Libéralisme classique et néo-libéralisme

Publié Par Marc Crapez, le dans Politique

Le néo-libéralisme, qui se définit par la contestation du principe de l’impôt progressif, ne pèche-t-il pas par utopisme ?

Par Marc Crapez.

En matière de libéralisme, on peut schématiser deux alternatives. D’une part, un courant néo-libéral (pour employer ce terme sans le galvauder), ou libéral libertaire, ou libertarien, qui prône la dérégulation de tout, y compris des flux migratoires et des produits stupéfiants.

D’autre part, un libéralisme plus classique, plus proche de la droite, qui n’entend pas renoncer à la définition collective de valeurs ayant vocation à fonder la Cité. L’antagonisme entre ces deux libéralismes ne saurait être tranché par la Raison puisqu’il est affaire de valeurs. Mais je défends la thèse selon laquelle le libéralisme classique est davantage compatible avec les traits de la nature humaine observables depuis que le monde est monde.

Pour le libéralisme classique, l’anti-libéralisme est un non-sens car le libéralisme c’est la liberté, la compétition de la vie et la prospérité des nations. Le bonheur de l’individu est indissociable d’une forme de bien commun. Les antonymes de ce libéralisme sont le dirigisme et le collectivisme. Les néo-libéraux, eux, désignent comme adversaires « les marxistes », ou « les étatistes », en y incluant quiconque n’est pas libertarien même s’il se perçoit lui-même comme libéral.

Dilemme entre libéralisme des mœurs et libéralisme intellectuel

Cette tendance un peu rigide à voir des étatistes partout va de pair avec la contestation de la légitimité du principe de l’impôt progressif. Cette remise en question d’un principe qui recueille l’adhésion de la quasi-totalité de nos contemporains délimite la notion imparfaite « d’ultra-libéralisme ». Notion imparfaite, sinon injuste, dans la mesure où l’on n’imagine pas ces ultras-là basculer, en cas de rupture révolutionnaire, dans les rangs d’une quelconque police politique.

Soucieux de se désenclaver, les néo-libéraux vont jusqu’à soutenir des thèses réconfortantes mais qui ne convaincront jamais personne : diagrammes censés prouver scientifiquement que les libertariens sont aux antipodes des extrémistes, affirmation d’une paternité de la gauche sur le fascisme et simultanément, ce qui est pourtant contradictoire, affirmation d’une origine de gauche du libéralisme. C’est se faire plaisir à peu de frais au risque de malmener la devise de la maison : « le nivellement par le haut ».

Comme je l’ai exposé ailleurs, la théorie libérale recouvre quatre dimensions : libéralisme politique, économique, intellectuel et culturel (ou libéralisme des mœurs). Dans cette perspective, les libéraux classiques considèrent que le libéralisme des mœurs est suffisamment établi dans nos sociétés, que son programme est raisonnablement réalisé, et que c’est, au contraire, le libéralisme intellectuel qui se trouve menacé par les lois liberticides du politiquement correct. Les néolibéraux jugent, au contraire, qu’il faut aller beaucoup plus loin en matière de libéralisme des mœurs, en continuant de bousculer une société en retard sur ses élites, et tant pis si le libéralisme intellectuel y laisse des plumes.

Invoquer le « pourquoi je ne suis pas conservateur » d’Hayek est contestable. Ce texte correspondait à une époque où le conservatisme restait une puissance, rétive tant au libéralisme économique qu’au libéralisme des mœurs. Depuis un demi-siècle, battu à plates-coutures, le conservatisme est devenu l’équivalent d’une réserve indienne. Inutile de faire partie des tuniques bleues armées jusqu’aux dents qui chargent ce réduit au son du clairon progressiste.

De même, plaider en faveur du libre-échangisme à une époque où il n’a jamais été aussi triomphant n’est peut-être pas le meilleur moyen d’être à la hauteur du glorieux passé de dissidence du libéralisme. D’autant que la préférence libérale en faveur du libre-échange n’est que relative ; elle ne saurait être érigée en absolu ni exclure des restrictions sans trahir l’esprit du libéralisme politique.


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  1. « affirmation d’une paternité de la gauche sur le fascisme et simultanément, ce qui est pourtant contradictoire, affirmation d’une origine de gauche du libéralisme »

    >Non. Paternité du socialisme sur le fascisme. La gauche n’a pas toujours été socialo-communiste. (Même si ça fait longtemps à présent.)

