Histoire religieuse des États-Unis

Publié Par Erwan Le Noan, le dans Histoire, Lecture

Dans Histoire religieuse des États-Unis (Flammarion, 2012), Lauric Henneton présente en détail l’histoire des différents groupes religieux américains. Il y montre comment l’ »esprit américain » puise ses sources dans une religiosité profonde et structurante.

Par Erwan Le Noan.

À croire les médias français, les États-Unis fourmillent de groupuscules ultrareligieux conservateurs : d’ailleurs, le candidat républicain à la présidentielle est proche des fondamentalistes, comme l’était George W Bush, premier Président « born again »… Face à autant d’erreurs et une telle confusion [1], le livre de Lauric Henneton est… providentiel !

Une somme d’histoire religieuse

Lauric Henneton présente en détail l’histoire des différents groupes religieux américains. Sur 350 pages denses, il nous ramène aux racines de la religiosité américaine. Il retrace ainsi les  mouvements et les hommes qui ont marqué les États-Unis.

L’Histoire religieuse des États-Unis s’arrête à la moitié du 20ème siècle, considérant (un peu à tort) que l’histoire récente est mieux connue. Entre cette période et l’origine des États-Unis, le livre décrit l’évolution (pas toujours harmonieuse) des différentes dénominations qui ont construit l’Amérique.

Cette histoire commence avec la Réforme, alors qu’il n’y a encore aucun Européen en Amérique du Nord  : c’est à cette période cruciale que se mettent en place, au Royaume-Uni et en Europe, les divergences religieuses qui structureront pour une grande part les États-Unis. À la lecture, on (re)découvre les premières tentatives avortées d’implantations françaises et espagnoles et avec elles l’arrivée des premiers cultes européens. Arriveront ensuite les fameux « puritains », devenus un mythe de l’histoire religieuse américaine et qui font à ce titre l’objet de « deux lectures (…)  diamétralement opposées de l’histoire américaine en général et de l’héritage puritain en particulier ; l’une tendant à la diabolisation, l’autre à l’hagiographie, mais qui montrent toutes deux, par leur partialité et leur mépris de la réalité historique, la difficulté éprouvée par les Américains à appréhender leur passé puritain ».

Le livre présente la succession des implantations, des débats théologiques et des personnalités qui les ont animés. À ce titre, il montre bien comment l’ »esprit américain » puise ses sources dans une religiosité profonde et structurante. Les épisodes sont nombreux qui montrent que la religion irrigue la vie culturelle et politique des États-Unis : depuis les origines religieuses de la Prohibition jusqu’au mouvement des Civil Rights, en passant par la Guerre de Sécession et la lutte contre l’esclavage.

L’Histoire religieuse des États-Unis n’est pas une analyse de la religion en Amérique, ni une réflexion institutionnelle (Denis Lacorne l’a déjà brillamment réalisée) [2], c’est son histoire chronologique. En décrivant la succession des événements et des hommes, le livre est donc une somme historique. Le lecteur, qui se retrouve plongé dans les rebondissements et les tensions, en ressortira avec une masse de connaissances passionnantes. Mais il devra faire lui-même l’effort d’en tirer des traits saillants et des enseignements pour aujourd’hui [3]. Peut-être s’accordera-t-il pour relever que les États-Unis sont une terre protestante et de liberté.

Une terre protestante

L’Amérique a été, à son origine, une construction protestante et même, pour une grande partie (aussi réelle que mythologique), peuplée d’individus qui venaient pour y réaliser pleinement leur conception du protestantisme. À tel point qu’en dépit des divisions qui les séparent, les différents cultes se retrouvaient dans la crainte de l’altérité religieuse, qu’incarna surtout et longtemps le catholicisme. Cette tension a été particulièrement vive face à l’arrivée des Irlandais (jusqu’à 900 par jour autour de 1850), qui a modifié la structure de la population catholique américaine (préalablement d’origine aristocratique française). Cette immigration massive « compliquait la synthèse identitaire » : en conséquence, les Américains dénonçaient les mœurs irlandaises (consommation d’alcool, dimanches festifs) et leur communautarisme. Les tensions perdurèrent, reprenant de la vigueur lors de la candidature du Démocrate et catholique Al Smith en 1928 ou plus tard lors de celle de John Fitzgerald Kennedy.

Une terre de libertés

Les États-Unis sont aussi une terre de liberté. Évidemment, comme le rappelle avec justesse Lauric Henneton, cela ne signifie pas que les différentes colonies aient toujours fait preuve d’une ouverture très large : au contraire, plusieurs épisodes marquent par leur violence intolérante. Mais l’Amérique a été en partie fondée par des dissidents et ses vastes espaces ont été un stimulant, garant de la concurrence entre les cultes. Au final, la pluralité des dénominations, organisée par la Constitution et le fédéralisme, protège la liberté : c’est ce qu’expliquait James Madison dans les Federalist Papers.

Outre-Atlantique, c’est la division et la pluralité qui garantissent la liberté. Voilà une autre leçon que la France jacobine ignore sur la religion aux États-Unis…

Lauric Henneton, Histoire religieuse des États-Unis, Flammarion, septembre 2012.

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Notes :

  1. Les Mormons, les Fondamentalistes et les diverses églises protestantes sont évidemment très différentes, contrairement à ce qui est généralement présenté. C’est Jimmy Carter qui était le premier Président « born again ».
  2. Denis Lacorne, De la religion en Amérique, essai d’histoire politique, Gallimard, 2007. Pour une comparaison entre les conceptions française et américaine de la laïcité je me permets de renvoyer à Antoine Imbert, Erwan Le Noan, James Madison, la liberté religieuse et la laïcité, in Société, Droit & Religion n°2, CNRS, 2011.
  3. Pour comprendre le rôle social de la religion aujourd’hui, il faut certainement lire Robert Putnam, David Campbell, American Grace – How Religion Divides and Unites Us, Simon & Schuster, 2010, commenté sur le blog Trop-libre.

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  1. La « division et la pluralité » correspondent à la notion catholique de subsidiarité. C’est le socialisme qui centralise. La Révolution est jacobine, pas la monarchie, même absolue.

    « cela ne signifie pas que les différentes colonies aient toujours fait preuve d’une ouverture très large »
    En affaires humaines il faut toujours relativiser. Pour savoir si une culture est libérale par nature, il faut la considérer en regard des autres. La considérer toute seule, c’est se borner au constat qu’elle n’est pas parfaite – et c’est stupide.

    C’est pour cela qu’on peut affirmer que les Étatsuniens ont eu une culture libérale (je n’aime pas la formule « terre de liberté », la terre n’y a rien à voir).

    On peut affirmer la même chose de toute la chrétienté, même s’il y a peut-être lieu de distinguer à la marge entre catholicisme, protestantisme et orthodoxie.

    Plus généralement, tout grand mouvement humain a un fondement religieux, c’est-à-dire de dogmes relatifs à l’anthropologie (au minimum).
    En France, depuis un siècle, c’est hélas la religion socialiste qui s’est imposée en remplacement du couple christianisme – libéralisme.
    D’où la décadence.