Nancy Pelosi à Taïwan : l’appel à la clarté stratégique américaine

La tension monte entre les États-Unis et la Chine, et la guerre en Ukraine est scrutée partout dans le monde. Face à l’appétit expansionniste de Pékin, si Washington baisse la garde, c’est encore la démocratie qui risque de reculer.

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Congressman Nancy Pelosi By: Global Climate Action Summit 2018 - CC BY 2.0

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Nancy Pelosi à Taïwan : l’appel à la clarté stratégique américaine

Publié le 3 août 2022
- A +

L’escale à Taïwan de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants américaine, risque de relancer les tensions entre Washington et Pékin. La rivalité sino-américaine est à son comble, et se traduit partout dans le monde, avec l’Ukraine, comme point focal.

Sur le grand échiquier stratégique visant à conserver leur position dominante dans le monde, les États-Unis doivent rassurer leurs alliés en sortant de l’ambiguité face à leurs concurrents russe et chinois.

 

Un signal fort au camp atlantiste à Taiwan

En éliminant le numéro un d’Al-Qaïda à Kaboul par drone, Joe Biden a envoyé un signal fort à Taïwan qui doute face à l’impérialisme de Pékin. Même si les USA se sont désengagés d’Afghanistan occasionnant le retour des talibans, cela ne les empêche pas d’intervenir et de protéger leurs intérêts à distance. En Asie, c’est la résolution de Washington à défendre une démocratie trop lointaine qui, depuis la normalisation collectiviste de Hong Kong, est de plus en plus sujet à controverse.

Selon un sondage conduit par le think tank taïwanais Public Opinion Foundation, 53,8 % des personnes interrogées de plus de 20 ans ne croient pas à une intervention américaine pour défendre Taïwan, contre 28,5 % en octobre dernier. Face à une Chine décidée à reprendre Taïwan quoi qu’il en coûte, Washington a toujours joué l’ambiguïté stratégique, au grand désespoir de ses alliés dans la région.

En février dernier, l’ancien Premier ministre japonais récemment décédé Shinzo Abe déclarait que les États-Unis devaient clairement affirmer qu’elles interviendraient en cas d’agression chinoise :

« Les États-Unis adoptent une stratégie d’ambiguïté, ce qui signifie qu’ils peuvent ou non intervenir militairement si Taïwan est attaquée. »

Pour M. Abe :

« En montrant qu’elle peut intervenir, elle tient la Chine en échec, mais en laissant la possibilité de ne pas intervenir, elle s’assure que les forces indépendantistes [taïwanaises] ne deviennent pas incontrôlables. »

L’administration Trump avait déjà fait un premier pas vers davantage de clarté stratégique dans la région en publiant en 2020 les « six assurances » données à Taïwan en 1982 selon lesquelles, entre autres, le statut de Taïwan resterait indéterminé. En rendant publiques ces résolutions jusqu’alors officieuses, l’Amérique du Nord a donné des gages à ses alliés, et l’administration Biden n’a fait que lui emboiter le pas sur le sujet1.

Jusqu’à présent, Washington n’avait cependant pas intérêt à faire plus : soutenir officiellement Taïwan reviendrait à déclarer la guerre ouverte à la Chine, qui voit dans l’île un véritable porte-avions terrestre empêchant de déployer sa puissance maritime au-delà de sa puissance continentale2.

 

L’Ukraine rebat les cartes

Seulement la guerre en Ukraine est en train de rebattre les cartes du grand jeu sino-américain.

Pour Pékin, le conflit pourrait accroître considérablement les dépenses militaires et l’engagement des alliés américains en Europe, tout en pesant sur leur économie via l’inflation et l’envolée des prix de l’énergie. En conséquence, la solidarité atlantique risque de faiblir, ce que Washington tenterait de compenser en adoptant une attitude plus agressive en défense de Taïwan.

Pour Bonny Lin et Jude Blanchette de Foreign Affairs, la Chine veut se poser en acteur de stabilité face à un bloc atlantiste belliqueux et volatile :

« [La Chine] estime que Washington et Taipei attisent intentionnellement les tensions dans la région en établissant un lien direct entre l’agression contre l’Ukraine et la sûreté et la sécurité de Taïwan. Et elle craint que le soutien international croissant dont bénéficie Taïwan ne perturbe ses projets de « réunification » ».

La tension monte entre les États-Unis et la Chine, et la guerre en Ukraine est scrutée partout dans le monde. Face à l’appétit expansionniste de Pékin, si Washington baisse la garde, c’est encore la démocratie qui risque de reculer. Comment éviter l’échec et mat ?