    1. Permettez-moi de signaler que je connais bien ces questions pour avoir publié ma thèse de doctorat (« La gauche réactionnaire », préface de Taguieff). Et autant j’ai été l’un des premiers à démontrer la part de paternité de la gauche ou du socialisme sur le fascisme, autant il est erroné de rejeter la faute rien que sur eux (cette version ayant été inventée par l’extrême-droite).
      De même, imaginer des origines de gauche au libéralisme est une idée litigieuse (soutenue par des historiens d’extrême-droite et de gauche) qui réduit la droite au créneau occupé par les monarchistes du 19ème siècle.

      1. Aux origines du libéralisme, les notions de gauche et de droite étaient inconnues sur le plan politique. Donc imaginer des origines de gauche au libéralisme est tout aussi dénué de sens que lui imaginer des origines de droite. C’est parler pour ne rien dire.

  2. Je n’ai jamais lu un article aussi confus. Il passe du coq à l’âne sans étayer ses arguments par des faits ( un fait: le fameux diagramme qu’on peut trouver parfois sur FACEBOOK, dont l’auteur prétend que LES « néolibéraux » usent sans cesse pour prouver leur non extrémisme!).

    Pour l’auteur, il suffit de se percevoir comme libéral pour en être un. C’est la meilleure! Et bien moi je suis libéral partisan d’une économie planifiée.

    1. Désolé mais ce n’est pas parce que l’on trouve certaines choses sur Internet qu’elles ont une valeur scientifique. Le diagramme en question est problématique.

  3. Si on reprend les quatre dimensions du libéralisme :

    - politique : aucun parti ne propose une alternative à l’étatisme ; destruction programmée des fonctions régaliennes au profit de la construction d’une nouvelle société fantasmée (homme nouveau) ;

    - économique : contrôle direct de 57% du PIB, indirectement de 80%, par l’Etat ou ses excroissances ; une population fermement assujettie par les impôts et les réglementations d’un côté, le chômage de masse et la dette publique de l’autre ;

    - intellectuel : endoctrinement dès l’école primaire, police de la pensée judiciaire, scientisme subventionné et enseignements universitaires hémiplégiques, médias sous contrôle politique ;

    - culturel : pseudo libertés pour certains construites au détriment de la liberté des autres (le « mariage pour tous » en étant la caricature ultime).

    Compte tenu de la situation d’anarchie (excès de lois et de « droits à ») de notre pays, le débat sur les courants libéraux, classiques, néo ou ultra, n’a aucune espèce d’importance.

    1. Je suis d’accord avec votre aperçu, sauf que face à cette anarchie je pense que le libéralisme gagnerait à se réformer pour proposer des réponses plus rigoureuses.

  4. « Comme je l’ai exposé ailleurs, la théorie libérale recouvre quatre dimensions : libéralisme politique, économique, intellectuel et culturel (ou libéralisme des mœurs). »
    >>> Délirant, l’auteur écrit comme si les moeurs étaient quelque chose qui dépendaient de l’Etat, vision totalement constructiviste.
    On peut très bien être très conservateur et opposé à ce que l’Etat prétende régenter ce que les gens font de leur corps, c’est une confusion du droit et de la morale (en dehors bien sûr de la nécessaire condamnation par de la droit de la violence et du vol).

  5. C’est vraiment le bazar, tout ça. C’est très confus. Dès le premier paragraphe on note un étiquetage contestable (si j’ai bien compris, les libertariens sont des libéraux libertaires ? Et Hoppe, dans tout ça ?). Et même au-delà de ça, considérer qu’on est turbo-libéral parce qu’opposé à l’impôt progressif, qui est juste car accepté par presque tous (par ceux qui en bénéficient, donc), ça me semble largement critiquable.

    1. C’est le principe de l’impôt progressif qui constitue la ligne de partage des eaux entre libéraux : les uns, qui l’admettent, s’opposant au « dirigisme » et les autres, qui le récusent, s’opposant aux « étatistes ».
      Plutôt que de distinguer libéraux modérés et ultras, on peut baptiser les premiers libéraux classiques et les seconds, par déduction, néolibéraux (ou au choix « libertariens » ou « libéraux libertaires »).
      Cela a le mérite d’introduire enfin de la clarté sur la question de l’ultralibéralisme avec son cortège d’usages polémiques.
      C’est critiquable bien sûr et la meilleure façon serait de proposer une définition-classification qui apparaisse plus convaincante.

