L’officialisation des langues locales : un mécanisme inutile

L’avenir d’une langue locale dépend d’une multitude de critères démographiques, politiques et sociologiques, parmi lesquels l’officialisation ne joue pas un rôle déterminant tout en déclenchant de nouveaux problèmes et de nouveaux coûts.

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L’officialisation des langues locales : un mécanisme inutile

Publié le 6 septembre 2021
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Par Yves Montenay.

Les langues locales viennent de faire l’objet d’un vif débat en France qui n’est que le rebondissement d’une discussion séculaire. Si notre Constitution a précisé que « la langue de la république est le français », en 2021 a été votée la loi Molac relative à la protection patrimoniale des langues régionales. Mais cette loi a été ensuite partiellement censurée par le Conseil constitutionnel qui a condamné l’enseignement en immersion pour des raisons d’unité nationale.

Il s’agit de la face française d’un débat mondial. L’objet de cet article est de rappeler les principales données pratiques de cette question.

Je vais procéder à l’américaine c’est-à-dire commencer par un exemple concret qui aidera la compréhension des réflexions générales que je ferai dans un deuxième temps. Cet exemple est celui d’une langue régionale française : l’occitan.

Une langue régionale française : l’occitan

Données de base sur l’occitan

L’occitan est la principale langue régionale de France, du moins par la superficie concernée.

C’est une langue dérivée du latin, comme le français ou l’espagnol, ses voisins du Nord et du Sud. Elle est, ou était parlée, de Bordeaux aux Alpes (où elle mord un peu sur l’Italie), et du Massif central aux Pyrénées (où elle mord un peu sur l’Espagne). J’ai choisi la carte la plus simple, d’autres cartes subdivisant encore plus l’occitan en dialectes locaux :

Attention ! Il ne s’agit pas de territoires occitanophones, mais de territoires où on en trouve au mieux des petits groupes. Et qui dit locuteur ne dit pas forcément pratiquant car il faut trouver un interlocuteurOr c’est de plus en plus rarement le cas en famille, et encore moins avec à une personne en activité, donc trop jeune pour la parler encore.

L’enquête INSEE de 2011 évoque 600 000 locuteurs (donc pas forcément pratiquants) sur au moins 20 millions d’habitants, selon l’endroit où l’on place à frontière de la langue, soit 3 % de la population locale.

Les textes spécialisés évoquent l’absence d’enquêtes sociolinguistiques pouvant préciser ce nombre.

Du fait de l’âge des intéressés en 2011, la proportion est encore plus faible aujourd’hui même si , toujours en 2011, 61 000 élèves apprenaient plus ou moins d’occitan à l’école.

Mais quel occitan ?

S’agissant de la langue effectivement pratiquée, les variations sont considérables entre le gascon à l’ouest et les vallées italiennes à l’est. Et parmi ces variantes de l’occitan, il y a le provençal, qui, pour certains, est une langue à part entière.

La première idée qui vient à l’esprit est de vérifier s’il y a intercompréhension, c’est-à-dire si un villageois gascon peut échanger avec son homologue des Alpes italiennes. Malheureusement, il n’y a pas témoignages sur ce sujet, car l’occitan n’est effectivement parlé qu’entre seniors voisins.

Cela nous mène à l’occitan « officiel », celui qui est enseigné dans les écoles et qui a donné lieu à des manuels, et donc à une standardisation.

La question devient alors : les élèves formés à l’occitan dans ces écoles sont-ils compris par leurs grands-parents ? Oui bien sûr disent les partisans de l’apprentissage scolaire de cette langue.

Sans avoir fait d’études sur ce sujet (y en a-t-il d’ailleurs ?), quelques témoignages recueillis m’ont montré que ce n’était pas évident. Mais ce n’est pas un échantillon scientifique et j’en ignore la représentativité. En tout cas, pour le breton, pour lequel j’ai davantage de témoignages, les réactions sont très mitigées.