  1. Jean-Pierre Cabestan, La politique internationale de la Chine, Les presses de SciencesPo, 2022.
  2. Robert D. Kaplan, La revanche de la géographie. Ce que les cartes nous disent des conflits à venir, éditions du Toucan, 2014.
Voir les commentaires (18)

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  • Avatar
    jacques lemiere
    3 août 2022 at 7 h 48 min

    bah..ça ne dépend pas que des usa..

    en gros…comme faire pour que les usa dominent militairement et économiquement le monde.. et fassent peur aux dirigeants chinois..et les dissuadent d’utiliser la carte nationaliste pour conserver le pouvoir…

  • Bonjour,
    “ La normalisation collectiviste de Hong Kong” Vous fumez du crack pour écrire des trucs pareils ?
    Une reprise en mains sur les aspects politiques avec un coup de canif sérieux sur la liberté d’expression pour ce qui touche a la Chine , c’est un fait indéniable, par contre le machin collectiviste…….

    • Une reprise en main sur les aspects politiques ne serait donc pas un vice inhérent du collectivisme ( pas forcément de gauche mais autoritaire par essence ) ?

      • Bonjour Monsieur,

        Point très intéressant, L’auteur présente “ le collectivisme “ comme un changement impulse par la Chine.
        Toutes les organisations sociales en Asie sont collectivistes par essence lie au Bouddhisme, Taoïsme et autre philosophie dérivé de Confucius qui met le groupe devant l’individu.
        Taiwan et le Japon sont aussi dans cette psychologie sociale.

        Peut-être aurait-il été plus judicieux de parler d’une forme de collectivisme politique qui effectivement est inhérente à toutes les formes de dictatures mais dans ce cas il n’y pas que peu de changements entre le Hong Kong British colonie and et le Hong Kong Chinois dans les aspects politiques pour la vie de tous les jours des résidents de ce territoire.

        Cette critique est recevable, mais La France , sous couvert de démocratie , ne souffrirait -elle pas des même maux

  • Franchement, l’appétit expansionniste de Washington est au moins aussi inquiétant que celui d’autres capitales.

    • L’expansionnisme (impérialisme?) est une pulsion naturelle propre à tous les vertébrés, ce qui est vraiment inquiétant est l’incapacité ou le refus (collabo) d’y résister.

      • En tant que vertébré doté de raison, j’aime à croire que je contrôle certaines de mes pulsions. Étant le sujet de l’expérience et l’expérience et étant peu versé dans ces sciences je veux bien admettre que je me gourre.

  • Quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir sur le problème de Taïwan (qui est un problème qu’on le veuille ou non) ce voyage de cette politicienne est une provocation qui n’apporte rien à la résolution de ce problème.
    Elle ne fait qu’accentuer les tensions qui sont déjà au maximum avec l’affaire ukrainienne.
    On parle d’expansionnisme chinois, mais que dire de l’impérialisme américain qui, avec OTAN, interventions militaires et sanctions économiques, s’attaque à la terre entière ?

  • Taiwan, c’est le Cuba Chinois. Les Etats Unis verraient d’un mauvais œil des visites incessantes de dirigeants Chinois ainsi que d’éventuels porte avions dans la petite voisine ( voir Kennedy 1962 crise des missiles).

    • La « crise des missiles » comme son nom l’indique se réfère non pas à des visites de dirigeants mais à l’installation de missiles soviétiques pointés sur les USA.

      • Et des missiles américain déployés en Turquie vers l union soviétique.
        Après le désastre de la baie des cochons Kennedy déploie ses missiles en novembre 1961 en Turquie et en Italie des missiles Jupiter.
        Réponse de Khrouchtchev en mai 1962 des missiles SS.4 et ss.5.

    • « Taiwan, c’est le Cuba Chinois.  » Euh… aux dernières nouvelles, les USA ne revendiquent pas Cuba comme faisant partie de leur territoire!

  • Avatar
    The Real Franky Bee
    3 août 2022 at 10 h 13 min

    J’ai dû louper le moment où les États-Unis avaient reçu un mandat de gendarme à l’échelle de la planète. À part créer les conditions d’un nouveau monde bipolaire, voire d’un conflit généralisé, je ne vois pas bien en quoi leurs actions font avancer la paix et la stabilité dans le monde. Par ailleurs, soulignons que les pays qui fonctionnent le mieux d’un point de vue économique, sociétal, ou démocratique, sont aussi ceux qui donnent le moins de leçon au reste du monde. Bien évidemment, cela exclut des républiques inefficientes comme les États-Unis ou la France.

  • Troll on
    Taïwan est aux États Unis ce que le Donbass est à la Russie.
    Troll off

  •  » l’appétit expansionniste de Pékin »
    « visant à conserver leur position dominante dans le monde, les États-Unis… »
    Très belle performance que de rassembler ces deux phrases dans le même texte…

  • Les USA se soucient beaucoup moins de liberté, démocratie et droits de l’ homme quand ils achètent le pétrole de l’ Arabie Saoudite………

  • Pour une petite note d’humour, la photo officielle de la visite the Pelosi et de la rencontre avec la présidente de Taiwan at été dans le salon officielle sous le portrait de Sun Yat Sen , père de la république Chinoise de 1911 a 1949 et leader de la Xinhai révolution qui a mis fin à la dynastie des Qing.

    Les symboles valent bien plus que des mots

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