      1. Je n’ai personnelement pas rencontré beaucoups de libéraux qui étaient pour l’impôt progréssif.

        De plus, l’étiquette de néolibéraux n’est revendiquée par personne et ne fait que servir d’épouventail à la gauche. Pourquoi l’utiliser?

      2. Je ne suis pas d’accord à utiliser le terme « néolibéraux » pour qualifier les partisans de la flat-tax ou des libertariens.

        Le terme a été utilisé à diverses occasions, notamment pour qualifier les libéraux français de l’après-guerre, utilisé ensuite pour discréditer les politiques « reagano-thatcheristes » par ses détracteurs et semble être actuellement accepté pour qualifier le socialisme de marché, soit l’organisation par l’état de l’économie de marché théoriquement optimale, ayant comme but la résolution de la pauvreté, qui est pour les libéraux de l’étatisme et pour la gauche le « libéralisme-réel » et est reconnue par les divers mouvements comme étant l’oligarchie.

      3. Mais pourquoi utiliser ce critère en particulier ? Et pourquoi ne pas utiliser les termes que les libéraux utilisent eux-même et qui sont déjà clairs si on fait un effort (libéral conservateur, libéral de gauche, libéral classique, anarcap, que sais-je) ? Si en plus c’est pour utiliser des termes vides de sens tels que « neolibéraux » ou « ultra-libréaux », alors là je ne vois pas l’intérêt.

    2. Merci pour la reference à Hoppe que je n’avais que survoler lors de mes récentes recherches . son article sur le conservatisme et libertarianisme est très intéressant et mériterait d’être débattu …

  6. « L’antagonisme entre ces deux libéralismes ne saurait être tranché par la Raison puisqu’il est affaire de valeurs. »

    C’est pratique comme çà. Quand on ne sait pas expliquer et convaincre par la raison on peut toujours se retrancher derrière une prétendue différence de « valeurs ».

  7. Quelqu’un qui se prétend libéral, qui parle des « néo-libéraux » ou de « néo-libéralisme » comme si cela avait une quelconque réalité (vous en connaissez beaucoup vous des gens qui se disent « néo-libéral »?), le tout sur Contrepoints… Pathétique…

        1. Je ne vous ai pas attendu pour m’opposer aux usages polémiques ou galvaudés du terme « néolibéral » et me faire accuser, par une colère symétrique à la vôtre, de « faire le jeu de l’ultralibéralisme ».
          Opter pour une subdivision entre libéralisme classique et, par corollaire, néolibéralisme, me paraît plus fécond que d’opter, par convention, pour « malabar rose » et « carambar marron ».
          Mais il ne tient qu’à vous de proposer, à la place, de distinguer un « libéralisme ancien » d’un « libéralisme nouveau ». Ce serait plus constructif que de nier purement et simplement qu’il puisse exister des libéraux plus ou moins libéraux, et que les très libéraux puissent apparaître, selon les affinités, comme excessifs ou conséquents.

          1. Et oui il y a des différences: libéraux classiques, libéraux « de gauche », libertariens, anarcaps, etc. Il existe déjà des termes exprimant les différents « degrés », nul besoin de dénigrer les libertariens en les désignant avec les termes péjoratif de « néo-libéraux » ou « ultra-libéraux » utilisés par les anti-libéraux… Et je précise que je ne suis pas libertarien moi-même. Mais je les respecte, moi.

          2. Pourquoi ne pas utiliser les térmes que les gens dont vous parlez utilisent pour se désigner eux-mêmes?

            Les térmes « libertariens », « minarchistes » ou « anarcho-capitalistes » vous écorchent-ils à ce point les doigts, pour que vous vous sentiez obligé de les désigner tous par le nom dont se servent les socialistes de tous poils pour les diaboliser?

          3. Le terme libertarien ne me gène nullement puisqu’il figure dans mon article comme dans mes commentaires. Et si je privilégie le terme néolibéralisme, c’est en en proposant une acception nouvelle.
            On ne peut pas entériner les termes employés par les gens pour se désigner eux-mêmes. Au risque de blesser la susceptibilité de Pierre-Paul-Jacques, il faut les démystifier. Le libéralisme, ce n’est pas l’autarcie, c’est la confrontation des idées.

          4. « Le libéralisme, ce n’est pas l’autarcie, c’est la confrontation des idées. »

            Certes, mais quel est le rapport?

