L’inflation n’est pas ce que les « experts » en disent

La définition de l’inflation est délibérément déformée pour faciliter l’inflation monétaire et la dépréciation de la monnaie.

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L’inflation n’est pas ce que les « experts » en disent

Publié le 18 septembre 2022
- A +

Par Manuel Tacanho.

 

L’inflation, et plus précisément l’inflation monétaire, est aussi souhaitée et nécessaire à l’État que la nourriture est nécessaire à l’alimentation humaine. Plus que la fiscalité, elle est le principal aliment qui permet à l’État de lentement mais sûrement se transformer en un appareil bureaucratique vaste et étendu qui intervient dans presque tous les aspects des affaires sociales et économiques.

Sans inflation, l’État se retrouve enfermé dans les limites de ce qu’il peut confisquer par le biais des impôts. Un gouvernement limité et non interventionniste est, comme le montre une économie saine et comme l’histoire le prouve, vital pour la liberté, la prospérité et la paix.

Étant donné que l’État est une institution intrinsèquement coercitive, détenant le pouvoir de légiférer et d’appliquer la législation, il est donc inévitable que par des ruses politiques et des mensonges économiques, le gouvernement sape un système monétaire sain en faveur d’un système monétaire fiduciaire facilitant l’inflation. C’est pourquoi le système monétaire préféré de l’État est celui basé sur une monnaie fiduciaire protégée de la concurrence par des lois sur le cours légal, par opposition à une monnaie saine fondée par la liberté monétaire.

C’est aussi pourquoi, du point de vue de l’État et de l’économie étatiste (par exemple, l’économie keynésienne), la définition de l’inflation a dûe être délibérément déformée pour faciliter l’inflation monétaire et la dépréciation de la monnaie, ce qui fournit à l’État les nutriments dont il a besoin pour croître en taille, en étendue et en portée au détriment de la vérité, de la justice et de la liberté.

 

Définition de l’inflation

La définition populaire et théorique de l’inflation est une augmentation généralisée des prix des biens et des services. Elle est couramment mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC). Cette définition n’est pas fausse en soi, mais elle est inexacte et grossièrement trompeuse, et ce de manière délibérée.

La définition originale et exacte de l’inflation est l’augmentation artificielle de l’offre de monnaie (et de crédit). Par artificielle, on entend que l’expansion de l’offre de monnaie n’est pas déterminée par le marché, mais plutôt par une agence qui supervise le système monétaire centralisé et monopolisé, généralement une banque centrale.

Dans le système économique étatiste d’aujourd’hui, basé sur l’inflation et la monnaie fiduciaire, qui existe depuis 1971, date à laquelle le dernier lien entre le dollar et l’or a été coupé, il est donc commode et nécessaire pour l’État de promouvoir une définition déformée et trompeuse de l’inflation.

Cette distorsion n’est pas une coïncidence. Elle est intentionnelle. Étant donné les 48 commentaires intrinsèquement inflationnistes et complètement immoraux sous lesquels nous, l’humanité, vivons depuis cinquante ans maintenant.

 

Distorsion délibérée

L’inflation a été délibérément faussée pour deux raisons principales.

Premièrement, le gouvernement et son agence monétaire – la banque centrale – se protègent de toute responsabilité future pour la hausse continue des prix et la perte de pouvoir d’achat de la monnaie qui se produit inévitablement à la suite de l’inflation monétaire. Cela permet au gouvernement et à ses médias aux ordres de détourner la responsabilité vers autre chose, les suspects habituels, ou les boucs émissaires, que ça soient les « hommes d’affaires cupides » ou les « grandes entreprises« .

Deuxièmement, lorsque l’inflation frappe trop fort et appauvrit le plus grand nombre (parmi de nombreuses autres conséquences néfastes pour la société), les responsables des gouvernements et des banques centrales ne veulent pas admettre qu’ils sont à l’origine de la crise de l’inflation. Par exemple, ce rapport affirme que la plupart des Américains pensent que « l’avidité, les profits et les prix abusifs des entreprises » sont à l’origine de la crise de l’inflation actuelle en Amérique, où l’inflation a atteint un niveau record en 40 ans.

Ce qui est encore plus troublant, c’est que ce même rapport révèle que la majorité des personnes interrogées pensent également que le gouvernement devrait intervenir pour résoudre le problème. En d’autres termes, le public veut que le responsable du problème le résolve. C’est tragique.

Telle est l’ampleur de la désinformation et de l’ignorance économiques auxquelles nous sommes confrontés. Peut-être que si le public savait que depuis la création de la banque centrale américaine actuelle en 1913, le dollar a perdu plus de 95 % de son pouvoir d’achat par rapport à l’or, il ne mettrait pas la crise de l’inflation sur le compte de la « cupidité des entreprises ».

