Budget 2013 : plutôt la presse que les monuments historiques !

Publié Par Thibault Doidy de Kerguelen, le dans Économie générale

516 millions d’euros pour subventionner les journaux, 303 millions d’euros pour les monuments historiques.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Le budget 2013 n’en finit pas de faire parler de lui et de susciter des réactions. Il faut dire que lorsque des coupes sont à faire, d’une manière ou d’une autre on fait forcément des mécontents. Ce qu’il est intéressant de voir, au-delà des corporatismes et des réactions partisanes, c’est l’idée générale qui prévaut dans les arbitrages. On pourrait penser, en bonne gestion, par pragmatisme ou réalisme, qu’un budget resserré aurait comme ligne directrice de renforcer l’État sur ses missions régaliennes et de laisser au contraire les aspects interventionnistes de côté, ne serait-ce que temporairement.

Dans cet esprit, que penser des coupes sombres dans le budget de la défense, secteur régalien par définition, qui amène notre armée, en des temps plus qu’incertains, à un état de sous-effectif et de sous-équipement plus que grave ?

Je fais partie de ceux qui pensent que la culture n’est pas un secteur régalien et que nous n’avons jamais vu une culture d’État subventionnée qui n’était autre chose qu’une mise au pas de la création au service de l’idéologie dominante. Voir le budget de la culture réduit devrait me faire plaisir. Et pourtant, quels choix dans les coupes ! Allons-nous voir un seul de ces artistes officiels qui ne vivent que grâce aux subventions et qui créent « dans la ligne » contraint à se remettre en cause ? Non. Allons-nous voir une seule de ces manifestations pseudo culturelles qui polluent nos villes à intervalles réguliers annulée ? Non. Le ministère de la culture va-t-il dégraisser le mammouth en taillant dans les effectifs pléthoriques de son administration ? Que nenni. Les économies se feront sur l’entretien du patrimoine et sur les musées. Autrement dit, dans la culture, ces éléments dont on peut penser qu’ils sont en partie du ressort de l’Etat, c’est-à-dire l’entretien (ou l’organisation de l’entretien) des bâtiments et des œuvres et la transmission du savoir culturel. 303 millions seront affectés à l’entretien des monuments historiques, soit 100 millions de moins que nécessaire. Et ne comptez pas sur une « niche fiscale » pour vous inciter à pallier la défaillance de l’État !

Comme le signale fort justement La Tribune de l’Art, c’est 213 millions de moins que ce qui est alloué… au soutien de la presse écrite ! Incroyable, non ? S’il est bien un secteur qui ne devrait pas être aidé ni recevoir de subsides de la part de l’État, c’est bien cette presse qui se dit libre et indépendante et qui va tous les mois, au guichet du Trésor chercher sa récompense pour services rendus. 516 millions d’euros distribués tous les ans à des entreprises privées. Ce type d’intervention ne subit aucune coupe. Pourtant, nous parlons là d’un demi milliard d’euros qui pourraient, que dis-je, qui devraient être immédiatement économisés. Un ministre qui préfère subventionner les journaux qu’entretenir le patrimoine national, voilà qui en dit long sur l’idéologie qui nous gouverne.

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  1. Si je monte un journal d’extrême droite ou « ultra » libéral, j’aurais droit moi aussi, à une subvention ?
    A moins que je ne propage des idées nauséabondes ?

  2. Effectivement ce budget est remarquable tant il montre l’imbécilité des gouvernants.
    Non seulement comme le fait remarquer l’article le non régalien est privilégié au régalien, ce qui en dit long sur le role de l’Etat dans la tête de nos chers ministres ; mais en plus la dépense d’investissement est systématiquement écartée au profit de la dépense de fonctionnement.

  3. La Justice touche moins que la Culture. Ce dernier c’est une enveloppe de 7 milliards environs. Proposition: on garde 1 milliard pour les monuments, on en donne 3 à la Justice et on en rend 3 au contribuable.

  4.  » nous n’avons jamais vu une culture d’État subventionnée qui n’était autre chose qu’une mise au pas de la création au service de l’idéologie dominante  »
    « Allons-nous voir un seul de ces artistes officiels qui ne vivent que grâce aux subventions et qui créent « dans la ligne » contraint à se remettre en cause ?  »

    Vous y êtes vous réellement confrontez, à cette culture subventionnée pour la dire au service de l’idéologie dominante ? Avez-vous déjà assister à des représentations d’artistes subventionnés pour les réduire à des créateurs dans la ligne ?
    Je reste ahurie devant ce résumé si étroit d’esprit de l’actuelle offre culturelle de notre pays. Bien loin de moi l’idée de dire que toutes les créations se valent et que tous les artistes méritent leurs subventions.
    Mais il suffit de sortir de chez soi, de s’ouvrir, pour tomber sur un florilège de propositions artistiques et culturelles dont la beauté et l’intelligence sont parfois plus porteuses de sens que ne peuvent l’être l’enseignement pédagogique ou les flux véhiculés par les médias. Pas plus tard qu’il y a quelque mois, je me suis retrouvée les fesses blotties dans les confortables fauteuils rouges molletonnés du Théâtre des Célestins, institution théâtrale lyonnaise bénéficiant de grasses subventions publiques, pour y voir une pièce en serbo-croate traitant de thèmes aussi divers que l’identité nationale, le rapport à la mémoire historique de son pays, à la guerre. Dans une tirade glaçante, l’un des comédiens d’origine croate s’est adressé frontalement au public, le remontant en cause dans sa passivité, son côté spectateur-voyeur, amochant au passage l’actuel gouvernement et la position du ministre de l’intérieur quand aux Roms. Est-ce cela une culture subventionnée et donc dirigée par la puissance étatique ? Et ce n’est qu’une expérience parmi tant d’autre.
    Si je puis me permettre, mais il n’en tient qu’à vous, ouvrez plus grand vos yeux et vos oreilles, ouvrez votre esprit, il ne se passe pas une semaine sans que quelque part en France, un artiste, un collectif, des musiciens, plasticiens ou comédiens présentent des créations porteuses de sens, vectrices de liens sociaux et d’interrogations autant personnelles que citoyennes.
    Si la culture doit être financée ou non, n’est à mon sens pas le bon débat. La réelle question serait plutôt de savoir comment elle doit être financée, à quel montant, quels domaines, pour quelles actions.
    Sur ce, je vous laisse pour commencer avec cette création que vous nommez de mise au pas, puisque subventionnée, et qui pourtant bien loin de toute prétention politique ou idéologique, se contente de parler au corps, à la tête et au coeur : http://vimeo.com/13079214
    Il n’en tient qu’à vous d’aller voir plus, ce que je vous recommande..