            « On ne peut pas entériner les termes employés par les gens pour se désigner eux-mêmes[...], il faut les démystifier »

            Pourquoi pas? Des noms existent, qui font plus ou moins concensus, et qui désignent plus finement la réalité des mouvements dont on parle. Pourquoi utiliser un mot à connotation péjorative.
            Si les gauchistes nous désignaient comme « gros cons », éssayeriez-vous de démystifier le tèrme « gros cons »?
            Sinon, ils nous appèlent aussi des fascistes, très souvent. Pourquoi ne proposez-vous pas le tèrme fasciste?

          5. On reconnaît généralement un antilibéral à ce qu’il utilise les termes « néolibéral » et « ultralibéral ». Le mieux que les authentiques libéraux puissent faire, c’est de ne JAMAIS utiliser ces termes, et notamment de ne pas chercher à les définir.

          1. CITOYEN: « Et c’est grave l’inculture ? »

            Dans la mesure ou c’est le savoir qui a construit le monde ceux qui ne savent rien sont un peu comme les poux sur un bateau.

          2. @llmryn

            « Dans la mesure ou c’est le savoir qui a construit le monde ceux qui ne savent rien sont un peu comme les poux sur un bateau »

            En parlant de bateau, vous qui aimez l’histoire, La marine royale Française, au 17ème siècle avait les meilleurs navires, plus stables, plus manoeuvrants parce que nous avions théorisés leur conception. Et pour les batailles navales nous avions des amiraux très instruits issues de la plus haute aristocratie !

            Et pourtant, vous savez mieux que moi les humiliations qu’on a pu se prendre face aux anglais !
            Pourquoi ? tout simplement parce que les amiraux anglais étaient des bourlingueurs, qui n’avaient pas lus des bibliothèques entières, mais ils connaissaient, dans le moindre détail, l’art de la naviguation et la stratégie navale par l’expérience !

            J’ai l’impression que les libéraux français ont ce même défaut face au anglosaxons.

  8. « diagrammes censés prouver scientifiquement que les libertariens sont aux antipodes des extrémistes »
    Personne n’a jamais donné aux diagrammes la valeur de vérité scientifique.

    « affirmation d’une paternité de la gauche sur le fascisme et simultanément, ce qui est pourtant contradictoire, affirmation d’une origine de gauche du libéralisme »
    En quoi serait-ce contradictoire?

    « De même, plaider en faveur du libre-échangisme à une époque où il n’a jamais été aussi triomphant  »
    Echanges oui, libres pas vraiment

    1. Le diagramme en question est bel et bien exhumé d’un ton galiléen comme une preuve presque irréfutable.
      Quant à la contradiction, elle est instrumentale puisqu’on tient à repousser d’une main le fascisme, en l’imputant à la gauche, tout en recherchant de l’autre main la caution d’une proximité avec la gauche.

      1. Il ne s’agit pas de rechercher la caution d’une proximité avec la gauche, pour reprendre vos termes, mais de constater les origines du libéralisme, qui sont effectivement à gauche ; et cela n’est pas contradictoire avec le fait de souligner une paternité, non pas de la gauche sur le fascisme, comme vous l’écrivez mensongèrement, mais du socialisme sur le fascisme.

          1. Vous êtes trop sentencieux. Concernant le clivage gauche-droite, et par ricochet le lien avec le libéralisme, j’ai publié en 1998 un livre préfacé par le politologue Guy Hermet qui remet en question cette « vérité ». Depuis 15 ans, il y a eu plusieurs autres livres sur ce sujet et la « vérité » a beaucoup changé.

          2. Vous plaisantez, c’est l’autre qui utilise un argument d’autorité et moi qui étaye un point de vue différent (sans chercher à me faire de la pub en mentionnant l’éditeur, etc.).

  9. Écrire que « le libre échangisme (sic) n’a jamais été aussi triomphant qu’à notre époque », sous entendu qu’il a bel et bien triomphé aujourd’hui, et que militer en sa faveur c’est cautionner le système, c’est du niveau d’un socialiste. Article mauvais au possible, infesté de socialine.

  10. @ marc crapez : Je crois comprendre votre article et votre démarche intellectuelle, mais en effet, je doute que nous réussissions un jour à démystifier le terme « néolibéral » auprès de la population. Je me trompe peut-être, ceci dit.