Bref, la scolarisation a davantage pour résultat de sauver la langue que de l’utiliser en famille, même dans celles qui, exceptionnellement, ont un senior qui l’utilise encore.

Faut-il « sauver » l’occitan et comment ?

Il y a d’abord l’aspect historique et scientifique : de même que nous avons sauvé le latin et le grec ancien, ou que les Indiens ont sauvé le sanscrit, il y a le respect pour toutes les formes culturelles, ce qui implique une attitude ouverte et des mesures d’archivage. J’ai notamment vu passer des informations sur un archivage sonore des langues de France ayant pour objectif d’en faire un atlas. Je pense que ce point recueille l’accord général.

Il y a ensuite l’accueil et la considération des locuteurs actuels. À mon avis, c’est du ressort des autorités locales, car la proportion de personnes concernées est très variable d’un endroit à l’autre et peut par exemple être notable dans tel village. C’est au maire de décider s’il veut par exemple tel affichage bilingue, appuyer telle école ou association etc.

Il y a également la question de l’enseignement bilingue ou par immersion.

C’est évidemment une manière efficace d’apprendre la langue, en ne perdant pas de vue que ce sera la langue standard et non la langue parlée. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?

Les uns disent qu’il vaudrait mieux utiliser les heures de cours d’occitan au bénéfice d’une meilleure maîtrise du français, des mathématiques etc.

D’autres soutiennent qu’un apprentissage bilingue est excellent pour le cerveau, ce qui est probable, mais également valable pour le latin, l’anglais ou l’espagnol.

De toute façon, à mon avis, cela relève plus du domaine de la liberté individuelle ou d’association que de celui d’une législation nationale, via une officialisation partielle ou totale.

En effet, l’officialisation pose des problèmes de coût et de complexitédont nous parlerons plus bas.

Cette demande d’officialisation est néanmoins soulevée assez vigoureusement en Corse et moins nettement pour le breton, l’occitan, l’alsacien, le basque…

Vous remarquerez que je n’ai pas soulevé l’objection jacobine : « la république étant une et indivisible, toute différenciation, linguistique en l’occurrence, est une menace pour l’unité nationale ».

Cette objection en effet ne me paraît pas valable dans le cas de l’occitan : quelques centaines de milliers de seniors n’ont ni l’envie ni les moyens de se lancer dans une action séparatiste.

Bref, il est bien tard pour sauver l’occitan, au-delà d’un simple archivage et de sa maîtrise par quelques militants ou érudits.

Nous passons maintenant à l’analyse mondiale de cette question, où l’on retrouve les mêmes questions pratiques que pour l’occitan en France.

Dans le monde, des langues de plus en plus revendiquées, mais en recul

Cette question des langues dominées se pose dans le monde entier, où la plupart des langues sont en voie d’affaiblissement ou de disparition. Le nombre de langues dans le monde est mal connu, il varie de 3000 à 7000 suivant les documents (ce dernier chiffre comprend des langues n’ayant plus qu’un seul locuteur) dont 90 % seraient menacées. Cela malgré un mouvement général de sens inverse pour leur réhabilitation.

Ainsi la nouvelle présidente de l’assemblée constituante du Chili a pris la parole en mapuche, langue « indigène » antérieure à l’arrivée de langue espagnole, tandis que les langues principales de l’empire inca sont devenues officielles au Pérou.

Une langue peut d’ailleurs être dominante ici (le français par rapport à l’occitan) et dominée ailleurs, comme le français en Amérique du Nord hors Québec, et même dans une certaine mesure à Montréal.

Elle peut aussi disparaître tout en restant respectée, comme le latin naguère, ou le français en Amérique latine et dans certains milieux nord-américains. Le souci est alors culturel et non utilitaire : l’objectif premier n’est pas de faire du tourisme à Paris, où d’ailleurs le français n’est plus indispensable, mais de se cultiver.

Langues locales ou minoritaires ?

Le cas du français mène à distinguer les langues locales des langues localement minoritaires.

