Chine : l’économie gérée par le régime communiste stagne

L’interventionnisme politique est synonyme de mauvaise allocation du capital, de création d’emplois de mauvaise qualité et du pire type d’inégalité, celle qui est déterminée par la politique.

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Chine : l’économie gérée par le régime communiste stagne

Publié le 28 août 2021
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Par Daniel Lacalle.
Un article de Mises.org

Malgré une croissance économique intérieure élevée et une reprise mondiale solide, le marché chinois est en baisse sur l’année. À la clôture de cet article, le Shanghai CSI 300 est en baisse de 5 %, contre +18 % pour le S&P 500. Au cours des cinq dernières années, il a progressé de 51 %, un chiffre honorable mais modeste comparé à la progression de 103 % du S&P 500.

En outre, le marché boursier chinois paraît « visiblement » bon marché. À 12,7 fois le ratio cours/bénéfices estimé pour 2021, selon Bloomberg, il est nettement moins cher que la plupart des économies développées et de nombreuses économies émergentes. Pourquoi « visiblement » bon marché ? Parce que l’évaluation du marché boursier chinois comprend des escomptes importants que tout investisseur doit prendre en compte. Le risque politique et l’intervention de l’État constituent un facteur d’actualisation pertinent qui ne peut être ignoré, et la récente répression en matière de technologie et d’éducation en est la preuve.

Les risques politiques et d’intervention étatique ne sont pas exclusifs aux actions boursières chinoises mais expliquent une grande partie de la décote en termes de valorisation. Ces risques sont également présents sur le marché de pays comme la Russie, mais aussi en Espagne et en Italie.

Intervention politique aléatoire

Il ne s’agit pas seulement du risque réglementaire, qui peut exister dans de nombreux secteurs au niveau mondial, mais du risque d’une intervention aléatoire, politique et destructrice. Lorsque les politiciens veulent prendre le contrôle d’entités privées, la croissance de leurs bénéfices et leurs marges ne sont pas pertinentes compte tenu de la possibilité d’une gestion fluide avec des politiciens qui utilisent les bilans des entreprises privées à des fins politiques.

La récente répression en Chine n’a pas pour objet les inégalités, mais le contrôle. Si le gouvernement voulait réduire les inégalités, il aurait mis en œuvre des mesures fiscales plus efficaces que de paralyser son marché boursier.

La forte croissance de l’économie chinoise ne se reflète pas dans les valorisations pour deux raisons principales, à mon avis.

Premièrement, la majeure partie de cette croissance est planifiée de manière centralisée et alimentée par un endettement massif.

Deuxièmement, le risque de changements aléatoires dans la gestion et la stratégie des entreprises pour des motifs politiques a augmenté au cours des dix dernières années. L’économie chinoise ne se libéralise plus depuis que le mandat de Xi Jinping a été prolongé indéfiniment.

Elle se ferme progressivement, et l’un des principaux objectifs d’un gouvernement plus interventionniste est de prendre d’assaut le secteur des entreprises et de prendre le contrôle des sociétés privées, même si cela signifie affaiblir leur situation financière, limiter leur accès aux marchés des capitaux et susciter l’inquiétude des investisseurs.

Progrès du contrôle politique

Par conséquent, le risque politique pèse davantage sur les valorisations car les investisseurs savent que les politiciens ne tiendront pas compte des intérêts des actionnaires et des parties prenantes et qu’ils utiliseront probablement le bilan de l’entreprise pour faire progresser le contrôle politique.

Nos lecteurs diront peut-être que le gouvernement a de bonnes intentions et que la présence de politiciens dans les entreprises n’est pas nécessairement synonyme de destruction de valeur, mais ces réflexions naïves sont erronées.

Si les politiciens avaient à l’esprit les meilleures intentions et la bonne volonté des citoyens à l’esprit, ils renforceraient l’indépendance des régulateurs au lieu de prendre le contrôle politique des entreprises privées.

Un homme politique qui garde à l’esprit l’intérêt supérieur de son peuple laisse des professionnels indépendants prendre les décisions en matière d’affaires et de réglementation, précisément pour éviter les décisions à connotation politique.

