La macroéconomie, outil de l’interventionnisme étatique

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Comment l’information selon laquelle le PIB a augmenté de 4 % peut-elle aider un entrepreneur à réussir dans son entreprise ?

Par Frank Shostak.
Un article de Mises.org

Il est courant pour les commentateurs et les économistes de parler de l’économie, aux performances parfois bonnes, parfois mauvaises. Elle est présentée comme une entité vivante, distincte des individus.

Par exemple, divers experts rapportent qu’elle a augmenté de tel ou tel pourcentage, ou qu’elle est menacée par l’accroissement du déficit.

Qu’entendent-ils par le terme économie ?

Existe-t-elle réellement ?

Dans ce cadre de pensée, l’économie se voit attribuer une importance primordiale tandis que les individus sont à peine mentionnés.

Selon ce mode de pensée, elle produit des biens et des services. Une fois cette production réalisée par l’économie, il faut la répartir entre les individus le plus équitablement possible.

En réalité, les biens et services ne sont pas produits en totalité et supervisés par un ordonnateur suprême. Chaque individu s’occupe de sa propre production de biens et de services. Par conséquent, la production nationale totale n’existe pas. En regroupant les valeurs des biens et services finaux, les statisticiens de l’État concrétisent la fiction d’une économie au moyen de la statistique du PIB et d’autres indicateurs économiques.

On considère qu’une fois l’économie concrétisée grâce aux divers indicateurs économiques, les décideurs politiques peuvent en orienter la croissance considérée par les experts comme souhaitable.

Encore une fois, grâce à des indicateurs économiques construits tels que le PIB, le gouvernement et la banque centrale, les décideurs peuvent désormais avoir le contrôle de la soi-disant économie.

Selon Murray Rothbard :

« Les bureaucrates comme les réformateurs étatistes […], afin de s’immerger dans la situation qu’ils essaient de planifier et de réformer, doivent obtenir des connaissances qui ne sont pas des expériences personnelles, quotidiennes ; la seule forme que ces connaissances peuvent prendre est la statistique. Les statistiques sont les yeux et les oreilles du bureaucrate, du politicien, du réformateur socialiste. Seules les statistiques leur permettent de savoir, ou du moins d’avoir une idée de ce qui se passe dans l’économie. »

Il ajoute par ailleurs :

« Il est vrai, bien sûr, que même sans connaissance statistique des affaires de la nation, l’État pourrait toujours essayer d’intervenir, de taxer et de subventionner, de réglementer et de contrôler. Il pourrait essayer de subventionner les personnes âgées sans même avoir la moindre idée de leur nombre et de leur localisation ; il pourrait essayer de réglementer une industrie sans même savoir combien d’entreprises il y a ou toute autre donnée de base de l’industrie ; il pourrait essayer de réglementer le cycle économique sans même savoir si les prix ou l’activité économique sont en hausse ou en baisse. Il pourrait essayer, mais il n’irait pas très loin. Le chaos total serait trop patent et trop évident, même pour la bureaucratie et certainement pour les citoyens. Et cela est d’autant plus vrai que l’une des principales raisons avancées pour justifier l’intervention de l’État est qu’elle corrige le marché et rend le marché et l’économie plus rationnels. Évidemment, si le gouvernement était privé de toute connaissance des affaires économiques, il ne pourrait même pas y avoir un semblant de rationalité dans l’intervention gouvernementale. Il est certain que l’absence de statistiques anéantirait absolument et immédiatement toute tentative de planification socialiste »1.

Une fois exprimée en termes de divers indicateurs économiques, tels que les statistiques du PIB, l’économie est censée suivre la trajectoire de croissance définie par les planificateurs gouvernementaux. Ainsi, lorsque le taux de croissance tombe en dessous de la trajectoire de croissance définie, les décideurs du gouvernement et de la banque centrale sont censés donner à l’économie une impulsion appropriée au moyen de politiques fiscales et monétaires.