Si dans beaucoup d’endroits d’Amérique du Nord le français langue maternelle ou langue seconde est une langue minoritaire et menacée, il bénéficie néanmoins de l’énorme appui de son corpus : sa littérature, sa bibliothèque scientifique, universitaire, scolaire, ses médias…

En France, cela amène à distinguer par exemple le basque et le catalan de l’occitan. Les premiers ont certes moins de locuteurs, mais bénéficient du corpus du basque et du catalan qui sont des langues officielles en Espagne ayant des millions de locuteurs. À l’inverse, l’occitan, simple langue locale, ne peut s’appuyer que sur ses propres forces.

Le cas de l’alsacien, ou plutôt des alsaciens, est intermédiaire : s’il n’y avait pas eu les mauvais coups de l’histoire, il pourrait s’appuyer sur le corpus de l’allemand. J’avoue ignorer dans quelle mesure le breton est soutenu par un corpus irlandais, gallois ou écossais, langues celtiques voisines et soutenues par leurs administrations.

Vous remarquerez que j’évoque uniquement l’existence d’un corpus ou d’infrastructures d’appui, et non pas d’incitation au séparatisme, par exemple du Roussillon qui voudrait rejoindre la Catalogne ou du Pays basque qui voudrait rejoindre l’Espagne. Je pense en effet que ces questions, qui sont soulevées par certains, ne se posent pas en pratique.

L’officialisation : compliquée mais pas forcément efficace

Le premier réflexe pour qu’une langue soit « sauvée » est de réclamer son officialisation. Mais ce n’est à mon avis qu’un élément parmi d’autres, et l’essentiel est ailleurs. Je vous renvoie pour cela à mon article sur la langue corse .

Voici quelques exemples de langues minoritaires officialisées :

  • les langues celtes (gauloises) : en république d’Irlande, le gaélique est une langue officielle en principe à égalité avec l’anglais. En pratique si elle est effectivement enseignée dans le primaire et dans le secondaire, elle est quasiment abandonnée, sauf dans quelques gaëltacht regroupant quelques villages, où elle est la langue unique d’enseignement et de signalisation (je connais celle du comté de Galway, arpentée par un général de Gaulle y méditant après sa démission).

Je connais mal la situation de l’extrême nord gaëlophone de l’Écosse, mais bien noté que le gallois officialisé au pays de Galles est encore largement parlé dans certaines des régions de ce « pays ».

  • les langues berbères : ce sont les langues parlées par les premiers occupants du Maghreb avant les invasions arabes et qui sont toujours largement présentes dans certaines régions dont la plus connue est la Kabylie.

Ces langues ont longtemps été ostracisées : « tout berbérophone est un séparatiste » a-t-on longtemps entendu en Algérie, tandis qu’au Maroc arabophones et berbérophones s’opposent toujours aujourd’hui sur le « Dahir berbère » de l’administration coloniale française. Pour les premiers il s’agissait de diviser pour régner (ce qui n’est pas faux), pour les seconds c’était un acte positif de défense de la culture berbère.

J’en profite pour signaler le sauvetage de la culture kabyle, et de certaines cultures berbères marocaines par les « pères blancs » qui, à défaut de convertir les musulmans locaux ont transcrit, archivé et dans une certaine mesure sauvé les langues et cultures berbères.

Ces langues sont maintenant officielles en Algérie et au Maroc, mais il me semble que ça n’a changé grand-chose, malgré la proclamation de leur présence dans l’enseignement et l’ouverture de quelques chaires universitaires.

Il ne suffit en effet pas d’une déclaration gouvernementale pour créer et former les instituteurs dans une nouvelle langue et les nommer au bon endroit…

De plus, cette officialisation a caché un coup de Jarnac avec l’introduction d’un troisième alphabet : le tifinagh aux côtés des alphabets arabe et latin. Voir la fin de mon article sur la Kabylie.

