Quitter l’euro, c’est facile !

Publié Par Daniel Hannan, le dans Europe

Un retour aux monnaies nationales serait impossible car trop compliqué et coûteux. Ah vraiment ?

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni.

Leena Saarinen-Europa(CC BY-NC 2.0)

Leena Saarinen-Europa(CC BY-NC 2.0)

Comme il devient clair que l’euro est un instrument de récession, ses supporters abattent leur dernière carte : le quitter, disent-ils, serait compliqué. Ils n’essayent même plus de clamer que le conserver est bénéfique : tout le monde peut voir que ce n’est pas le cas. Au lieu de ça, ils donnent dans le vieux truc « le traitement serait pire que la maladie ». Un retour aux monnaies nationales, nous disent-ils, serait impossible car trop compliqué et coûteux.

Ah vraiment ? Si changer de monnaie entraîne un certains nombres de conséquences pratiques, aucune n’est insurmontable. Par définition, tous les pays dont nous sommes en train de parler ont récemment accompli un tel changement : c’est de cette manière qu’ils ont adopté l’euro en premier lieu. Bizarrement, je ne me souviens pas des Eurocrates, à l’époque, blablater à propos des coûts et complexités immenses pour avoir à remplacer vos billets. Et, en effet, le changement serait plus simple aujourd’hui qu’il y a dix ans, parce que davantage de monnaie est digitalisée, et les billets représentent une plus petite part de la monnaie en circulation.

J’ai demandé à un économiste slovaque l’autre jour comment son pays avait géré la transition monétaire lorsqu’il a divorcé de la République tchèque. « Très facilement », a-t-il répondu. « Un vendredi, après que les marchés aient fermé, le directeur de notre Banque Centrale a téléphoné à toutes les banques et leur a dit que, pendant le week-end, quelqu’un de son service viendrait mettre un coup de tampon sur tous leurs billets et que ce serait, jusqu’à ce que de nouvelles pièces et billets soient rendus disponibles, la monnaie qui aurait cours. Le lundi matin, nous avions une nouvelle monnaie. » Ouaip, et aujourd’hui ils auraient souhaité l’avoir conservée, mais c’est une autre histoire.

D’accord, c’est un petit peu plus compliqué que ça, mais juste un petit peu. John Redwood, qui sait tout ce qu’il faut savoir sur les banques, explique exactement comment la Grèce pourrait se libérer de la monnaie unique ici.

Et à propos des dettes libellées en euro ? Comment un pays avec une monnaie nouvellement dévaluée pourrait faire face à ses engagements internationaux ? Il ne pourrait pas. La dévaluation et le défaut de paiement sont — pour une fois l’expression semble pertinente — les deux faces d’une même pièce. Personne ne nie sérieusement que la Grèce va refuser d’honorer sa dette. Encaisser le choc d’un défaut sans le boost en compensation pour avoir quitté l’euro représente la pire des options possibles.

Ça ne veut pas dire que ça ne se produira pas. Au contraire, ça reste l’issue la plus probable. Il n’en reste pas moins que tout le débat sonne étrangement familier aux oreilles britanniques. Quand il devint clair que le Mécanisme de Taux de Change Européen (MCE), le torve prédécesseur de l’euro, faisait couler notre économie, l’Establishment dans son ensemble a commencé à avancer le fait que, quelles que soient les failles du système, nous n’avions d’autres choix que de faire avec. En sortir, a déclaré John Major, serait « l’option de l’inflation, l’option des partisans de la dévaluation, une trahison du futur de notre économie » — ce qui est presque exactement ce que disent les politiciens europhiles grecs aujourd’hui. Dans les faits, bien sûr, le reprise économique britannique a commencé aussitôt que nous avons quitté le MCE, et a continué pendant quasiment deux décennies avant que Gordon Brown ne décide de la balayer.

Il faut toutefois se rappeler que cette conséquence heureuse nous a été imposée par les marchés. Presque tous les politiciens, économistes, journaux, académiciens, entreprises et commentateurs ont repris le discours de John Major. Ceux d’entre nous qui se sont opposés à l’entrée dans le MCE en premier lieu étaient isolés et épars. Et que les faits nous aient donné raison ne nous a pas fait bénéficier d’une écoute conciliante la fois suivante. Ça n’est jamais le cas.

—-
Sur le web
Traduction : eDoK pour Contrepoints.

  1. On se demande comment Mr Hannan parvient à justifier son souhait de confier aux hommes politiques nationaux l’immense pouvoir de gérer la monnaie. Serait-il un collectiviste qui s’ignore ?

Les commentaires sont fermés.