Loup Viallet : l’auteur qui repense les rapports entre la France et l’Afrique 

Alors que les rapports entre Paris et l’Afrique francophone se dégradent, il devient urgent de renouveler la doctrine et l’approche stratégique de la France et de l’Europe sur la base des interdépendances qui les unissent à l’Afrique. C’est l’objectif de Loup Viallet, jeune géopolitologue et économiste qui bouleverse les idées reçues sur les relations franco-africaines.

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Loup Viallet : l’auteur qui repense les rapports entre la France et l’Afrique 

Publié le 7 août 2023
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« Alimenter la paranoïa, c’est faire le lit d’une guerre civile ».

Loup Viallet aime les formules percutantes. Ce jour-là, au micro de Jean-Jacques Bourdin, il accusait l’avocat français Juan Branco d’être un « receleur de fake news qui n’aura jamais à endurer les conséquences des discours de ses clients », les leaders panafricanistes Kemi Séba et Ousmane Sonko. Cette parole détonne dans un environnement médiatique français souvent tenté par un soutien par défaut aux opposants politiques africains.

Or, ces dernières années, Loup Viallet a construit une parole singulière, aussi incisive dans ses interventions médiatiques que rigoureuse dans ses écrits : celle d’un analyste engagé dans les débats contemporains entre la France et l’Afrique.

Sa trajectoire est plutôt insolite.

Au cours de la décennie passée, Loup Viallet a conseillé des personnalités politiques de tous bords. Tenté dans un premier temps par des courants proches du souverainisme (il a conseillé aussi bien des personnalités de gauche comme Georges Sarre, ancien ministre de François Mitterrand, que de droite nationale, comme Marine Le Pen), Loup Viallet a « appris à se défier des idéologies trop radicales et des analyses aussi séduisantes que simplistes ».

Il entend défendre ses idées au-delà des clivages partisans. Décrypter la stratégie de déstabilisation conduite par la Russie en Afrique, ou dénoncer les activités de Wagner relèverait d’un « intérêt régalien » partagé par des courants très variés de l’échiquier politique. En outre, pour ce dernier, « nombre de personnalités et de partis politiques français témoignent d’une conception obsolète des relations avec l’Afrique. Négliger l’influence grandissante de ces dernières peut nuire à l’applicabilité de leurs propositions dans tout une série de domaines : sécurité, défense, immigration, diplomatie, économie, transition énergétique… ».

 

Comprendre les interdépendances euro-africaines

En constatant au cours de ses expériences politiques une profonde méconnaissance du champ des possibles avec l’Afrique, Loup Viallet a orienté son attention et ses recherches sur des problématiques africaines entraînant des conséquences en France et sur le continent européen. Cette volonté de comprendre les réalités africaines l’a conduit à voyager et à intervenir en Afrique de l’Ouest comme conférencier dans des écoles de commerce et de sciences politiques.

Pour mieux prendre conscience du quotidien des grandes villes, il a pris ses marques à Abobo et à Mènontin, quartiers populaires d’Abidjan et de Cotonou. Dans les rues sans nom et sans numéro où habite « le tiers état du tiers monde », Loup Viallet s’est immergé parmi des populations vivant au jour le jour de petits métiers : apprentis-chauffeurs, vulcanisateurs, vendeurs de sachets d’eau potable et de mouchoirs à l’unité, brouteurs, petits trafiquants d’essence, portiers, mais aussi vendeurs de forfaits téléphoniques, tailleurs, tenanciers de maquis… Il décrit des existences « en prise à une adversité  permanente », où un micro-événement (une pluie un peu forte, une coupure d’électricité) peut provoquer des drames collectifs. L’analyste retire de cette approche concrète une plus grande lucidité sur des objets d’études « qui ne sauraient être réduits à des abstractions théoriques ».

Dans ses écrits, Loup Viallet cherche à décrypter la nouvelle géopolitique africaine avec rigueur et précision.