Périodiquement, cependant, les responsables gouvernementaux avertissent également que l’économie est en surchauffe, c’est-à-dire qu’elle croît trop vite. Dans ce cas, les responsables du gouvernement et de la banque centrale déclarent qu’il est de leur devoir de prévenir l’inflation.

Il faut bien comprendre qu’à aucun moment ladite économie n’a une vie propre, indépendante des individus. En outre, il n’est pas possible d’établir la production réelle totale étant donné que, arithmétiquement, nous ne pouvons pas ajouter des pommes de terre aux tomates. L’emploi de divers indices de prix ne résout pas ce problème.

Cela signifie que les divers indicateurs macro-économiques compilés par les statisticiens du gouvernement sont détachés du monde réel. Par conséquent, les diverses politiques visant à influencer une entité inexistante – l’économie – par le biais d’indicateurs fictifs portent atteinte au bien-être des individus.

Même les statisticiens du gouvernement américain admettent que tout cela n’est pas réel.

Selon J. Steven Landefeld et Robert P. Parker du Bureau of Economic Analysis :

« En particulier, il est important de reconnaître que le PIB réel est un concept analytique. Malgré son nom, le PIB réel ne l’est pas au sens où il peut, même en principe, être observé ou collecté directement, de la même manière que le PIB en dollars courants ne peut pas en principe être observé ou collecté en tant que somme des dépenses réelles en biens et services finaux dans l’économie. Les quantités de pommes et d’oranges peuvent en principe être collectées, mais elles ne peuvent pas être additionnées pour obtenir la quantité totale de production de « fruits » dans l’économie2. »

Environnement sous contraintes et macro-économie

Pour réussir dans un environnement de marché sous contraintes, les entrepreneurs ont tendance à réagir aux conditions dominantes qui sont influencées par les politiques de la banque centrale et de l’État. Un homme d’affaires ne peut se permettre d’ignorer l’évolution de divers indicateurs économiques tels que le PIB, étant donné que les responsables du gouvernement et de la banque centrale réagissent aux changements de ces indicateurs.

Par exemple, si l’on s’attend à ce que la banque centrale resserre sa position monétaire en réponse à un renforcement du PIB, l’entrepreneur doit en tenir compte pour réussir dans son entreprise.

Dans un environnement difficile, les hommes d’affaires doivent essayer d’interpréter les différents indicateurs économiques en fonction de la façon dont les autorités vont y répondre et comment cette réponse va affecter leur environnement économique dans les mois à venir.

Il faut savoir qu’afin de construire les différents indicateurs économiques, le gouvernement s’occupe de collecter les données auprès des entreprises qui allouent des ressources pour fournir les informations au gouvernement.

La construction de divers indicateurs économiques génère des opportunités d’emplois pour les économistes et les experts dans d’autres domaines tels que les mathématiques et les statistiques.

Ces experts sont employés non seulement pour compiler diverses données économiques, mais aussi pour interpréter ces données et fournir des conseils aux entreprises.

Avons-nous vraiment besoin de l’économie dans un marché libre ?

Dans un environnement de marché libre, sans interférence de l’État et de la banque centrale dans le commerce, il n’est pas très utile de mesurer et de publier ces divers indicateurs économiques. Ce type d’information est peu utile aux entrepreneurs.

Dans un environnement de marché libre, quel usage un entrepreneur peut-il faire des informations sur le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) ?

Comment l’information selon laquelle le PIB a augmenté de 4 % peut-elle aider un entrepreneur à réussir dans son entreprise ? Par ailleurs, que faire des données montrant que la balance nationale des paiements est devenue déficitaire ou excédentaire ?

Pour Rothbard :

« Le consommateur individuel, dans ses déplacements quotidiens, n’a guère besoin de statistiques ; par la publicité, par les informations de ses amis et par sa propre expérience, il découvre ce qui se passe sur les marchés qui l’entourent. Il en va de même pour l’entreprise commerciale. L’homme d’affaires doit également évaluer son marché particulier, déterminer les prix qu’il doit payer pour ce qu’il achète et facturer pour ce qu’il vend, s’engager dans la comptabilité analytique pour estimer ses coûts, et ainsi de suite3. »

Le seul indicateur auquel les entrepreneurs prêtent attention est le bénéfice de l’activité qui les concerne. Plus le bénéfice est élevé, plus une activité commerciale particulière est en phase avec les souhaits des consommateurs.