L’agence monétaire de l’État et le système actuel de monnaie fiduciaire sont la cause de la situation monétaire actuelle, de plus en plus inflationniste et chaotique. Ce n’est pas la cupidité des entreprises, les spéculateurs, le capitalisme de marché libre, Vladimir Poutine ou la météo.

Lorsque vous avez un système de monnaie fiduciaire, ce qui signifie que les banques centrales peuvent facilement, artificiellement et systématiquement augmenter la masse monétaire, presque comme un tour de magie, l’inflation (légère ou sévère) devient la norme. Et ce processus inflationniste détruit progressivement le pouvoir d’achat de la monnaie, entraînant une hausse des prix.

L’économiste Hans F. Sennholz a écrit :

Ce n’est pas l’argent, comme on le dit parfois, mais la dépréciation de l’argent – la destruction cruelle et rusée de l’argent – qui est à l’origine de nombreux maux. Car elle détruit l’épargne individuelle et l’autonomie en érodant progressivement les économies personnelles. Elle profite aux débiteurs au détriment des créanciers, car elle transfère silencieusement la richesse et les revenus des seconds vers les premiers. Elle génère les cycles économiques, les mouvements d’expansion et de ralentissement des entreprises qui infligent des dommages incalculables à des millions de personnes.

Le professeur Sennholz a ajouté :

La destruction monétaire engendre non seulement la pauvreté et le chaos, mais aussi la tyrannie étatique. Peu de politiques sont plus calculées pour détruire la base existante d’une société libre que la débauche de sa monnaie. Et peu d’outils, s’il en est, sont plus importants pour le champion de la liberté qu’un système monétaire sain.

 

Conclusion

Une hausse généralisée des prix des biens et services est une conséquence de l’inflation, et non l’inflation elle-même. C’est ainsi qu’elle était définie classiquement (économie prékeynésienne).

Il est logique d’utiliser les termes d’inflation monétaire pour spécifier l’augmentation artificielle de la masse monétaire, d’une part, et d’utiliser l’inflation des prix pour désigner une hausse généralisée des prix des biens et services, d’autre part.

Quoi qu’il en soit, l’inflation fausse lentement, furtivement mais sûrement l’économie, vole le pouvoir d’achat des ménages et appauvrit la société tout en profitant aux élites dirigeantes. En tant que telle, la définition de l’inflation a été délibérément déformée pour tromper le public, voler secrètement sa richesse (c’est-à-dire son pouvoir d’achat) et servir les intérêts de l’État.

L’histoire (et le bon sens en fait) montre clairement que les systèmes de monnaie fiduciaire sont des arrangements non durables qui échouent toujours et inévitablement. En tant que tel, je doute que le système mondial de monnaie fiduciaire actuel, dirigé par le dollar américain, défie les lois économiques naturelles pour résister à l’épreuve du temps.

La bonne nouvelle, c’est que lorsque le standard mondial du dollar fiduciaire s’effondrera (par (hyper)inflation ou par une hausse des taux d’intérêt ? Peut-être une combinaison des deux ?), les erreurs économiques profondément ancrées et les idées fausses qui ont émergé autour de lui au cours des dernières décennies s’effondreront très probablement avec lui.

Traduction Contrepoints.

Article publié initialement le 20 avril 2022

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  • Ce genre d’article sur l’inflation me fait penser au discours sur une vie saine par une alimentation saine. Bien sûr c’est mieux de manger sain mais ce n’est pas suffisant et surtout depuis le temps qu’on le martèle, combien ne se laisse pas un peu aller voire flanche après trop de frustrations. Notre constitution naturelle étant ce qu’elle est, on fera se succéder des périodes de laisser-allers et des périodes de reprise en main. Ainsi va la vie ! Il ne faut pas confondre ses souhaits (idéal) et ce qu’il est possible et raisonnable de faire.

    -3
    • L’article est très juste, il dénonce un crime soigneusement caché et totalement délibéré qui vise à voler toute la population au profit de quelques dirigeants qui consomment tout ce que les autres produisent.
      La monnaie saine plutôt que manipulée, ce n’est pas un voeu iconoclaste du style « mange 5 fruits et légumes et évite le cancer », c’est plutôt « pour ou contre un inconnu qui rentre chez toi sans ton accord et par surprise, se sert dans ton frigo, prend tes affaires, laisse de grosses traces de bottes et part avec ta femme pour finir ? »

      10
      • Je ne suis pas insensible à l’idée de monnaie saine, cependant ce n’était pas l’objet de mon message. La monnaie saine n’a jamais existé durablement et cela depuis des siècles. C’est toujours la faute à quelqu’un, quelque chose etc évidemment comme mal ou trop manger (pour rester dans cette analogie), moi je le résume à la nature humaine. On peut crier au loup ou essayer de comprendre !

