Renault demande l’aide de l’État

Renault, qui a vu chuter ses ventes en Europe, réclame par la voix de son patron opérationnel un coup de pouce de l’État, sous la forme d’un soutien à la demande. Les patrons français ne savent-ils rien faire d’autre que d’en recourir à l’État ?

Par Vladimir Vodarevski.

Le numéro deux de Renault, Carlos Tavares.

Le Figaro rapporte mardi 12 juin 2012, que Carlos Tavares, patron opérationnel de Renault, demande un soutien aux ventes d’automobiles en France et en Europe. Il s’agirait de remplacer les véhicules anciens. Mais qui auraient moins de dix ans, limite de la précédente prime à la casse. Toute mesure de soutien est «bonne à prendre, à partir du moment où elle stimule la demande», que ce soit «sous l’angle de l’environnement» ou sous celui «du renouvellement du parc».

Renault semble beaucoup miser sur les subventions. À travers cette demande de prime à la casse, mais aussi à travers sa stratégie dans les véhicules électriques, qui nécessitent des subventions pour être compétitifs. Sans compter les bornes de rechargement, dont le financement semble attendu de la collectivité, aucun grand réseau privé ne se créant pour le moment.

Mercredi 14 juin 2012, le quotidien Les Échos rapporte que le ministre du Redressement Productif, Arnaud Montebourg, « étudie la possibilité » d’une aide au marché automobile.

La seule stratégie de Renault est-elle de compter sur les pouvoirs publics ? La question se pose. Mais, une aide à Renault serait-elle bénéfique pour la France ? Le gouvernement ne peut pas aider un constructeur en particulier. Par conséquent, l’aide sera générale. Mais, même si elle ne concernait que Renault, groupe français, quelles productions favoriserait-elle ? Les Dacia, fabriquées en Roumanie, et au Maroc ? Les Twingo, fabriquées en Slovénie ? Quelle proportion de Clio est fabriquée en Turquie ? Les voitures électriques sont certes fabriquées en France. Mais à quel prix ? De plus,  les composants des batteries par exemple, d’où viennent-ils ? Certains pays, en Amérique de Sud par exemple, regorgent des matières nécessaires à la production des batteries. Au prix de dommages écologiques. La France refuse l’exploitation de gaz de schiste sur son sol, mais accepterait de subventionner les voitures électriques ?

Il est souvent question de capitalisme de connivence. Ce qui est un non sens. Le capitalisme, par définition, ne peut pas être de connivence. Une entreprise, un groupe, ne peut être favorisé que par un gouvernement interventionniste. Ce n’est donc plus, dès lors, du capitalisme. La terminologie correcte est socialisme de connivence.

Cela va-t-il se vérifier avec Renault ? Il s’agit d’une entreprise qui s’est engagée dans une réduction des coûts, en diminuant sa production en France. Ce qui n’est pas répréhensible. Elle profite des bénéfices de sa filiale à 40% Nissan. Là encore, il s’agit d’un partenariat réussi et non répréhensible. Elle demande une aide de l’État. Cette aide, si elle est concrétisée, va favoriser ses bénéfices. Mais pas forcément les emplois en France. Et pas forcément l’écologie si c’est le coût global, ou l’impact global qui est pris en considération.

Question : les patrons français ne savent-ils rien faire d’autre que d’en recourir à l’État ? Ils sont les premiers à critiquer les charges, les cotisations, les fonctionnaires. Mais, souhaitent-ils vraiment un monde libéral, où c’est le mérite qui détermine les bénéfices ? Et non les relations avec l’État. Les constructeurs allemands n’en appellent pas à l’État. Ils sont prospères, et exportent jusqu’en Chine.

Quel signe va envoyer le nouveau gouvernement ? Que les grandes entreprises peuvent demander l’aide de l’État ?

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Sur le web.