« Revenir aux faits, aux informations sourcées et aux analyses précises pour éviter à tout prix de tomber dans les écueils des discours idéologiques et dogmatiques ».

Cela passe par la critique de concepts usés comme ceux de Françafrique ou de pré carré français.

« Ces concepts dépassés empêchent de penser l’actualité des relations franco-africaines telle quelle est. Leur remise en cause s’avère d’autant plus nécessaire dans un moment où les difficultés partagées s’intensifient en même temps que les sources de tensions ».

 

Approche rigoureuse de la gouvernance monétaire ouest-africaine

Issu avant tout d’une filière littéraire, cet ancien khâgneux multi-diplômé s’est formé par lui-même aux questions financières et monétaires.

Son éclectisme lui a permis d’aborder des sujets tels que le franc CFA ou l’extraversion des économies d’Afrique subsaharienne par un biais transversal, touchant aussi bien aux enjeux économiques que politiques ou sociaux. Cet économiste a ainsi pu développer un regard original et transdisciplinaire sur des champs souvent accaparés par des groupes d’experts peu soucieux d’ouvrir leurs disciplines à d’autres publics et à d’autres domaines que les leurs.

Son approche audacieuse n’a pour autant pas desservi la crédibilité de son propos ; son ouvrage sur le franc CFA est d’ailleurs présent dans de nombreuses bibliothèques universitaires à travers le monde.

Dans La fin du franc CFA, il adopte une position à rebours de la plupart des commentateurs panafricains, ou dans les rangs de la gauche française, qui critiquent le franc CFA comme une monnaie coloniale qui grève la croissance de l’Afrique. Il démontre à ce titre que les solutions alternatives mises en avant manquent de sérieux, ou sont inapplicables.

Au contraire, il avance que la parité fixe du franc CFA avec l’euro (précédemment le franc), et sa garantie par la France (et l’Europe), le tout adossée à une gouvernance de haut niveau, sont la garantie de la stabilité de la monnaie, même en cas de crise politique.

Loup Viallet affirme donc que le franc CFA est un avantage comparatif crucial pour les pays  composant l’Union économique et monétaire Ouest-africaine (UEMOA) et la Communauté  économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) : une clef pour le bon développement de l’Afrique. A contrario, la dissolution de la zone franc aurait comme conséquence probable la fin d’un des derniers secteurs de stabilité de la région, avec des conséquences funestes pour les continents africain et européen.

Conscient qu’une doctrine doit se propager et qu’un renouvellement du regard sur les relations franco-africaines est inévitable, Loup Viallet décide donc, à 32 ans, de franchir une nouvelle étape en lançant son propre média.

Via une approche organique située au plus près du terrain, « Les Deux Continents » aura à cœur de décrire les enjeux économiques, politiques et sociaux qui se posent aux deux rives de la Méditerranée. Dès lors, le décryptage des interdépendances favorisera du même coup la compréhension entre deux continents au bord de la rupture.

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  • Je ne voudrais pas faire de procès d’intention, mais faire confiance à un khâgneux sur les questions économiques et monétaires, on a déjà donné avec BLM !

    • Faire des procès d intentions, on a déjà donné avec les gauchos et la droite souverainiste mais des ( pseudo) libéraux s y mettent aussi…….
      Jugeons sur sa production !!!!!

      • En effet. Pour le moment, l’article ne nous explique pas en quoi l’Afrique aurait à gagner à continuer avec une monnaie hors-sol, et nous demande de faire confiance à son promoteur, justement, du fait de sa qualité de khâgneux. Pour éviter les procès d’intention, le mieux est de présenter au jugement des faits concrets.

  • Pour le CFA, l’auteur a tout à fait raison : permettre aux Etats africains d’appartenir à la zone euro est un grand cadeau. D’ailleurs une fois au pouvoir, personne ne veut y renoncer

  • Les commentaires sont fermés.

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