Au Congo, Tshisekedi n’a pas droit à l’erreur

Une reconfiguration historique de l’espace politique qui marque une volonté de changement et procure à Félix Tshisekedi une majorité écrasante au Parlement

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Au Congo, Tshisekedi n’a pas droit à l’erreur

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 27 mars 2021
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Par Isidore Kwandja.

En choisissant de nommer comme Premier ministre, un chef d’entreprise publique sans assise parlementaire confortable, le président Félix Tshisekedi apparaît comme le véritable chef de l’exécutif, même s’il n’est pas responsable devant le Parlement.

En effet, la Constitution congolaise en vigueur a institué un régime politique semi-présidentiel qui établit un équilibre des pouvoirs entre le président de la République et le Parlement reposant sur la même légitimité du suffrage universel.

Dans un système politique de type semi-présidentiel d’inspiration française, qui combine simultanément des caractéristiques d’un régime parlementaire et présidentiel, le pouvoir est soit partagé, soit entre les mains du président.

Il est davantage entre les mains du Premier ministre lorsqu’à l’issue des élections législatives la majorité des députés n’est pas de la même famille politique que le président de la République.

À l’inverse, le pouvoir est entièrement entre les mains du président lorsque la majorité présidentielle et la majorité parlementaire concordent.

Le 10 décembre 2020, la RDC a connu un événement politique inédit, avec l’éviction de la présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda et de tout son bureau. L’éviction de cette alliée fidèle à Joseph Kabila a par la suite provoqué un double séisme politique sans précédent, avec la déchéance du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba et du président du Sénat Alexis Thambwe Mwamba.

En fait, le président de la République a réussi à rallier à sa cause et à son Union sacrée pour la nation, près de 390 sur 500 députés de tous les côtés de l’échiquier politique siégeant au Parlement. Une reconfiguration historique de l’espace politique qui marque une volonté de changement et procure à Félix Tshisekedi une majorité écrasante au Parlement, et ce sans avoir recouru aux élections législatives anticipées, pour la formation d’un nouveau gouvernement.

Toutes proportions gardées, nous pouvons dire que Félix Tshisekedi a maintenant suffisamment les coudées franches pour accélérer la mise en œuvre des réformes nécessaires qui s’imposent. Et donc, il n’a plus droit à l’erreur, même s’il lui reste très peu de temps.

Mais tout cela dépendra du choix de membres du nouveau gouvernement avec lesquels il devra travailler efficacement pour atteindre l’objectif ultime qui consiste à procurer un sentiment de bien-être du peuple congolais.

Tshisekedi : alliés politiques et technocrates

Dans son adresse à la Nation portant sur les conclusions des consultations politiques qu’il avait initiées, le président Tshisekedi avait lui-même reconnu que les résultats de deux dernières années du gouvernement de coalition n’étaient tout à fait satisfaisants.

En effet, s’il est vrai que la démocratie garantit aux citoyens la participation à la vie politique de leur pays, à la prise de décisions qui influent sur leur mode de vie, notamment en choisissant leurs dirigeants, il y a lieu de noter néanmoins que parfois ce choix ne se porte pas toujours sur les meilleures personnes rompues à la gestion de la chose publique.

Contrairement au régime parlementaire de type Westminster où le Premier ministre est tenu de choisir les ministres parmi les élus du parti majoritaire, dans un régime semi-présidentiel d’inspiration française, le Premier ministre a la latitude de choisir les membres du gouvernement au sein ou en dehors du Parlement.

Ainsi, pour garantir l’atteinte de résultats rapides, le président Tshisekedi ferait mieux de constituer un gouvernement restreint au sein duquel siègeront à la fois des politiques et des technocrates.

L’avantage d’avoir également des technocrates dans l’équipe gouvernementale est que ceux-ci sont reconnus pour leurs compétences pointues, les méthodes techniques et scientifiques, la clairvoyance, la performance et la rigueur dans la prise des décisions de gestion rationnelles, qui reposent généralement sur des données scientifiques fiables et non sur des dogmes politiques.

Contrairement à la formation de l’équipe gouvernementale précédente qui avait pris près de sept mois, cette fois-ci, espérons-le, le Président Tshisekedi et son Premier ministre Sama Lukonde Kyenge ont la délicate tâche de faire le choix judicieux des hommes et des femmes d’une bonne moralité et qui inspirent confiance, réputés pour leur honnêteté, intégrité, loyauté et surtout pour leur expertise et compétences professionnelles. Des hommes et des femmes qui connaissent bien les rouages de la politique et de l’administration publique, qui se mettent rapidement et efficacement au travail.

Nous avons hâte de voir, d’ici quelque temps, la formation du nouveau gouvernement, et de savoir ceux avec qui le président Tshisekedi entend poursuivre sans relâche la réalisation de son ambitieux programme de réformes, avec clairvoyance et compétence voulues, durant les trois prochaines années de son mandat.

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Par Isidore Kwandja Ngembo.

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