    En tout cas, je ne me reconnais absolument pas (c’est un doux euphémisme) dans la case « néo-libéralisme » qui est en fait l’un des nombreux synonymes du capitalisme de connivence…

    1. D’abord réponse à ci-dessus « moi. Le libéralisme, ce n’est pas l’autarcie, etc… ».
      Vous faites l’idiot en raisonnant par l’absurde mais je suis persuadé que vous comprenez ma logique. Le rapport avec l’autarcie intellectuelle est que le libéralisme, comme toute idéologie, abrite son lot de vieux crabes jargonnants, voire de talibans recroquevillés sur eux-mêmes qui refusent d’affronter le réel. Il serait temps de sortir de la torpeur mollassonne de l’entre-soi feutré et des querelles de mots.

      Merci « AlainLib ».
      Mon article prend parti pour le libéralisme classique et critique le néo : utilisation abusive de techniques de rétorsion pour conjurer les connotations polémiques du stigmate de l’ultralibéralisme, hostilité au conservatisme pourtant devenu liliputien, conformisme libre-échangiste qui permet de hurler avec les loups, enfin et surtout défense unilatérale d’un aspect du libéralisme, le libéralisme culturel, au détriment d’un autre de ses aspects, le libéralisme intellectuel.

      1. Alors vous proposez de mettre fin aux querelles de mots en… proposant le votre?

        Que les vieux crabes jargonant parlent tant qu’ils le souhaitent. Si d’autres libéraux passent à l’action, ça n’a vraiment aucune importance.

        Ce qu je sais, en revanche, c’est qu’on ne parviendra jamais à vaincre aucun ennemi en adoptant sa réthorique, son language et sa vision du monde.

        Si nous voulons que le libéralisme ait sa chance, nous devons rester incoruptibles, nous devons refuser que les socialistes nous imposent leur language, et nous ne devons pas nous occuper de ceux qui parlent uniquement pour parler.

        Le conservatisme n’est pas liliputien, on le retrouve encore bien présent un peu partout. Le libre échange, je ne sais pas ou vous le voyez, peut-être dans les multiples régulations qui l’encadrent?

        1. Les déclamations progressistes tiennent le haut du pavé. Quant au protectionnisme, j’ai vu passer cette année au moins 2 articles dans Contrepoints qui le renvoyait dans les limbes du nazisme.

          Je pense qu’il ne faut pas se barricader à l’écart des usages de la société : si vous dites à quelqu’un de gauche qu’en tant que libéral pur sucre vous n’êtes pas ultralibéral, que vous êtes issu de la gauche et que d’ailleurs le fascisme c’est à cause des gens de gauche comme lui, vous n’arriverez à rien.
          Vous avez une jolie objection en disant que ce n’est pas en rajoutant mes mots que je mettrai fin aux querelles de mots. Sauf que ces mots n’étaient pas de fantaisie mais de convention pour introduire la substance d’alternatives et de dilemmes.

          1. « Les déclamations progressistes tiennent le haut du pavé »

            Encore une fois, certes mais quel rapport? Ce n’est pas parce que le progréssisme est majoritaire que le conservatisme à disparu. Par exemple, une bonne partie de la communauté musulmane est extrenement conservatrice.

            L’un des problèmes auxquel se heurte le liberalisme est d’ailleurs cette opposition systématique entre conservatisme et progréssisme, qui ne mène à rien, car les deux découlent de la même vision constructiviste de la société.

            En ce qui concerne les libertariens, à mon sens, nous ne sommes pas progréssistes, ni conservateurs, nous sommes partisans de la liberté.
            Ce qui signifie que nous refuseront toujours une politique allant dans un sens ou dans l’autre.

            « que vous êtes issu de la gauche »

            J’amais vous ne m’entendrez dire à qui que se soit que je suis issus de la gauche.

            Au-delà de ça, je remarque au contraire que de nombreux gens de gauche rejoigne le libéralisme (y compris issus de cette gauche qui se prétend de droite). Mais encore une fois, ce n’est pas en adoptant leur language que nous parviendront à convaincre.

            « Je pense qu’il ne faut pas se barricader à l’écart des usages de la société »

            Merci, mais les discourts pragmatiques, j’ai déjà donné. En général ça présage rien de bon quand le gars est élu, et ça, pour le coup, ça ne convainc personne et surtout pas la gauche.

            « Sauf que ces mots n’étaient pas de fantaisie mais de convention pour introduire la substance d’alternatives et de dilemmes. »

            Vous ne pouvez pas prétendre utiliser des conventions, alors même que vous cherchez à introduire les vôtres. Vous voulez utilliser des conventions, utilisez celles qui sont admises par ceux qui vous lisent. Mais si vous cherchez à introduire les vôtre, ne prétendez pas utiliser des concepts conventionnels, car ils ne le sont pas.