  • le français hors Québec au Canada : au Canada, le français et l’anglais sont officiels, en principe à égalité. Mais il faut voir de plus près ce que ça signifie : seules les administrations fédérales sont concernées, sans que le bilinguisme y soit toujours respecté.

Au niveau local, tout dépend du pouvoir provincial ou municipal. Même si, en principe, toute communauté francophone représentant 15 % de la population dispose de certains droits, en pratique ces vieilles communautés, qui existaient avant l’arrivée des anglophones, ont été noyées dans une immigration massive, européenne d’abord, et mondiale aujourd’hui.

Et les nouveaux responsables représentatifs, ukrainiens par exemple pour prendre une communauté particulièrement nombreuse, ne voient pas pourquoi on accorderait aux francophones des droits supérieurs aux leurs.

L’officialisation n’est pas un remède miracle, et de plus, c’est une mesure très lourde.

En effet, tout ce qui met en branle la mécanique étatique sur le plan national est inévitablement source de coût et de contraintes : établissement de la réglementation, puis son contrôle, traduction, affichage bilingue, embauche de personnel bilingue soit en double soit en discriminant les monolingues. 

Le tout appliqué sur de grandes étendues : le sud de la France pour l’occitan, une grande partie de la Bretagne pour le breton, l’Alsace, le Pays basque. Et presque toute la France si on prend en compte les autres langues régionales, bien qu’elles soient maintenant très peu parlées. Et les exemples ci-dessus nous ont montré que ce n’était en général pas efficace.

Bref, dans le cas des langues locales françaises, mieux vaut réserver cette question aux quelques municipalités concernées qui prendront chacune des mesures adaptées à leurs cas particuliers. À ma connaissance ce sera surtout le cas dans certaines vallées du Pays basque.

Il va bien sûr autrement lorsqu’il s’agit de langue parlée par des dizaines de millions de personnes de toutes les générations. C’est le cas des langues berbères, mais la situation, nous l’avons vu, est inverse : la décision d’officialisation a été prise, mais n’est pas vraiment appliquée, en partie du fait de difficultés réelles, en partie pour des raisons politiques, les pouvoirs pensant que le problème se résoudra par l’arabisation si on continue à traîner. 

Là aussi le problème serait efficacement résolu par une décentralisation, mais le gouvernement central va crier ou séparatisme !

Un phénomène mondial très naturel

Cet écrasement des langues minoritaires est un phénomène général. En effet on est passé de sociétés villageoises où la langue locale était effectivement parlée, qu’elle soit officielle ou pas, à des sociétés urbaines plurilingues où la langue majoritaire est omniprésente.

Et les mariages se font alors en partie avec des partenaires de la langue majoritaire ne connaissant pas la langue de l’autre. Alors, sauf militantisme de la part du conjoint « minoritaire », sa langue n’est pas transmise aux enfants, ou pour quelques expressions seulement.

C’est massivement le cas en France, tant pour les langues indigènes que pour les langues immigrées (chronologiquement, de l’italien aux langues africaines). À la limite, ceux qui veulent préserver à tout prix la transmission de leur langue devraient s’opposer aux mariages mixtes…

En conclusion, l’avenir d’une langue locale dépend d’une multitude de critères démographiques, politiques et sociologiques, parmi lesquels l’officialisation ne joue pas un rôle déterminant tout en déclenchant de nouveaux problèmes et de nouveaux coûts.

 

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  • Tres intéressant. J’apprécie la façon d’aborder le sujet de manière non politique. L’exercice n’est pas facile car le rapport à la langue est charnel, touche à notre intégrité culturelle et sans doute même psychique . La langue est en effet bien plus qu’un outil de communication, c’est le véhicule d’une culture, d’un modèle de pensée codé dans son architecture et d’images par ses mots : la clé d’un univers . Les traducteurs savent que le plus multilingue des individus n’aura qu’une seule langue maternelle , celle qui domine les autres .

