

  2. La France est un pays communiste.

    En ce qui me concerne, si je n’ai pas déjà fait mes valises, d’ici là vous pouvez être sûr que mes revenus officiels seront devenus proches de zéro.

  3. Description très conforme à ce qu’on vit ces derniers temps…

    Quand ils auront fini de tuer tout esprit d’entreprise, la France sera réellement devenue un pays socialiste (au sens URSS).
    Il restera alors la population miséreuse, et les privilégiés de l’administration…

    Les abus des apparatchiks existaient en URSS, ils existent chez nous, ils s’amplifieront.

    Tous les partis violent aujourd’hui l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme de 1789 :
    Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.