            « Quant au protectionnisme, j’ai vu passer cette année au moins 2 articles dans Contrepoints qui le renvoyait dans les limbes du nazisme. »

            Qu’un site libéral voue le protectionnisme aux gémonies me paraît logique et normal. Je ne voit pas, par contre, en quoi cela signifie que le protectionnisme ait disparu.

          2. Merci pour ces échanges. J’ai peur que nous nous écartions de l’article. J’ai essayé de répondre à tous sauf exception trop agressive. Chacun a pu exprimer son point de vue et les lecteurs jugeront.

  11. J’ai plutôt l’impréssion que la distinction se fait entre ceux qui acceptent l’impôt à condition qu’il soit strictement proportionnel, et ceux qui ne l’acceptent pas, et entre ceux qui reconnaissent que l’état a un rôle, et ceux qui le pensent illégitime partout.

    La frontière entre l’impôt proportionnel et l’impôt progréssif serait plutôt celle entre libéraux et étatistes.

      1. Cet article est horripilant, moralisateur et pire, condescendant. C’est insupportable de vouloir nous coller des « ismes », nous faire rentrer dans des chapelles, réorienter nos définitions de base, vouloir nous faire agiter des oriflammes patriotiques. Oui, l’impôt est un mal nécessaire mais avant tout un mal, les Constituants l’avaient bien compris puisqu’ils remplaçaient « impôts » par contribution dont la principale différence est de justifier la dépense, sa nécessité. Ces constituants d’une grande élévation intellectuelle mais pas sans défauts (naïveté) avaient bien analysé le danger des « lumières » et de Rousseau.
        Comment accepter qu’un ignare emprunte des milliards d’€ en mon nom ! pour déclarer sans honte qu’il a souscrit des emprunts dits « toxiques » ; qu’il monopolise la source de mes revenus le jour où je ne serai plus capable de subvenir à mes besoins par mes seules forces, physique et intellectuelle.
        « L’économie de marché, fondée sur la liberté d’entreprendre et le capitalisme démocratique, un capitalisme privé, dissocié du pouvoir politique mais associé à l’Etat de droit, cette économie-là seule peut se réclamer du libéralisme » – J.-F. Revel
        Ma base de réflexion est là ! et jusqu’à preuve du contraire, rien d’autre n’a fonctionné et surtout pas son contraire.
        Ainsi, la liberté civile sans entraves bureaucratiques, associés à l’Etat chargé de faire respecter mes propriétés, mes engagements (réciprocité) et ce que l’on oublie souvent, de justifier rapidement mes propriétés de manière sûre et certaine. De respecter mes choix économiques quant à mon activité et mes ressources.
        N’en déplaise, le socialisme est bien un fascisme – « Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. » Albert Camus

  12. La delirante et non limitee progressivité de l impôt pouvant aboutir a la spoliation serait compatible avec le libéralisme.
    Sérieux ?
    Je croyais le droit de propriété un droit naturel et fondamental. On m aurait menti ?
    Aucun libéral classique n a défendu progressivité à ma connaissance. Et au XIX eme et début xx il n étaient pas néos !

  13. Marc Crapez a essayé de faire comprendre aux libéraux « très purs » (ne frappez pas !) que leur discours était difficilement compréhensible par une bonne partie de la population et que rejeter systématiquement pour « dérive étatiste » des gens libéraux au sens commun (liberté individuelles, économie libre, état concentré sur les fonctions régaliennes) mais qui admettraient, par exemple, un impôt légèrement progressif (un taux moyen qui progresserait lentement de 10% à 20% par exemple, et qui serait déjà une grosse progression par rapport à ce qui existe) n’était pas très productif du point de vue de la progression des idées libérales. Visiblement, il n’a été mal compris, sans doute à cause de l’emploi du mot néo-libéral qui ne me semble pas il est vrai bon à reprendre car trop fourre-tout (mais reprendre fièrement le nom dont vous affuble vos ennemis peut a priori être un bonne stratégie).
    Quoi qu’il en soit, ces libéraux orthodoxes auraient sans doute intérêt à mettre de l’eau dan leur vin, pas sur le fond, mais en acceptant que d’autres puissent se dire « libéraux » sans partager exactement les mêmes idées qu’eux, et admettre que ce sont eux qui ont les idées les plus bizarres (en apparence).
    Enfin, il serait souhaitable, dans la même veine, que les lecteurs curieux arrivant sur contepoints et postant leurs premiers commentaires ne soient pas accueillis par la morgue déplacées de libéraux hautains et collet-montés. Je pense en particulier à un pauvre homme qui avait affirmé « Malgré tout, les grands travaux d’infrastructure sont du domaine de l’État » à qui on répondait « Non » sans explication, lui en demandant d’abord, alors qu’il énonçait une opinion qui est celle d’au moins 99% de français ! (d’ailleurs, il faut tellement d’autorisations politico-administratives qu’on voit mal comment des entrepreneurs privés pourraient s’en sortir sans un soutien politique fort – c’est à déplorer, certes).
    Le discours des libertariens et anarcap apparaît de manière objective « ultra » à beaucoup, donc c’est à ceux-là de faire le plus d’effort d’explication sans traiter tout ce qui est moins libéral que Hayek d’ »horrible ultra-étatiste » (n’y-t-il pas aussi beaucoup d’exagération de ce côté là ?)