    • Oui une langue c’est l’esprit d’un territoire, de traditions, d’une histoire partagée, d’un ancrage..
      En revanche si la langue maternelle est et restera toujours à part, elle ne domine pas nécessairement les autres. Celle qui domine ou qui s’impose naturellement c’est celle de la culture/territoire dans lequel on est immergé activement (c’est à dire partagé). On peut avoir deux amours..

  • je ne vois pas les choses comme ça… nous sommes aveuglés par le fait que tout le monde ou presque parle français..

    sauf que ça n’a pas été toujours le cas…

    nul n’es tenu d’ignorer la loi..
    C’est état qui doit faire l’effort d’être intelligible..

    la passage au français fut une prime donnée à ceux qui parlaient français..une injustice flagrante.. qui sion en croit les descendant d’esclaves américains une « réparation »..

    que ça « coute » si vous voulez mais à qui????

    la langue d’etat n’est d’ailleurs plus le français mais un jargon bureaucratique qui écologie et égalitarisme aidant devient obscur….

    Je ne peux pas m’empecher dé penser aux gens qui ont de temps à autres le besoin de prouver qu’ils sont encore en vie à l’amdinistration…

    un renversement de l’ordre des choses..

    si je j’ai la nationalité française c’est l’état qui doit faire l’efort que je le comprenne.. par contre je n’ai RIEN à exiger des autres personnes.. tiens pensez donc aux aveugle set aux sourds…

    rien de plus odieux que la personne modeste et peu lettrée honnête abusée par le jargon d’un agent de l’état..’

    la langue officieuse inclut d’ailleur la langue de signe!!!

  • Le français n’est pas maitrisé par les habitants de la France et l’éducation nationale enseigne les langues régionales !
    L’anglais et l’espagnol, utiles dans tout échange à l’étranger pour s’ouvrir sur le monde et le comprendre ne sont pas maitrisés par les élèves.
    Et on enseigne des langues régionales. Il n’y a qu’en France qu’on voit ça. Argent publique jeté en pure perte pour le plaisir de quelques minorités.
    Je ne dis pas qu’il ne faut pas enseigner ces langues. Je dis seulement que cet enseignement doit être privé et indépendant de tout programme scolaire ; au même titre que la planche à voile par exemple.

    • argent public??? ben voyons..admettons l’ed nat ça nous sauvera des écoles religieuses ou sectaires ou de l’illetrisme ..zut râté..

      l’état à partir du moment où il fixe une maitrise élémentaire minimum necessaire et suffisante de la langue française pour être citoyen pourrait se contenter de l’imposer dans la loi à tous les parents.. libres de choisir les écoles;.

      test…et citoyenneté conditionnelle..et paf..

      et je le répète il est alors aussi necessaire que l’etat communique dans ce français élémentaire necessaire .et suffisant..question d’égalité des citoyen devant la loi.

      • avec une horreur il n’ets pas impossible de se retrouver devant une réalité dérangeante.. une partie non négligeable de la population incapable de comprendre les concepts estimés élémentaires et nécessaire à la citoyenneté ..qu’on ne peut regarder comme personne responsable..

        le fameux seuil du QI de 83 ,pour prendre cette métrique, de l’armée américaine. ça fait beaucoup de monde..

  • La revendication des langues régionales m’a toujours parue artificielle. Dans les années 70, elle était associée à des revendications indépendantistes, qui ont été la motivation de certains groupes terroristes (FLB, ETA,…) pour lesquels la France était une puissance occupa te. La nécessité d’une loi pour « forcer » la sauvegarde des langues régionales par l’enseignement montre bien le caractère artificiel de la motivation culturelle de cette revendication, la vraie motivation ayant été politique

  • Je remercie sincèrement l’auteur d’avoir eu le courage de publier un article sur les langues régionales car s’il est un sujet qui fâche en France, c’est bien celui-là.
    Merci donc pour cette publication. Elle est pour moi un résumé de ce que trop nombreux de Français n’ont jamais rien compris sur les langues régionales.
    La France mais surtout son état a toujours un problème avec sa diversité culturelle autochtone. On peut même parler d’hypocrisie quand cet état fait tout pour que les langues régionales ne sortent pas du musée chez elle alors qu’elle promeut les langues minoritaires à l’étranger sous prétexte de respect de la diversité culturelle. (Pour s’en convaincre il suffit de parcourir les sites officiels sur la francophonie et celui sur la fondation Chirac sur la diversité culturelle !)