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  1. Renault semble etre en train de se rendre compte de l’erreur qui a été commise sur le tout électrique. La preuve est qu’ils pensent maintenant sortir un modèle hybride aux alentours de 2014, chose qui n’était pas prévue au départ (jugeant cette technologie comme étant transitoire et qu’il fallait miser sur l’avenir).
    En attendant, toyota occupe depuis 15 ans ce segment et est en train de démocratiser l’accès à cette techno, en proposant une citadine, gamme la plus vendue en france et en europe. Peugeot a fait le choix de l’hybride aussi, mais au diesel, beaucoup plus cher en entretien, et surtout sur des modèles a plus de 30 000 euros, qui sont les moins vendus en europe.
    Toyota continue sa progression, en fabricant ces modèles en zone européenne, et en migrant vers les « hybrides rechargeables » qui proposeront un vrai compromis (tout electrique pour les trajets du quotidien et efficacité de l’hybride pour les trajets plus longs).

    Peugeot semble vouloir aussi des aides, leur strategie des 10 dernieres annees n’ayant pas fonctionné. Mais l’entêtement de la famille a vouloir garder sa souverraineté dans le controle de la marque leur a déjà posé probleme, les accords avec toyota, fiat et mitsubishi n’ont été que des accords ponctuels sur des développement commun, l’accord en discussion pendant tres longtemps avec porsche est tombé a l’eau puisque peugeot ne voulait rien déleguer, il en sera surement de même avec GM. Cet accord verra surement naitre la prochaine génération de voiture en commun avec OPEL, mais vu l’évolution des accords dans le passé, nul doute que cette coopération s’arretera la. Peugeot devra un jour comprendre qu’ils ne pourront exporter leur marque en Chine qu’a condition d’avoir une puissance financiere correcte et une image de marque autre que celle qu’elle vehicule jusquá present.

  2. Soyons honnêtes, Carlos Tavares, le DG de Renault, n’est pas seul en cause. Carlos Klein, Directeur Plan et Carlos Leclerq, directeur des fabrications, ont aussi leur part de responsabilité dans la mauvaise stratégie du groupe.

  3. A savoir qu’en plus, l’industrie automobile est soutenue par la BCE via les filiales bancaires des groupes.

    PSA et Renault ont tous les deux déjà profité de ces « largesses ». C’est pire que de la goinfrerie, c’est de la boulimie d’argent public

    http://www.zonebourse.com/PEUGEOT-4682/actualite/EXCLUSIF-Banque-PSA-Finance-a-participe-au-LTRO-de-la-BCE-le-29-fevrier-dir-fin-de-PSA-14199476/

    http://www.4-traders.com/RENAULT-4688/news/French-Autos-Mull-Cheap-ECB-Loans-Had-Access-In-December-14029917/

    1. Argent public ? Avec les impôts et autres prélèvements qu’ils versent directement et indirectement (salaires des employés, contributions des sous-traitants…) ça se discute. Donc ils négocient selon le principe « I want my money back ».
      Qui peut les en blâmer ?

  4. +1 pour Drake. Ajoutons « l’air du temps » : les discours sur la prétendue croissance verte finisse par avoir une influence même sur ceux qui savent que ce n’est que foutaise. Quand les politiques ne jurent que par les taxes carbone, l’éolien et la chasse à la voiture « sale », l’industriel ne peut pas faire autrement que tenter d’anticiper la demande ; et si l’état de la technique ne permet de traduire ça seulement par une sorte de maxi-scooter au prix d’une vraie voiture (twizy ), et bien tant pis. Le gouvernement français aura exactement le genre de véhicule qu’il veut (la version 2000 de la Traban), produit par le genre de compagnie qu’il veut (une micro compagnie locale chargée d’importer et localiser, pour 3 emplois et 2 € de taxes rapportées).
    Le groupe Renault à fait une croix sur Renault. Pour les vraies voitures, adressez vous à Dacia ou Nissan. Le groupe Peugeot aussi a fait une croix sur la France.