    1. Je comprends ce que dit Adrien : pour convaincre le grand public, il faut utiliser un autre discours que celui que nous tenons entre libéraux pour définir de façon précise le libéralisme. Question de rhétorique et non de philosophie. Soit.
      Mais si c’est ça qu’a voulu dire Marc Crapez, il s’y est vraiment très mal pris !!!

    2. Bonjour adrien
      « Je pense en particulier à un pauvre homme qui avait affirmé « Malgré tout, les grands travaux d’infrastructure sont du domaine de l’État » à qui on répondait « Non »  »
      Oui certes, mais il se trouve que ‘Septique’ s’est révélé est un gros troll qui n’a jamais argumenté son discours.

      Menfin, je suis d’accord restons poli, un bonjour Monsieur n’a jamais tué personne, le vouvoiement non plus :)
      Perso je suis minarchiste et ce n’est nullement une position extrémiste, la position extremiste c’est plutot le front de gauche qui est glorifié par les médias.

    3. L’impôt légèrement progressif et qui le reste (légèrement) : impossible. C’est un joli concept à discuter, mais si on admet l’impôt progressif, alors, se battre sur tous les autres aspects de la liberté est juste futile. Comme le prouve assez l’époque actuelle, où la liberté ne fait que reculer depuis un siècle, et toujours un peu plus chaque jour qui passe.

  14. « libertarien, qui prône la dérégulation de tout, y compris des flux migratoires et des produits stupéfiants. »
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    Dans les faits souvent ils sont pour stopper l’immigration en voyant les flux énormes des dernières années dû à l’abandon des contrôles frontières et aux Etats-Nounous.

    Ron Paul est pour utiliser des soldats qu’ils auraient ramené d’Irak pour les placer à la frontières mexicaines et a déclaré « Une Nation sans frontières n’est pas une Nation ». L’anglais Nigel Farage aussi est pour bloquer l’immigration pendant 5 ans et ensuite rouvrir a un taux de 50.000/an et non plus 250.000.

    Pour l’immigration oui mais avec un Etat liberal, avec un Etat-Providence tu as des flux bien trop importants. Le principe de libre-circulation est bon mais être libertarien n’interdit pas d’être sensé, et quand on voit les flux de ses dernières années + le système étatique en place… on ne peut que vouloir une baisse de l’immig et de meilleurs contrôles.

  15. J’ai publié un message hier, durant une pause-café, soulignant deux des nombreuses erreurs manifestes que cet article comporte, manquant de temps pour en mentionner plus et me disant que les autres commentateurs accompliraient cette tâche. Monsieur Crapez me répondit en me renvoyant à l’une de ses précédentes réponses puis, lorsque je lui fis remarquer que celle-ci était insatisfaisante, il balaya ma plainte d’un argument d’autorité. Cet argument est le suivant : un politologue, apparemment prestigieux, aurait préfacé l’un de ses livres, dont il ne donne pas le titre, et ce livre concernerait, dans une mesure indéfinie, le sujet évoqué. Le mépris qui transparaît de cette réponse — mépris confirmé par le fait que Monsieur Crapez se réfère à moi, dans un autre commentaire, via le pronom charmant « l’autre » —, me pousse à répondre plus complètement à cet article, ce à quoi je m’attelle de suite.