    Pour revenir à cet article, il y a de nombreuses approximations et des idées reçues qui empêchent d’avoir une opinion sereine.
    Je vais donc m’efforcer d’en relever quelques-unes et de les contredire ou de donner des précisions.
    Bien sûr tout cela sous un format synthétique, sinon il nous faudrait des pages…

    • Je sais qu’il n’est pas évident pour un citoyen de France de comprendre le problème qu’a la France avec ses langues régionales car l’état français, fort de ses certitudes a tout fait pour rendre ce sujet accessoire, ou pour le moins futile.
      Cela est encore plus difficile quand cela parait sur un site libéral français, où de nombreux articles font à juste titre la promotion du « moins d’état » mais cela semble s’arrêter quand il s’agit de la diversité culturelle française intrinsèque.
      La France aurait-elle un problème avec ses langues ? L’altérité est un concept qui doit s’arrêter manifestement aux frontières de l’hexagone…

      Tout d’abord la loi Molac n’a pas été censurée par le conseil constitutionnel pour des raisons d’unité nationale mais parce que l’enseignement en immersion ne peut être officiel en France car selon une interprétation extensive de l’article 2 (article qui a d’ailleurs été rajouté à la constitution dans les années 90 pour lutter contre la prééminence de l’anglais et qu’à l’époque le gouvernement avait assuré que cet ajout n’était pas contre les langues régionales -cf les lois Toubon !), la langue de la république est le français, il ne peut y avoir d’enseignement où une langue d’enseignement autre que le français soit majoritaire à l’école.
      C’est justement le principe de l’immersion, qui a été validé et est reconnu de nombreux pays .
      A côté de cela, le principe de l’enseignement bilingue est d’allouer quelques heures d’enseignement dans une langue mais sans jamais dépasser 50% de l’enseignement total. Il existe donc plusieurs degrés d’enseignement bilingue en fonction du nombre d’heures que l’on veut allouer à la langue à utiliser en dehors du français.
      C’est une posture plus politique que pragmatique car tous les linguistes considèrent que c’est justement l’enseignement en immersion qui donne les meilleurs résultats pour apprendre un langue.
      Il est à noter que cette censure en théorie ne s’applique pas seulement qu’aux langues régionales mais également à toutes les écoles où une langue « étrangère » pourrait être enseignée. Finies donc les écoles immersives où l’anglais est pratiqué (exemple de l’école alsacienne à Paris)….
      La partie qui a été censurée au motif de la sacro-sainte unité nationale est l’article de loi afférent aux signes diacritiques (cf. le fameux N tildé du prénom Fañch), alors que ce signe a existé dans la langue française . Cela me fait penser au combat remporté par un Breton au sujet des prénoms bretons dans les années 60, où il était interdit de nommer ses enfants avec un prénom non-français sous prétexte de maintien de l’unité nationale ! (cf. affaire Le Goarnic ?). On a du mal à imager cette posture maintenant !

      Pour finir avec la sacro-sainte constitution française, il est mentionné nulle part que la France est une république une et indivisible mais uniquement indivisible. Donc d’un point de vue constitutionnel , la France peut être considéré comme multiculturelle ! Avouez que c’est cocasse !