        -2
        • Justement, si vous vous renseignez sur l’histoire de la monnaie, vous voyez qu’effectivement tous les gouvernements de tout temps ont toujours cherché à la pervertir (à de très rares exceptions qui m’échappent), cette technique portant même le nom de « seigneuriage ».
          Cela dit durant des siècles la valeur perçue de la monnaie par les acteurs économiques était la valeur marchande du poids du métal précieux utilisé pour frapper la pièce. Autrement dit votre monnaie valait en pratique ce que valait le morceau d’or ou d’argent dans votre bourse, que vous échangiez du coup contre des biens ou services de valeur équivalente à votre guise.
          Le trafic de pièces de faux métal ou rognées (poids inférieur à la valeur faciale) était certes courant et logique, mais concrètement en possédant de la monnaie vous possédiez la richesse correspondante sans dépendre d’un politicien ou d’un ordinateur.
          Au XIXème siècle, le système n’était pas forcément parfait, mais une longue période de croissance économique accompagnée d’une déflation régulière et d’une hausse rapide du niveau de vie avant la création des banques centrales montre assez bien l’intérêt du concept de monnaie saine et sa possibilité concrète d’existence.

          • On peut centrer son analyse sur la monnaie et y voir alors un rôle sur-représenté, or la réalité est bien plus nuancée. Il y a bien d’autres facteurs impliqués dans la hausse du niveau de vie du XIXe siècle. J’ai même tendance à penser que la monnaie suit le mouvement général plutôt que de l’impulser. Il ne s’agit pas de négliger son impact (parfois fortement aggravant dans certaines situations dejà critiques) mais de là à annoncer une catastrophe parce que la théorie le dit bof !

            -1
  • La solution au problème est simple : les états ne devraient pas avoir le droit d’émettre des emprunts finissant par arriver au bilan des banques (on pourrait aussi interdire aux banques d’en acquérir). La création monétaire par les banques devrait être réservée à l’ouverture de crédits à des entreprises ayant un projet porteur de bénéfices futurs (en d’autres termes une contrepartie crédible). Dans les rares cas où l’état a besoin de financer des infrastructures publiques ou de répondre à une accélération ponctuelle de dépenses (ex remise à niveau des forces de défense), il ne devait emprunter qu’à des particuliers qui puiseraient dans une véritable épargne et non dans de la monnaie créée ex nihilo sans contrepartie.
    Et même pour les grandes infrastructures, il faut choisir la délégation au secteur marchand (ex les autoroutes) chaque fois que c’est possible. Cela réduit d’autant le besoin de l’état d’emprunter en son nom.

    • Les Etats ne devraient pas emprunter du tout, parce qu’ils n’ont pas de ressources propres (ils les garantissent implicitement avec les biens des contribuables qui ne leur appartiennent pas) et ne créent pas directement de richesses qui justifieraient le paiement d’intérêts (l’investissement est toujours un prétexte pour faire un cadeau électoral ou remercier des copains).
      Si l’Etat s’endette, cela devrait impliquer la caution du dirigeant qui engage ce prêt, qui devrait y aller de sa poche en cas de manque de revenus pour les intérêts ou le principal.
      C’est beaucoup trop facile actuellement. Imaginez si un privé pouvait s’endetter sur ce principe : pour acheter ma nouvelle maison je vous propose de me confier la somme contre un intérêt annuel et la restitution de la somme à la fin du délai imparti, par contre je ne paie ni les intérêts ni le principal de ma poche, je désigne un voisin au choix pour le faire et je le force à payer sous la menace d’un policier (qu’il paie aussi sans rien y avoir demandé). Je suis certain qu’on aurait une envolée spectaculaire du marché immobilier, l’argent des autres est toujours plus facile à dépenser.

      • Certes, mais pragmatiquement, les Etats disposent comme ils l’entendent d’une partie au moins des biens des contribuables, donc pourquoi se priveraient-ils ? De plus, un roi ou un dictateur peut se voir réclamer des comptes avant sa fin, mais dans un contexte démocratique, c’est « après moi, dans moins de 5 ans, le déluge » qui prévaut.

  • L’inflation monétaire actuelle est essentiellement dans les actifs (bourse, immobilier, …) puisque l’argent créé n’a pas circulé mais est aller se parquer dans les capitaux.
    L’infltation actuelle des prix n’est pas une inflation monétaire mais une inflation de baisse de l’offre elle-même causée par des décisions gouvernementales comme la lutte climatique, les sanctions contre les états insoumis, ….

  • « Et l etalon or devint etalon air « bien sur sans arriere pensee ! On passe d une Garantie d Assuse Finie a la Planche a Billets par celui qui la tient !’tiens tiens et qui la tient?
    Pas Nous ! Si on taxe les Super profit duCovid On taxera la Super Epargne constituée dans le même temps !
    Là , les Nez vont s allonger !!

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