    1. Monsieur, un commentaire m’ayant interpellé en m’attribuant un argument d’autorité, ce qui était le monde à l’envers, je lui ai spontanément répondu c’est pas moi c’est l’autre, ça n’implique aucun mépris. Les lecteurs jugeront qui de nous deux est grandiloquent.

      Sur le fond, j’avais déjà posé sur Contrepoints une distinction entre « économistes libéraux, les uns de la sensibilité de Pascal Salin et les autres de celle de Philippe Trainar », en référence à deux pétitions distinctes en faveur de Sarkozy (http://www.contrepoints.org/2012/05/07/82215-explication-de-la-defaite-sarkozy-a-rate-deux-fois-ses-cent-jours), après qu’un autre article ait dogmatiquement qualifié d’ « étatistes » ceux qui n’étaient pas du côté de Salin (Chalmin par exemple).

      Plus généralement, on peut juger Baechler, Daniel, Fiorentino ou Godet (ou par ailleurs Michel Clouscard) infiniment plus stimulants que la fraction sectaire des néolibéraux. Je vous laisse le dernier mot.

  16. Bon, Monsieur Crapez débute son article en affirmant que l’on peut schématiser deux alternatives en matière de libéralisme. À première phrase première question : cette affirmation est-elle vraie ?

    Il est certain que la pensée libérale n’est pas monolithique, mais divisible, puisque celle-ci se développe en plusieurs écoles parfois contradictoires. Or, le fait d’être divisible est une condition nécessaire, mais pas suffisante, au fait d’être divisible en deux. Alors, la grande diversité de la pensée libérale est-elle réductible à deux grandes familles ? Force est de constater que cette dernière l’est bien : il existe en effet des libéraux qui refusent à l’État le monopole de la violence physique légitime — les anarcho-capitalistes — et des libéraux qui lui accordent ce monopole — tous les autres. Vous remarquerez toutefois que ces deux familles ne sont pas les mêmes que celles que propose Monsieur Crapez.

    La première famille proposée par Monsieur Crapez est la suivante : un courant « néo-libéral » ou « libéral-libertaire » ou « libertarien » qui prônerait « la dérégulation de tout, y compris des flux migratoires et des produits stupéfiants ».

    D’abord, je ferais observer que si les sens que recouvrent les termes de néo-libéral, de libéral-libertaire et de libertarien changent selon leurs utilisateurs, cela ne rend pas ces termes polysémiques pour autant. Autrement dit, ces derniers n’acquièrent pas un sens supplémentaire à chaque fois qu’ils sont nouvellement utilisés mal à propos. Aussi, s’il est vrai que la plupart des adversaires idéologiques du libéralisme font de ces termes des synonymes en trahissant leurs sens, ils ne sont pas pour autant véritablement synonymes, car ce n’est pas le grand nombre des ignorants qui détermine quelle est la vérité. En conséquence, il est illégitime de les employer indifféremment, comme le fait Monsieur Crapez dans son article, qu’il marque ainsi immédiatement du sceau de l’à-peu-près.

    Je ne détaillerais pas les multiples sens que les termes susdits recouvrent, par souci de longueur, parce que cette recherche est à la portée de tous, que l’immense part des lecteurs de Contrepoints n’a pas à l’effectuer et que les approximations langagières de l’auteur importe peu au fond, puisque nous reconnaîtrons cette famille de la pensée libérale à ses idées et lui rendrons alors son nom authentique !

    Monsieur Crapez la décrit comme celle qui « prône la dérégulation de tout », ce qui l’oppose implicitement à la famille qui ne prônerait la dérégulation que de certaines choses. De là, on en déduit qu’il s’agit de la plus radicale des deux et que l’auteur se serait mieux fait comprendre s’il s’était contenté de la définircomme telle plutôt que de multiplier les termes spécifiques.

    Les libéraux radicaux donc prôneraient « la dérégulation de tout, y compris des flux migratoires ». Ah bon, lesquels ? Ceux qui pensent que l’immigration, telle qu’actuellement pratiquée, constitue une violation du droit de propriété et la dénonce donc comme étant une intégration forcée ?

    Je ne développe pas plus et m’arrête là, en cours de deuxième phrase, la demi-heure que j’avais décidé de consacrer à cet exercice étant terminée depuis quelques minutes. J’y reviendrais si Monsieur Crapez m’y incite en nous expliquant de nouveau, entre deux références à Michel Clouscard, qu’il est déraisonnable pour un libéral de rejeter l’impôt progressif célébré dans le Manifeste du Parti communiste.