      • Concernant votre exemple sur l’occitan, il est vrai que ce que l’on entend généralement par occitan est plutôt la zone où on a parlé et ou on continue de parler des dialectes qui appartiennent à un même aire culturelle (les linguistes parlent de continuum linguistique .) De la même façon , le catalan moderne est considéré par certains comme un dialecte Occitan car il lui est extrêmement proche.. Cela suppose de bien définir ce que l’on entend par langue et par dialecte. Certains esprits ont bien résumé la différence en disant qu’une langue est un dialecte qui s’est imposé grâce à une armée !
        Pour revenir sur l’occitan, comme il s’agit d’un continuum linguistique il est évident que l’intercompréhension entre les 2 extrêmes géographiques peut être difficile mais n’est pas impossible (justement la classification de ces dialectes sous le même espace linguistique). Il en était de même pour l’aire culturelle « romane » où de nombreux dialectes étaient parlés (cf. les fameux « patois » parlés de l’est de la Bretagne jusqu’à l’Alsace et du Nord jusqu’aux franges de l’Occitanie (attention à ne pas confondre cet espace avec celui du franco-provençal ou arpitan…)
        Il est bien sûr évident que de nos jours où tous les citoyens français parlent français, il est peu probable que 2 représentants venant de l’espace occitan s’amusent à se parler qu’en occitan en étant si éloignés géographiquement. Mais cela n’est pas impossible si 2 gascons veulent s’entretenir en occitan local.
        En revanche cela reste du domaine réel sur des territoires moins vastes comme l’Ouest de la Bretagne, le Pays basque français ou la Corse par exemple, où la langue continue d’être parlée quotidiennement (même si de moins de moins certes) d’autant plus qu’il a y eu un effort de standardisation de la langue avec l’existence d’instituts et d’associations qui promeuvent l’utilisation au quotidien de la langue. Il ne manque plus que la liberté de pouvoir avoir des chaines de télévision locales, ce pouvoir n’ayant jamais été décentralisé en France. langue (cf. affaire de TV Breizh & CSA dans les années 90
        Il est faux de dire que les langues ne sont parlées que dans des vallées reculées par de personnes âgées, à moins de croire que tous les habitants « du cru » ne sont que des primitifs n’utilisant pas la voiture et n’ayant aucun accès à internet. (cf. le quolibet de plouc utilisé à Paris pour dénigrer les Français venant de Bretagne – comme si le fait de ne s’exprimer qu’en français vous faisait de vous un être supérieur)
        Il s’agit non seulement de liberté individuelle mais également collective sur la zone ou est parlée traditionnellement la langue en question . C’est donc du ressort des collectivités locales et ce n’est pas à l’état français d’y intervenir en empêchant son expression et/ou en interdisant la création de tout support locaux qui pourraient permettre une réappropriation de la langue. Il est plus qu’énervant de voir chaque année des fonctionnaires zélés qui sous prétexte que les gens veulent utiliser d’autres langues que le français vous fassent la morale. Cela s’appelle la liberté et cela est hautement compatible avec une philosophie libérale.
        J’en profite pour signaler que suite à un commentaire, il est faux d’ insinuer que le fait d’apprendre une langue régionale empêche d’apprendre d’autres langues ou que cela se ferait au dépend du français. Au contraire ! Il suffit de se renseigner sur les établissements qui pratiquent cet enseignement et de constater leur résultat pour s’apercevoir que cela est plus du fantasme que du domaine du réel , nous ne sommes plus au XIX siècle.

        • Enfin quant à l’officialisation, celle -ci peut être diverse.
          Il est évident que l’officialisation quel que soit son niveau, ne sera jamais suffisante mais elle implique un processus de reconnaissance qui lui peut permettre aux gens concernés de ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone qui ont un héritage à faire valoir et veulent toujours avoir le loisir de s’exprimer dans la langue de leur choix.
          A propos de politique jacobine, la situation des langues berbères et du Kabyle est un bon exemple de l’héritage jacobin que la France a laissé en Algérie ! Cela nous rapproche trop de l’ouverture d’esprit étroite de nos penseurs jacobins.
          Alors que dans un France fière de ses origines , il n’y aurait aucune raison à ce que l’on soit citoyen français mais tout en parlant en dehors du français d’autres langues. On peut arriver à la conclusion que si beaucoup de gens en sont venus à épouser des thèses séparatistes, cela est surtout dû à l’intransigeance (ou l’autisme) de l(‘état français qui ne se considère construit que sur un seul modèle : la soumission totale culturelle. Si cela peut rassurer les lecteurs je me considère autant français que vous tous mais cela n’est pas suffisant car je suis plus que cela.