En revanche, lorsque les politiciens affaiblissent l’indépendance des régulateurs et renforcent leur emprise sur la gestion des entreprises, il n’y a aucun avantage pour les citoyens ou les actionnaires. Il s’agit simplement d’interventionnisme pour faire avancer un programme politique. Les flux de trésorerie sont dilapidés, la dette gonfle et les inégalités augmentent, car le mérite disparaît au profit de l’adhésion politique.

Si le gouvernement chinois s’inquiète des inégalités et du pouvoir du marché, pourquoi n’a-t-il pas créé des régulateurs indépendants et transparents au lieu de les rendre encore plus dépendants du gouvernement ?

La décote de la bourse chinoise est également fonction de l’interventionnisme passé et d’une règle de « croissance à tout prix ». Un pays avec une croissance et un potentiel aussi élevés affiche un indice avec des finances très faibles. La dette nette par rapport à l’EBITDA dépasse 6,9x, principalement en raison des entreprises d’État qui ont accumulé des dettes tout en affichant une rentabilité très faible. Le rendement des actifs de l’indice de Shanghai, selon Bloomberg, est de 1,18 % et la marge bénéficiaire n’est que de 7,9 %, alors que la marge brute est de 16 % !

Ce que doit faire la Chine

Le marché chinois a-t-il un potentiel ? Absolument, et il est énorme. Toutefois, pour atteindre le potentiel de réévaluation qu’il mérite, le gouvernement chinois doit promouvoir la transparence, l’indépendance des membres des conseils d’administration, les audits et la réglementation, ainsi que des règles claires de gouvernance d’entreprise qui protègent les investisseurs et les parties prenantes.

Toutes les mesures qui vont à l’encontre de l’indépendance des régulateurs et des dirigeants d’entreprise et de marchés de capitaux ouverts et transparents finissent par se retourner contre eux, car elles n’aident en rien les citoyens et affaiblissent le tissu des affaires et des investissements.

Remplir les entreprises de gestionnaires nommés pour des raisons politiques signifie moins d’innovation, un manque de remise en question des mauvaises décisions et des malinvestissements massifs, des traits que la Chine pourrait rapidement réduire si elle ouvrait, au lieu de fermer, son économie.

C’est une leçon pour ceux qui, en Occident, considèrent l’interventionnisme croissant de la Chine comme une bonne idée. L’interventionnisme politique est synonyme de mauvaise allocation du capital, de création d’emplois de mauvaise qualité et du pire type d’inégalité, celle qui est déterminée par la politique.

Traduction Contrepoints.

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  • D’après Charles Gave, la Chine est un des rares pays à offrir des taux obligataires « vraiment » positifs.

    C’est assez ironique quand on voit comment l’Occident « libéral » traite sa monnaie par rapport à la Chine communiste.

    • La rémunération du risque ?

    • « la Chine est un des rares pays à offrir des taux obligataires « vraiment » positifs. »

      Certes, mais c’est aussi un des rares pays qui peut se permettre de changer la loi au pied levé pour ne pas verser le coupon ou obliger à le capitaliser dans d’autres produits financiers chinois sans craindre de représailles sérieuses…

  • Deng avait modifié l’approche de la Chine, en disant clairement qu’on ne pouvait distribuer la richesse qu’après l’avoir créée.

    Xi, qui se prend de plus en plus pour le second Mao, a sifflé la fin de la récréation : il a d’abord, délibérément, visé financièrement les entreprises dont les dirigeants avaient l’oreille du peuple ( dont quelques-uns ont disparu le temps de leur faire comprendre et dire que le parti communiste est le plus beau, le plus grand, etc ), puis des entreprises qui auraient pu influencer le mode de pensée des Chinois et fait établir à un tempo frénétique de nouvelles règlementations destinées à brider la quête de profit des entreprises

    Il a ensuite obtenu d’autres entreprises des « contributions volontaires » destinées ostensiblement à l’amélioration du niveau de vie, dont il a fait une priorité officielle.

