Fausses visions sur le système privé de santé américain

Publié Par Contrepoints, le dans Santé

Contrairement aux idées reçues, seule une faible minorité d’Américains sont des non assurés involontaires et de longue durée, et même ceux-ci ont généralement accès à des soins gratuits. Dans les faits, les problèmes du système découlent en grande partie non pas de son caractère privé, mais plutôt de la lourde réglementation à laquelle il est soumis et de la façon dont le système d’assurance fonctionne.

Dans le débat qui s’est tenu autour de la réforme du système de santé américain, on a constamment évoqué le fait que 30 à 40 millions d’Américains ne seraient pas couverts par une assurance maladie et que les dépenses publiques de santé seraient inadéquates suite à l’immixtion de la logique capitaliste dans le domaine des soins de santé. Certes, le système privé de santé aux États-Unis souffre de plusieurs problèmes et est loin d’être parfait, mais les causes de ces problèmes ne sont pas celles qu’on pense.

La première critique que l’on adresse généralement au système de santé américain concerne son manque d’universalité et l’existence d’un grand nombre de « non-assurés ». Cependant, ce problème doit être mis en perspective et relativisé. Tout d’abord, les quelques 30 à 40 millions de non-assurés représentent une minorité par rapport à la population totale de 300 millions d’habitants, de 10 à 13%. C’est-à-dire que près de 90% des Américains détiennent donc une assurance maladie privée, la plupart du temps celle de leur employeur. Quant à la majorité de ceux qui n’ont pas d’assurances privées, ils dépendent des régimes publics d’assurance maladie que sont Medicare (pour les gens âgés de 65 ans et plus) et Medicaid (pour les gens à faible revenu). Ces deux régimes publics couvrent également les handicapés.

D’un autre côté, il faut tenir compte que le fait de n’être pas assuré relève souvent d’une situation temporaire souvent causée par des transitions comme des changements d’emploi ou de situation familiale. Plus du quart des non-assurés le sont pour des périodes qui durent moins d’un an. Ensuite, une bonne partie des non-assurés ont bien les moyens financiers de se payer une assurance, mais choisissent volontairement de ne pas le faire (près d’un non-assuré sur cinq est membre d’une famille gagnant 75.000 dollars ou plus par an). Par ailleurs, près de 15 millions de non-assurés étaient éligibles au Medicaid ou à des programmes couvrant les enfants, mais ne s’en étaient pas prévalus ou ne le savaient pas. Enfin, les non-assurés disposent toujours du filet de sécurité des hôpitaux publics où ils peuvent trouver des soins. À cela, il faut rappeler que la charité privée existe bel et bien, autant de la part des hôpitaux et des médecins que des individus qui supportent les organismes de charité. On estime ainsi que les deux tiers des services de santé consommés par les non-assurés ne leur coûtent rien.

La seconde grande critique émise à l’encontre du système de santé américain présente celui-ci comme totalement privé ou presque. Il est vrai que la plupart des établissements de santé sont privés – avec ou sans but lucratif – et que les régimes d’assurance maladie privés sont généralement à but lucratif. Mais parallèlement existe bel et bien aux États-Unis des régimes publics d’assurance maladie, Medicare et Medicaid et d’importants fonds publics sont également dépensés dans différents domaines comme les hôpitaux publics ou les soins aux vétérans. Les dépenses publiques de santé sont en fait, toutes proportions gardées, plus élevées aux États-Unis que dans la plupart des grands pays occidentaux. En comptabilisant les dépenses privées, les dépenses totales sont beaucoup plus élevées que partout ailleurs. Ces sommes gigantesques expliquent pourquoi les Américains ont accès aux plus récentes technologies médicales et aux traitements les plus efficaces, et ce avec des délais minimes, malgré toutes les lacunes de leur système de santé.

