L’élimination ou l’horreur sans limite

Publié Par Aleps, le dans Lecture

C’est peut-être l’un des plus terribles récits sur la terreur communiste. L’ouvrage L’Élimination de Rithy Pan (avec Christophe Bataille), Grasset, 2012, devrait être étudié dans les écoles et offert à certains candidats à l’élection présidentielle.

Par Bogdan Calinescu.
Article publié en collaboration avec l’Aleps.

L'élimination par Rithy Pan

J’ai beau connaître les crimes du communisme, je reconnais que la cruauté des tortionnaires communistes cambodgiens dépasse toute imagination. Les frontières du mal sont très largement dépassées. C’est le récit (ou le scénario) de Rithy Pan qui, en 1975, avait 13 ans. Les Khmers rouges prennent le pouvoir et commence le génocide. Le narrateur perd toute sa famille en quelques semaines : son grand frère porté disparu, son beau-frère médecin exécuté au bord de la route, son père qui n’a plus la force de s’alimenter, sa mère qui se laisse mourir aux côtés de l’une de ses filles déjà morte… L’histoire de ces années est racontée par celui qui l’a vécue. Il en a fait aussi un film qui dresse aussi le portrait de l’un des responsables du génocide : le bourreau Duch.

Le narrateur–victime essaie de comprendre. Comment a-t-on pu exterminer 1.7 millions de personnes (un tiers de la population du pays) en quelques mois pratiquement. Enfants, femmes, jeunes, vieux, personne n’a été épargné. Aucun régime n’est allé aussi loin dans la soumission de l’individu. Rien ne devait être personnel. Tout était confisqué par les Khmers rouges. Y compris les rêves. L’individu n’existe plus, il devient objet. Le Khmer rouge décide s’il doit vivre ou non. Les critères sont très aléatoires car la purification sociale s’applique à tout le monde. Même ceux ayant des « origines saines » sont exterminés. Il suffit d’une délation, d’un soupçon et tout est fini. Même la langue change, on invente de nouveaux mots, on interdit d’autres. On connaît les photos de Cambodgiens (y compris des enfants) avec un numéro agrafé à même la peau. Ce sont pour la plupart ceux qui sont passés par le sinistre centre de torture et d’exécution S 21 à Phnom Penh dirigé par Duch. Environ 12 380 personnes au moins furent torturées et exécutées dans ces lieux. Ceux qui arrivaient là étaient déjà condamnés à mort : « À S21, c’est la fin, dit Duch. Plus la peine de prier, ce sont déjà des cadavres. Sont-ils hommes ou animaux ? C’est une autre histoire ».

Ce qu’a enduré Rithy Pan et avec lui des centaines de milliers de Cambodgiens est pratiquement impossible à raconter tant l’ampleur du crime dépasse tout entendement. Mais il faut le faire. Comment raconter la torture à mort de la jeune fille Bophana, coupable parce qu’elle écrivait à son amoureux dans une langue romantique ? Comment décrire les vivisections sur les femmes jeunes pour leur prendre les organes et leur sang ? Comment faire comprendre les crimes d’enfants qu’on écrasait contre les troncs des arbres ? Ou la mort de faim de la petite nièce de l’auteur ? Elle s’éteint à 5 ans à ses côtés. Le récit est par endroit insupportable. L’auteur ne néglige pas, non plus, ceux qui ont admiré les Khmers rouges. Du journal Le Monde aux intellectuels « engagés » comme Alain Badiou en passant par l’ONU qui a fermé les yeux. Pol Pot était lui-même un ancien étudiant à Paris !

Le régime communiste cambodgien a été « parfait » dans son fonctionnement jusqu’en 1979. Il a voulu créer un Homme nouveau et pur. Vu le nombre de morts, il a pratiquement réussi.

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  1. Et combien de tels livres à écrire, ou à lire, sur Mao et le grand bond en avant, et plus encore sur sa la révolution culturelle, sur l’holodomor, sur Mengistu, sur Macias, et tous autant qu’ils sont ?

  2. Quand on pense qu’un type comme Badiou nous est encore imposé par la gauche française comme une référence (voir comment le site Rue89 sélectionne les commentaires à son sujet ou comment est rédigé sa bio sur Wikipedia) on se demande qui sont ces gens. Et il en est de même de tous les relais médiatiques qui occultent systématiquement cet aspect de son « engagement ».

  3. Ce qui est incroyable en France c’est qu’un trosko-fasciste comme Mélanchon obtienne 15% avec les mêmes slogans incitant à la haine contre « les riches » qui ont conduit à ces atrocités et qu’il soit adulé par les médias qui le voient comme un « tribun ».Si Hollande gagne cette présidentielle il aura comme allié Mélanchon…

    1. Ce qui est incroyable, c’est que vous n’arriviez pas à comprendre que la prétendue couleur politique d’un tortionnaire n’a aucune valeur.

      Vous faites comme s’il existait un lien de causalité des « idées socialistes » vers le totalitarisme. Qui vous dit que ça n’est pas le contraire ? Que les personnes ayant des velléités totalitaires se parent du socialisme pour embrigader, tromper les gens sur leurs intentions réelles ?

      L’inverse existe aussi. Les Républicains aux US martèlent qu’ils sont contre l’état fort pour ensuite faire du capitalisme de copinage et envoyer des soldats au moyen orient et envoyer des centaines de personnes à Guantanamo … je ne sais plus qui a dit qu’on attrapait les hommes par les oreilles.

      Il faut arrêter les slogans pour regarder les faits. Et vous aussi sur contrepoints vous cédez à cette manie du slogan, à mettre l’URSS à toutes les sauces.

      1. @FabriceM

        Des soldats au moyen orient ???!!!!!!!!!
        Si les Américains ne sont pas contents de leurs représentants, ils peuvent toujours voter pour la concurrence.
        Dans les dictatures socialistes, la concurrence n’existe simplement pas.
        Mais bon, j’imagine qu’on a tous rêver les pays du bloc soviétique, la Chine, la Corée du Nord, le Vietnam, le Cambodge, Cuba, etc…

        1. « Dans les dictatures socialistes, la concurrence n’existe pas »

          Je considère qu’aucun adjectif n’est nécessaire après « dictature ». Quand une petite équipe dicte ce que doivent faire tous les autres, on se fiche complètement qu’ils prétendent le faire pour le bien de tous.

      2.  » Et vous aussi sur contrepoints vous cédez à cette manie du slogan, à mettre l’URSS à toutes les sauces. »
        Il faut dire qu’avec un Mélenchon qui appelle à une révolution culturelle, ça aide pas non plus.

      3. Je considère qu’aucun adjectif n’est nécessaire après « dictature ».
        +1 vrai

        dans un premier temps mais dans l’urgence avons nous le choix ?
        cela aide à trouver des « alliés » à se faire « comprendre »

        malheureusement dans un 2é temps ces « alliances » de circonstances sur un mal entendus finissent mal.
        je pense par exemple aux libéraux et aux conservateurs alliés de circonstances contre les socialistes mais vrai adversaires en ce qui concerne le collectivisme des conservateurs.