BATX : l’empire du Milieu soumet ses entreprises-nations 

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Tandis que l’Occident tâtonne pour tenter de réguler ses GAFAM, le régime chinois ne fait pas dans la demi-mesure avec leur alter ego que sont les BATX : Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi.

Par Yannick Chatelain.

« De l’opium pour l’esprit » : c’est en ces termes que le quotidien d’État Économic Information Daily a qualifié le 3 août 2021 les jeux vidéo en ligne de Tencent.

Le média affirme que :

L’abus de jeux vidéo pouvait avoir des conséquences négatives pour les enfants.

Une prise de position nécessaire et suffisante pour faire dévisser en bourse les actions des deux acteurs majeurs du secteur, Tencent et NetEase. Suite à cet article virulent Tencent et NetEase ont chuté de plus de 10 %, et le groupe de jeux vidéo Bilibili chutait de 11 %.

Cette attaque soudaine par un quotidien d’État pourrait apparaitre d’autant plus surprenante qu’une entreprise comme Tencent est une structure phare de l’empire du milieu, avec, outre les jeux vidéo, une offre globale en mesure de concurrencer les GAFAM américains. D’aucuns pourraient alors se demander si les autorités chinoises avaient soudainement perdu la tête pour se tirer ainsi une balle dans le pied… Rassurez-vous, de mon point de vue tant s’en faut, la balle dans le pied étant pour le moins très calculée…

La lutte contre l’addiction aux jeux en ligne de la jeunesse chinoise par les autorités n’est pas nouvelle, les camps de digital détox à destination de la jeunesse en attestent, à l’instar du Daxing Internet Addiction Treatment Centre (IATC). Ce bootcamp de type militaire situé dans la banlieue de pékin n’a pas manqué à ce titre d’interpeller l’Occident.

Chine : digital détox en camp militaire

 

Si la lutte contre l’addiction aux jeux vidéo est une chose, elle n’explique que partiellement la charge soudaine menée contre Tencent. Quand bien même les autorités chinoises affirment que cet article posté par l’agence de presse Xinhua – avant d’être retiré, pour réapparaitre quelques heures plus tard de façon plus lissée  « ne représente pas la position officielle de Pékin »

Le fait est que la gouvernance chinoise intensifie depuis des mois sa pression sur les acteurs majeurs de son Internet dans une dynamique qui sonne comme la volonté à peine dissimulée d’en reprendre le contrôle. Tandis que l’Occident tâtonne pour tenter de réguler leurs GAFAM, le régime chinois ne fait pas dans les demi-mesures avec leur alter ego que sont les BATX : Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi…

Tout le monde garde en mémoire la mise en demeure du régime chinois en avril 2020 visant les géants chinois de l’Internet : 34 entreprises du numérique, dont les géants de l’internet Baidu, Tencent (WeChat) et ByteDance (propriétaire de TikTok), avaient été convoquées par les régulateurs pour discuter des entraves à la concurrence. Dans le même temps,  Ali Baba s’était vu infliger une amende de 2,3 milliards d’euros pour abus de position dominante.

Il n’aura pas non plus échappé au lecteur la disparition pendant plusieurs mois de Jack Ma PDG d’Ali Baba et ce juste après que ce dernier a critiqué les banques publiques du pays. Après une période d’inquiétude le concernant, il a réapparu le 20 janvier 2021 pour vanter lors d’un entretien en vidéoconférence avec une centaine d’enseignants de zones rurales de la Chine les efforts du régime communiste pour éradiquer la grande pauvreté, projet phare du président Xi Jinping tout en se disant « plus déterminé que jamais à aider l’éducation et le bien public ».

Cette réapparition et ce discours sonnaient comme une leçon bien apprise en camp de rééducation. Elle a été saluée par la bourse, le titre de l’entreprise gagnant alors 8,52 %.

À la suite de l’article éphémère que j’ai évoqué, article publié-retiré-réécrit, nous pouvons comprendre la chute spectaculaire observée, que les analystes expliquent par une crainte ravivée des investisseurs percevant cette attaque comme annonciatrice d’une nouvelle vague réglementaire des autorités chinoises.

Pour autant nous pourrions nous interroger à l’aune de la mésaventure du PDG d’Ali Baba condamné à une sorte de mea culpa public et d’allégance au régime et des autres actions intentées contre les BATX : Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi…

À quoi joue le gouvernement chinois ?!

S’il s’agit de risque-bénéfice la réponse, et c’est là mon hypothèse, est peut-être celle-ci : tandis que les entreprises-nations occidentales (GAFAM) tendent à échapper à tout contrôle des États qui peinent à les contraindre du fait de législations éparses (entre autres), la Chine peut se suffire de son marché intérieur pour faire prospérer son Internet. Elle a de fait, me semble-t-il, davantage de marge de manœuvre pour faire plier ses propres entreprises-nations, quitte à les malmener, quitte à les faire tressaillir modérément en bourse avant que ces dernières ne dictent leurs lois – comme c’est actuellement le cas en Occident – et les faire rentrer par tous les moyens (Jack Ma s’est mis à la peinture ) dans le rang, c’est-à-dire au service du régime !

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