Contrairement à la fausse vision d’un marché de la santé américain complètement libre, celui-ci est en fait très réglementé à plusieurs niveaux, ce qui entraîne de très grandes distorsions dans l’utilisation et la fourniture de soins et explique en grande partie les difficultés qu’éprouvent des millions d’Américains à se payer des assurances privées. Les règlements édictés par les États et le gouvernement fédéral enserrent complètement le domaine de l’assurance et limitent l’offre de polices d’assurance privée moins chères et plus accessibles. Ainsi, les assurances comprennent peu de frais fixes par service reçu ou de pourcentage du coût des services à la charge de l’assuré. Les assurés ne sont donc pas incités à rechercher les meilleurs prix et provoquent ainsi une escalade des coûts de santé. Au final, l’augmentation des coûts entraîne l’augmentation des primes d’assurance et les rend inaccessibles à un plus grand nombre de personnes. D’un autre côté, le traitement fiscal rend plus favorable les polices offertes par l’employeur que celles achetées par l’assuré lui-même. Ce traitement fiscal mène à une surconsommation d’assurance de la part de ceux qui en bénéficient et contribue à gonfler les coûts dans le secteur de la santé et fait également en sorte que le marché des assurances collectives soit très développé au détriment des assurances individuelles, d’où les primes beaucoup plus élevées pour ces dernières.

En résumé et contrairement aux idées reçues qui circulent sur le système privé de santé américain, seule une faible minorité d’Américains sont des non assurés involontaires et de longue durée, et même ceux-ci ont généralement accès à des soins gratuits. Les dépenses publiques de santé sont très importantes aux États-Unis et d’importants régimes publics d’assurance maladie existent dans ce pays. Dans les faits, les problèmes du système découlent en grande partie non pas de son caractère privé, mais plutôt de la lourde réglementation à laquelle il est soumis et de la façon dont le système d’assurance fonctionne. Le traitement fiscal des assurances et la très faible participation directe des assurés aux coûts des soins sont en partie responsables du gonflement des primes d’assurance et de la présence d’une certaine proportion de personnes non assurées. Comme dans le cas du financement public des soins de santé, lorsque le payeur est une tierce partie, les coûts ont tendance à exploser.

(Key facts about Americans without health insuranceIncome, Poverty, and Health Insurance Coverage in the United States : 2003Two myths about the U.S. health care systemThe Importance of Group Coverage : How Tax Policy Shaped U.S. Health Insurance.)

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  1. Reste que l’espérance de vie aux USA est loin derrière celle des autres pays de l’OCDE (au niveau du Portugal, du Chili et même de Cuba), alors que leur santé est la plus chère du monde. ( http://drgoulu.com/2009/09/12/problemes-de-sante )

    Or l’espérance de vie des américains est très fortement corrélée avec leur niveau de revenu, et comme par hasard les USA ont le système de santé le moins social de l’OCDE (40% des couts totaux à charge de l’état, contre 60% en Suisse et 80% dans la majeure partie des états européens ( http://drgoulu.com/2009/04/23/combien-coute-la-sante )

    Cher et inefficace : voilà la réalité du système de santé américain actuel.

    Si vous voulez un modèle à suivre, cherchez du côté du Japon. J’ai pas encore compris comment ça marche mais les faits sont là : le record de longévité pour 30% de moins qu’en Europe !

    1. Ouais mais d’un autre côté leur espérance de vie c’est probablement du pipo. En effet, le fait de camoufler la mort d’un ancêtre pour continuer à toucher sa retraite est devenu un sport national au Japon.

      Et sinon, je vais te révéler un secret de polichinelle : si on corrige avec l’obésité, elle aussi corrélée au niveau de revenu, l’espérance de vie de la classe moyenne basse (entre 20 et 50 k$) est la même que celle de la classe moyenne haute (entre 50 et 100 k$). En dehors de ces fourchettes, on a les très pauvres qui vivent dans la rue et les très riches qui peuvent se payer le meilleur professeur mondial en cas de souci, donc en France c’est pareil, il y a forcément une forte différence d’espérance de vie. Et ça concerne 5% des gens, donc pas le manifestant moyen.

      Conclusion, si on veut que les gens vivent plus longtemps, il faut leur dire de faire gaffe à leur ligne, pas mettre en place le communisme de la santé.

