Le politiquement correct, langue du totalitarisme

Publié Par Pierre Clermont, le dans Politique

Ce qu’on appelle les systèmes totalitaires – le nazisme allemand, le communisme international, le fascisme italien, l’islamisme iranien – ont pour visée commune le contrôle total de la société. Ceci suppose le contrôle des moyens de production matériels par l’Etat. Les uns (les systèmes de type communiste) l’instaurent de manière directe : la propriété privée des moyens de production matériels est supprimée et tout l’appareil de production, de la sidérurgie jusqu’au plus modeste salon de coiffure, passe sous le contrôle immédiat de l’Etat. Les autres (le nazisme, le fascisme, l’islamisme), plus laxistes, laissent subsister, à côté du secteur d’Etat, tout un tissu d’entreprises privées – qui sont très étroitement assujetties aux objectifs de l’Etat et obligées d’obéir à ses ordres, mais qui continuent d’appartenir formellement à leurs propriétaires et disposent encore d’une faible marge d’autonomie. La différence est en gros celle qui sépare un système d’esclavage d’un système de servage.

Ceci pour les moyens de production matériels. Mais concernant les moyens de production intellectuels, tous sont d’accord : le premier souci de tout pouvoir totalitaire est de s’assurer le monopole exclusif de la pensée. Immédiatement ou progressivement, tout discours autre que le leur est interdit. Les medias, même quand ils restent la propriété privée de ceux qui les publient, ne doivent exprimer que le point de vue du pouvoir. L’école, l’université sont pris en main et obligés de propager la vision du monde du pouvoir. Le système de référence du pouvoir est rendu obligatoire pour toute la population et tout doit s’énoncer dans ses termes. Plus personne n’a le droit de penser par ses propres moyens.

Ceci constitue un excellent moyen de contrôle. De cette manière en effet, l’œil du pouvoir peut pénétrer jusqu’au plus intime des relations entre les individus. Tout le monde étant tenu de parler la langue de bois officielle, quiconque se soustrait à cette obligation devient suspect. Et dès lors, il met en danger non seulement sa propre personne, mais aussi celle de ses interlocuteurs : ceux qui ont été témoins de propos subversifs et ne les ont pas dénoncés en deviennent complices et encourent les mêmes châtiments que leur auteur. Dès lors, ils n’ont d’autre choix que d’aller les signaler sans retard aux organes compétents. Ainsi, il suffit que le nouveau pouvoir impose son monopole intellectuel pour que s’instaure du même coup un système de délation généralisé, que la police n’aura plus qu’à gérer.

Mutatis mutandis, on peut observer les mêmes tendances en germe dans ce qu’il est convenu d’appeler le « politiquement correct ». On le sait, le « politiquement correct » est un ensemble de dogmes inspirés du marxisme et du post-marxisme, qui est devenu la lingua franca des medias et de la classe politique. On n’est pas encore arrivé à le rendre obligatoire dans la population en général (on s’y emploie, on s’y emploie), mais déjà on l’enseigne dans les écoles et quiconque occupe une position officielle, dans quelque domaine que ce soit et à quelque niveau que ce soit, c’est-à-dire quiconque risque de se voir un jour tendre un micro, est tenu de le parler sans accent et sans faute. De là ce relief particulier du paysage politico-médiatique français, qui évoque si irrésistiblement celui de l’encéphalogramme plat.

Car en cas de manquement, les sanctions sont terribles. Des associations de justiciers bénévoles (subventionnées par l’argent des contribuables, à qui on n’a pas demandé leur avis) se sont spécialisées dans la lutte contre le racisme, la discrimination, la xénophobie et autres calamités. Au moindre prétexte, les tontons-flingueurs de la pensée unique distribuent excommunications et condamnations, soulevant des tempêtes médiatiques qui suffisent à faire rentrer sous terre les plus audacieux, et traînent les plus endurcis par l’oreille jusque devant les tribunaux – avec plus ou moins de bonheur cependant.

Ici comme ailleurs, l’instauration du « politiquement correct » comme système de pensée unique entraîne l’instauration du système de délation généralisé qui lui correspond. Pour le moment, il ne s’agit que d’intimidation intellectuelle. Mais l’intention est bien, comme dans les systèmes totalitaires, d’interdire l’expression de toute pensée dissidente. En ce sens, elle préfigure l’ordre social dont rêvent les zélotes, où l’appareil policier viendrait achever leur œuvre en relocalisant derrière les barbelés quiconque ose penser autrement qu’eux.

Laisser un commentaire

  1. Article qui prend tout son intérêt avec l’affaire de la FFF, avec une nuance : ici, le politiquement correct a été instrumentalisé pour régler des conflits entre groupes d’intérêts au sein de la fédération.