Désintermédiation : pourquoi les médias s’attaquent à Apple

Le procès intenté aujourd’hui contre Apple par les éditeurs français s’inscrit en opportunité dans un mouvement plus global de contestation de l’hégémonie des plateformes.

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Désintermédiation : pourquoi les médias s’attaquent à Apple

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 4 août 2022
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Pour contrer la disparition des lecteurs de journaux, les médias postent depuis longtemps leurs articles sur leur site internet et développent des applications pour les smartphones. C’est ce dernier phénomène qui est au cœur d’une nouvelle bataille économique et juridique entre Apple et les éditeurs français.

 

La concurrence des contenus gratuits et « One-Shot »

Canal de désintermédiation, Internet est accusé depuis longtemps de détruire de la valeur pour les médias.

Ces derniers sont contraints de repenser leurs modèles. Le numérique modifie en effet la manière dont nous nous informons mais aussi notre façon de consommer, d’échanger, de nous divertir ou de penser. On voit apparaître une culture du « Bref ». On ne lit plus un journal mais un article. Les formats courts prospèrent dans les médias comme dans les séries ou la musique où l’album s’écroule au profit d’une diffusion par titre.

Si sur Internet la gratuité est plébiscitée, ce n’est plus l’information qui est rare mais notre attention et c’est cette dernière qui est devenue monnayable.

 

Le nouvel écosystème des plateformes

Le phénomène est connu. Internet met en compétition les organisations traditionnelles avec des réseaux beaucoup plus agiles. Il bouleverse leurs modèles économiques et remplace de nombreuses structures physiques.

On parle alors de ré-Intermédiation. Alors que les médias traditionnels et notamment les journaux étaient jadis au cœur de l’écosystème ils sont désormais marginalisés et doivent inventer de nouveaux modèles pour soutenir la création de contenus. Les éditeurs ont ainsi perdu le contrôle sur la façon dont les news sont créées et distribuées au profit de plateformes comme Apple et son Apple Store ou de Google avec son Play Store.

 

Les médias français s’infiltrent dans une brèche

Or, depuis plusieurs années, le modèle économique des boutiques d’applications sur nos mobiles est contesté.

Pour Apple, et pour toutes les entreprises qui proposent une plateforme de ce type, l’opération est particulièrement rentable puisque le système génère des revenus qui peuvent devenir très importants avec un coût marginal proche de zéro. En effet, les revenus générés par l’App Store sont essentiellement liés au prix des applications dont Apple perçoit 30 % du prix de vente. Au-delà du développement initial de son store, Apple vend désormais l’attention des millions d’utilisateurs de son écosystème dont elle a d’une certaine manière le monopole. De leurs côtés, les développeurs contestent le système de prélèvements qui est selon eux trop élevés, mais ils n’ont pas d’autres solutions s’ils souhaitent commercialiser leurs applications.

 

L’avenir de la presse de qualité n’est pas assurée

Le procès intenté aujourd’hui contre Apple par les éditeurs français s’inscrit en opportunité dans un mouvement plus global de contestation de l’hégémonie des plateformes.

Les éditeurs de presse espèrent obtenir un dédommagement comparable à ce que Apple a pu accepter d’allouer aux éditeurs d’applications aux États-Unis. La plainte vise d’abord à récupérer de l’argent frais mais elle ne répond pas à la question centrale que nos démocraties doivent se poser à plus long terme.

Comment assurer l’avenir de la presse alors que les internautes sont dans tous les cas de moins en moins enclins à s’abonner à un titre, ou comment assurer à l’avenir le financement d’un journalisme de qualité ?

Voir les commentaires (10)

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Créer un compte Tous les commentaires (10)
  • Ne prenons pas le problème à l’envers : il faudrait d’abord montrer que si le journalisme était de qualité, il ne parviendrait pas à se financer.

    • En effet.
      Le pire c’est que la presse traditionnelle bénéficie déjà d’énormes avantages par rapport à la concurrence, sur des critères obscurs.

  • Mon travail, que j’estime être de très haute qualité (bien plus haute que celui de la presse traditionnelle), n’est pas totalement assuré non plus. Notamment je trouve que Apple se fait de l’argent sur mon dos… selon ma propre mesure j’estime que je devrais toucher des revenus de 1 million d’euros par mois. Apple me doit donc cet argent, c’est mécanique et ça a l’avantage d’être simple.

  • Les éditeurs ont totalement raison, ces plates formes ne paient jamais les droits d’auteurs

    • @iris
      Bonjour,
      Peut-être devriez-vous vous demander dans quels pays il y a des droits d’auteur ?

      • Peut-être était-ce de l’ironie…?
        *sinon, ok pour lui rentrer dans le lard 😉

      • De toute façon, les droits d’auteur ne sont pas un mécanisme adapté à la récompense des bons auteurs. Notamment parce qu’avec, on achète « chat en poche ». Mais aussi à cause de leur durée d’extinction, et parce que l’auteur n’est pas libre, en pratique, de les fixer ou de les abandonner.

  • Le problème avec l’Iphone n’a rien à voir avec le journalisme, mais avec le « jailbreak ». Apple interdit que des applications non signées par lui s’exécutent sur des téléphones Apple, même si le propriétaire de l’appareil y consent. Apple a même intenté un procès aux logiciels permettant le jailbreak, qu’il a perdu.
    Nous sommes là face à une pratique très limite, où le propriétaire de l’appareil n’est pas le propriétaire des données sur son appareil (il ne peut installer des applications lui même par exemple).
    Si ces pratiques anti concurrentielles étaient interdites, d’autres plateformes pourraient voir le jour (c’est le cas pour Android).

    • Certes. Mais là il s’agit au contraire de reconnaître que Apple a raison d’avoir des pratiques anticoncurrentielles, mais juste qu’il faut en faire profiter les potes.
      En gros l’idée c’est de donner des licences d’arraisonnement à des pirates.

  • Avatar
    jacques lemiere
    4 août 2022 at 18 h 55 min

    presse de qualité?
    de quelle qualité? lu par des lecteurs de qualité?

    le pluralisme et la liberté…

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