      Ah oui et aussi, c’est pas du tout la même chose si un système est cher parce que JE ME paie des médicaments et que TU TE paies des médicaments, que s’il est cher parce que JE LEUR paie des médicaments. Le système de santé américain est efficace pour les gens pour qui il est cher. Mais je sais que pour beaucoup de français, c’est littéralement un choc des civilisations que de considérer qu’on a le droit de dépenser son argent pour soi-même.

  2. Pour répondre aux adorateurs de la santé étatisée ce petit passage d’un article de l’IFRAP est édifiant : « L’OCDE utilise des chiffres concernant l’espérance de vie et la mortalité infantile pour mesurer les résultats médicaux. Ces indicateurs sont intéressants, mais l’espérance de vie est influencée par plusieurs facteurs autres que la qualité du système de santé (accidents de voiture, mort violente, mode de vie, nourriture, type de population, etc.).

    De leur côté, les mesures de mortalité infantile ne sont pas standardisées. Aux Etats-Unis, par exemple, les bébés très prématurés sont pris en charge plus systématiquement et ont une chance plus élevée de survivre que dans la plupart des autres pays développés. Une mesure plus focalisée sur les systèmes de santé est celle qui évalue l’espérance de vie après un diagnostic et le traitement.

    Les femmes américaines ont une probabilité de 63 % de vivre cinq ans après un diagnostic de cancer comparé à 56 % pour les femmes européennes. Pour les hommes, la différence est encore plus frappante : 66 % pour les hommes américains contre 47 % pour les hommes européens. La différence souligne l’importance de l’accès aux nouveaux traitements qui est plus systématique aux États- Unis qu’en Europe. »

    http://www.ifrap.org/Comparatif-des-systemes-de-sante-americain-et-francais,11586.html

    Les méthodologies statistiques de nos grenouilles de bénitier étatique sont toujours soigneusement sélectionnées pour aller dans le sens du maintien des monopoles.

  3. Pour ceux qui veulent en savoir plus commence fonctionne le systeme américain et pourquoi il ne fonctionne pas vraiment :

    http://mises.org/daily/3737

    It’s a near-universal assumption of the healthcare debate that the current system is a market system and it is broken, and hence we should try a government system. The people who assume this aren’t considering the last 100 years of healthcare policy. Government is deeply involved at all levels, from medical licensure and patents, to direct subsidies and provision, to employee mandates and insurance-pooling controls, at all levels.

    Les gens ne se rendent pas compte a quel point des réglementations existantes pèsent sur la qualité du sytème de santé et pensent qu’on pourra toujours s’en sortir avec plus de réglementation.

    Il y a tout une série de liens proposés dans cet article. Dont celui là, que je trouve assez simple a comprendre : http://mises.org/daily/4434

  4. Le système de santé des USA n'est certes pas efficace, du point de vue coût efficacité. Ce qui montre que le débat ne doit pas se limiter au public contre le privé dans ce domaine.
    La charité est développée aux USA. Mais, Hayek écrivait que dans la Grande Société, les liens de solidarité communautaires étaient distendus, et que la collectivité devait prendre le relai.

  5. Autre chose : aux USA les résidents d’un État n’ont pas le droit de prendre une assurance en dehors de cet État, par conséquente chaque État est quasiment dominé par des oligopoles, c’est très peut concurrentiel.
    En Suisse vous avez le choix parmi une 50éne d’assureurs.
    Il suffirait de supprimer cette interdiction pour booster la concurrence entre assureur.

  6. Je découvre cet article, personne ne lira certainement mon commentaire. L’explosion des coûts de santé est aussi pour beaucoup dû à l’explosion du coût des procès. Faire un procès est aux etats Unis un sport national dans lequel une profession entière pille la nation. Il y a clairement une dérive qui n’a de comparable que celle des fonctionnaires en France. Rappelons que si en France les fonctionnaires tiennent l’executif et le législatif, aux Etats Unis les avocats corrompent tout le système politique. Ils y tiennent le législatif, l’executif et le judiciaire… Ce qui explique l’excès observé …