    En parallèle, les mesures de rééducation au marxisme / socialisme ont été lancées dans l’enseignement, y compris l’enseignement des « pensées » de Xi ( au même niveau donc que Mao )

    Il me semble donc que le risque de l’arbitraire du pouvoir n’a jamais été aussi grand, et qu’on peut prévoir des nationalisations, confiscations, règlementations passe-partout, contrôle encore plus total de l’information économique ( déjà pas du tout crédible ) qui ne m’encourageront certainement pas à acheter des actions chinoises

  • Est ce que (même si c’est une mauvaise raison) cela pourrait diminuer l’avance (que certains jugent irrattrapable) des chinois sur l’Europe en matière d’innovation et d’IA?
    A condition bien sûr que l’Europe se dote d’une politique dans ce domaine (en libérant l’initiative, par exemple)

  • Tôt ou tard, la vérité du marché libre va s’imposer comme partout ailleurs…..

  • il y a longtemps que la bourse ne représente plus l’économie réelle, le CAC40 est a 215 pips de son plus haut historique, la France devrais être au sommet, avec 4% de croissance, et a peine 3% de chômeurs à moins de vivre dans une grotte, tout le monde sait que c’est faux, la bourse étant et gonflé par la fausse monnaie de FED et la BCE.
    Les Chinois sont pragmatiques, ils préfèrent l’économie réelle aux bulles de la Tech.
    Dans l’ecole maternelle bi-lingue anglais-chinois de ma fille, pas de changement, sauf le nom de l’ecole, et le petit déjeuner offert, c’est tout comme changement.
    Par contre gros changement, pour les Tech a distance, une firme employais 70 000 teachers Américains, et l’autre 30 000 teachers Philippins, grosse perte d’argent pour les étrangers, mais cet argent que les Chinois envoyait finalement a l’etranger, va être dépenser en Chine, pas sur que cela soit une perte !
    Après essayer de limiter les dépenses pre-scolaire avant 6 ans, en espérant que les Chinoises feront plus d’enfants (pas attendre 6 de différence.

    • Oui, les chinois sont pragmatiques. À la bulle hi-tech, ils préfèrent la bulle immobilière.

      • Acheter un bien immobilier permet d’y habiter, ou de le louer, les français achètent des assurances vies bourrées d’obligation de l’état Français en faillite, votre bout de papier, ne va pas pour servir beaucoup.
        Et comme il y a 0 droit de succession en Chine l’immobilier est donc ce qu’il y a de plus pragmatique.
        Quand a la fameuse bulle, c’est juste au centre de quelques grandes villes, les prix sont tout fait abordable plus loin.

  • Depuis l’ouverture de la Chine au libéralisme économique et à la mondialisation, au milieu des années 1970, le pays a connu un boum économique jamais vu, le plus grand exode rural jamais vu, et a surtout tiré quelque huit cent millions de personnes de l’extrême pauvreté. Les Chinois ne sont pas près de revenir en arrière.

    • Il suffit d’un grand bond en avant pour continuer à avancer?

    • C’est pourtant ce qu’ils sont en train de faire. Ils s’imaginent qu’ils ont atteint la masse critique dans des domaines clés. C’est possible mais fermer tout un pays ne s’est jamais révélé tres productif sur ce plan là. Le siècle où ils ont été soumis aux puissances étrangères a justement découlé d’une période d’isolationnisme.

  • « Nos lecteurs diront peut-être que le gouvernement a de bonnes intentions et que la présence de politiciens dans les entreprises n’est pas nécessairement synonyme de destruction de valeur, mais ces réflexions naïves sont erronées. »
    Tout est dit…

  • Le marché secondaire des actions ne peux servir d’indicateur sérieux pour la santé d’une économie…
    Rien n’est plus sensible que ces marchés aux effets de bulles spéculatives.
    Se servir de cet argument très léger et discutable pour conclure sur l’échec de toute économie planifiée relève d’une malhonnêteté idéologique (ou de failles de raisonnement profondes d’enfermement dans une doctrine)

  • La répression du secteur de l’éducation est un bon exemple en ce moment. En fait, le vrai souci vient de la centralisation du gouvernement dans ce secteur. C’est lui qui a rendu vital les bons résultats à l’équivalent du bac car cela détermine toute la carrière par la suite. Un bon élève qui rate les examens finit femme de ménage ou garde d’enfant. Pour éviter tout cela, il suffisait de créer des filières parallèles et des possibilités de rattrapage. Mais non, ils préfèrent de bien entendu traiter les symptômes plutôt que la maladie car c’est le communisme donc eux qui sont al maladie.

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