Prêter attention aux souhaits des consommateurs signifie que les entrepreneurs doivent organiser la structure de production la plus appropriée à cette fin. Les informations sur les différents indicateurs macro-économiques ne seront pas d’une grande aide à cet égard.

Ce dont un entrepreneur a besoin, ce ne sont pas des informations macro-économiques générales, mais plutôt des informations spécifiques sur la demande des consommateurs pour un produit ou une gamme de produits. Les macro-indicateurs agrégés par le gouvernement ne lui seront pas d’une grande aide.

L’entrepreneur devra établir son propre réseau d’informations concernant une entreprise particulière. Seul un entrepreneur saura de quel type d’information il a besoin pour réussir dans son entreprise. Si l’évaluation de la demande des consommateurs par un entrepreneur est correcte, il réalisera un bénéfice. Une évaluation incorrecte entraînera une perte.

Le cadre des pertes et profits pénalise les entreprises qui ont mal évalué les priorités des consommateurs et récompense celles qui ont fait une évaluation correcte.
Le cadre des pertes et profits permet de s’assurer que les ressources sont retirées aux entrepreneurs qui ne prêtent pas attention aux priorités des consommateurs pour être transférées à ceux qui le font.

Selon Ludwig von Mises :

« Ainsi, les profits et les pertes sont générés par le succès ou l’échec de l’ajustement du cours des activités de production à la demande la plus urgente des consommateurs4. »

Nous avons vu que la construction de divers indicateurs économiques génère des opportunités d’emplois pour les économistes et les experts dans d’autres domaines tels que les mathématiques et les statistiques.

Ces experts sont employés non seulement pour compiler diverses données économiques, mais aussi pour interpréter ces données et fournir des conseils aux entreprises. Nous avons vu que dans un marché libre et sans entraves, les hommes d’affaires n’ont pas besoin d’indicateurs macro-économiques pour atteindre leurs objectifs. Cela signifie qu’il y aura probablement peu d’intérêt pour les services des économistes, des statisticiens et des mathématiciens.

Les données macro-économiques sont les moyens utilisés par les décideurs de l’État et de la banque centrale pour diriger l’économie vers le chemin de croissance fixé par ces décideurs. En règle générale, cette navigation aboutit à la menace du cycle d’expansion et de récession et à l’affaiblissement du processus de création de richesse. Par conséquent, pour prévenir la menace du cycle d’expansion et de récession et l’appauvrissement économique, il faut envisager de ne pas compiler et publier diverses données dites économiques.

Comme nous l’avons vu, ces données sont détachées de la réalité et par conséquent la réponse continue des décideurs politiques à un mirage sape le processus de création de richesse et donc le bien-être des individus.

Sur ce point, Rothbard affirmait :

« Les statistiques, je le répète, sont les yeux et les oreilles des interventionnistes : du réformateur intellectuel, du politicien et du bureaucrate de l’État. Coupez ces yeux et ces oreilles, détruisez ces lignes directrices cruciales pour la connaissance, et toute menace d’intervention étatique est presque complètement éliminée5. »

Traduction Contrepoints

Sur le web

  1. Murray N. Rothbard, Economics Controversies, Auburn, AL: Ludwig von Mises Institute, 2011, p. 337.
  2. J. Steven Landefeld and Robert P. Parker, « Preview of the Comprehensive Revision of the National Income and Product Accounts: BEA’s New Featured Measures of Output and Prices in BEA, » Survey of Current Business, July 1995.
  3. Rothbard, Economic Controversies, p. 337.
  4. Ludwig von Mises, Profit and Loss, Auburn, AL: Ludwig von Mises Institute, 2008, p. 8.
  5. Rothbard, Economic Controversies, p. 337.
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