          Mariage mixte : ? Il aurait été judicieux d’accepter que dans des régions de France, on peut parler d’autres langues que le français et que si on veut être membre actif de la collectivité locale, la connaissance ou l’acquisition de la langue locale peut être judicieux. Cela ne vous rendra pas moins français mais vous rendra plus respectueux des gens qui vous accueillent. C’est l’altérité
          Attention ensuite concernant les langues celtique, le breton a plus à voir avec le gallois qu’avec les gaéliques (irlandais et écossais), même si ces langues ont une origine commune.

          • Donc oui à la reconnaissance officielle des langues régionale en France et à un certain degré d’officialisation en fonction des situations locales. C’est aux citoyens locaux de décider et non pas à un microcosme qui vit sur une France repliée et bloquée sur des considérations d’un autre temps. La loi Molac était considérée comme un commencement, mais il a fallu l’intervention de nos zélés bureaucrates pour arriver à une situation que même à l’étranger personne ne comprenne.
            Cela n’est donc pas fini et il va bien falloir que la France se réforme et épouse enfin des thèse libérales pour que ce pays puisse vivre pleinement dans le XXIè siècle.

  • « un apprentissage bilingue est excellent pour le cerveau, ce qui est probable, mais également valable pour le latin, l’anglais ou l’espagnol. »

    « l’espagnol »

    Vous voulez parler du castillan, du catalan, du basque, du galicien, de l’aranais ou du valencien ?

    Malheureusement, le problème des langues est que la culture tend à les multiplier et la politique à les imposer et les réduire – sauf quand la revendication linguistique est elle-même politique.

    Et au sein d’une même langue comme l’anglais ou le français, les divergences culturelles finissent par en faire des langues distinctes. On a trop tendance à considérer qu’un langue est celle parlée dans la capitale par une certaine classe.

    (Je précise que étant partagé entre l’intérêt culturel et les nécessités pratiques, j’ai du mal à me faire une opinion).

  • Pas de commentaires d’Alsaciens ?

    • Elsass frei 🙂
      Hoppla! Pour vous servir 😉

      Plus sérieusement, l’Alsace ayant été repeuplée avec Suisses allemands, le corpus pourrait bien être le Schwyzer Dutch.

  • L’auteur évoque à peine le dialecte alsacien. Comme d’habitude chez nos penseurs qui confondent réalités et masturbation intellectuelle.
    L’alsacien donc, qui est parlé ou au moins compris par environ 1/3 des Alsaciens est partagé entre ses racines franciques au nord et celles alémaniques du sud. Donc partagé entre la « langue » luxembourgeoise et le schwitzerdutch. Les deux se comprennent sans trop de difficultés.
    Par contre, le fait de parler 2 langues a l’immense avantage de s’ouvrir à l’apprentissage d’autres langues comme par exemple l’allemand ou l’anglais. C’est l’exemple donné par le Luxembourg dont tous les habitants sont au moins trilingues et majoritairement quadrilingues. Ils n’en sont pas désavantagés et les résultats PISA les placent allègrement devant les Français!
    En Alsace, l’appauvrissement linguistique a conduit peu à peu à ce que les entreprises allemandes à 10km de la frontière en arrivent à rédiger leur annonce d’embauche: « Alsaciens exclus… »
    Quand on voit le niveau d’anglais de la majorité de nos Politiques comme par exemple Anne Hidalgo, on comprend combien notre enseignement des langues est une catastrophe.
    Alors, tant qu’à faire, laissez-nous notre dialecte alsacien sans constamment nous faire la leçon…

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