Qu’est-ce que le Crypto-art et le MoCA ?

Benoit C., allias BnoiitC (anagramme de Bitcoin), est le fondateur du musée du crypto-art, un musée existant uniquement dans le monde virtuel de crytovoxel. Il explique à Contrepoints ces concepts futuristes qui mêlent culture et technologie.

Un entretien avec Benoit.c, fondateur du musée du crypto-art, réalisé par Nils Baudoin.

Qu’est-ce que le crypto-art et le MoCA, Museum of Crypto-Art que vous avez fondé ? 

Le crypto-art est un mouvement artistique qui est né dans la confidentialité entre 2017 et 2018 et qui est en train de révolutionner le marché de l’art.

Son émergence est liée à celle de la technologie Blockchain qui permet d’émettre sous forme digitale un certificat unique, impossible à dupliquer, appelé Non Fungible Token (NFT).

Si les premières applications de ces NFT ont été les cartes à collectionner (du type Cryptokitties), de nombreuses startups de l’écosystème blockchain ont rapidement perçu l’intérêt que cela pouvait avoir pour le marché de l’art digital. Deux plateformes concurrentes permettant aux artistes de « tokéniser » leurs œuvres digitales ont ainsi été lancées courant 2018.

Toute forme d’art pouvant être tokénisée, les thèmes abordés et les techniques utilisées dans le crypto-art sont par définition très variés. Cependant, il semble possible d’identifier certaines techniques dominantes comme l’intelligence artificielle, l’art génératif consistant à fournir un ensemble de règles et de données à un ordinateur pour qu’il génère un visuel, l’art glitch jouant sur les différentes techniques de distorsions visuelles ou encore le design 3D vectoriel.

Par ailleurs, certains thèmes sont également abordés de façon récurrente comme la glorification de Bitcoin ou Ethereum, la désacralisation des monnaies fiat et des banques centrales, la représentation visuelle des blockchains, la reconquête de la liberté et du pouvoir individuel ou encore l’émancipation vis-à-vis des GAFAM.

Le mouvement crypto-art comprend donc trois dimensions essentielles qui se combinent : la technique artistique employée pour créer l’œuvre, la technologie utilisée pour l’émettre, et le thème traité.

Ainsi, parmi les pionniers de crypto-art, l’artiste français Pascal Boyart crée ses œuvres sur un support physique mais ces dernières traitent des thèmes propres au crypto-art et sont tokénisées ; l’italien Mattia Cuttini n’aborde pas les thèmes classiques du crypto-art mais utilise une combinaison de techniques analogues et digitales et tokénise ses œuvres ; l’anglais XCOPY ne crée que des œuvres digitales tokénisées dans un style de glitch qui lui est propre.

J’ai fondé le MoCA fin 2018 afin de constituer une collection d’œuvres de crypto-art et de les exposer dans un univers virtuel pour faire la promotion de ce mouvement artistique auprès du grand public.

Le MoCA est à la fois une collection de près de 200 œuvres de plus de 50 artistes représentatifs des différences tendances et évolutions du crypto-art, et un lieu d’exposition virtuel de près de 2000 mètres carrés, accessible gratuitement et sans inscription à tous et à tout moment.

Au-delà d’acquérir des œuvres et de les exposer, le MoCA est également un membre actif de la communauté en mettant à disposition des lieux d’exposition et en favorisant la promotion, la structuration et le développement de l’écosystème tournant autour du crypto-art.

Pourquoi associer un Jeton non fongible (NFT)  à une œuvre physique ou à une œuvre virtuelle ?

Cette association révolutionne le comportement et les habitudes des artistes, des collectionneurs et des acteurs institutionnels du marché de l’art.

Les artistes tout d’abord peuvent enfin valoriser leurs créations digitales en garantissant aux collectionneurs l’authenticité de l’œuvre, sa date de création et le nombre d’éditions créées. Ils peuvent en outre bénéficier d’une parfaite lisibilité de leur « performance » sur le marché de l’art grâce à la traçabilité, et à la transparence de l’intégralité des transactions concernant chaque NFT. Ils peuvent enfin, en mettant en place un smart contract, prévoir de percevoir automatiquement des redevances à chaque revente de leur œuvre sur le second marché, ce qui est une véritable révolution.

Les collectionneurs pour leur part sont assurés que le NFT qu’ils acquièrent a bien été créé par l’artiste et en connaissent le nombre d’éditions (unique ou édition limitée). Ils peuvent très facilement les acquérir, les stocker, les exposer et les revendre avec des frais qui sont bien moindres que ceux des intermédiaires du marché de l’art classique.

Les institutionnels sont contraints de s’adapter à cette nouvelle technologie. Si leur légitimité d’intermédiaire de confiance peut être fragilisé, ils ont en revanche un rôle crucial à jouer au niveau qualitatif pour identifier, valoriser et promouvoir les talents, qualifier et classifier les tendances artistiques, assainir le marché et éduquer à la fois les artistes et le grand public à cette nouvelle forme d’art. Comme c’est souvent le cas, leur inertie naturelle leur fait prendre du retard par rapport aux artistes et aux collectionneurs qui ne les attendent pas vraiment.

Quelles sont les interactions entre les NFT artistiques et la finance décentralisée (DeFi) ? Est-ce que ces actifs pourront être utilisés comme un collatéral ?

Les œuvres tokénisées ont une valeur marchande. Cette valeur très subjective est pourtant rapidement et facilement évaluable du fait de l’offre et de la demande, de la fluidité très importante du marché et la transparence des transactions. Par conséquent, il est aisé de l’utiliser comme collatéral, pour un prêt par exemple. Il est également possible de l’utiliser comme réserve pour constituer la contrepartie de l’émission de cryptomonnaies, ce qui a d’ailleurs déjà été réalisé avec succès.

Par ailleurs, les NFT donnent l’occasion aux fortunes constituées en cryptomonnaies de dépenser leurs bitcoins ou ether, d’acquérir des actifs «  plaisir » sans passer par les monnaies fiat. En ce sens, les NFT contribuent grandement à la circulation des cryptomonnaies et au développement d’une économie alternative complètement indépendante des monnaies fiat et des systèmes de paiement classiques, ce qui par définition est le terreau de la finance décentralisée.

Le grand public a découvert les mondes virtuels avec Fortnite. Quel futur voyez-vous pour ces environnements immersifs ?  

Les principaux obstacles au développement des mondes virtuels sont de deux ordres.

Le premier est technologique et a tendance à progressivement disparaître. Il s’agit de procurer une expérience agréable et non agressive à l’utilisateur afin que ce dernier ait envie de l’investir pleinement. Le sujet n’est pas là car nous savons tous, depuis longtemps, que cet obstacle disparaîtra un jour.

Le second obstacle est plus sérieux. Il s’agit de la préservation de l’individualité dans l’univers virtuel, sujet existentiel qui constitue chez nous, plus ou moins consciemment, une crainte légitime. Quelle que soit la qualité de l’expérience, nous refusons, par humanité, qu’elle soit standardisée, surveillée et organisée par un maître du jeu qui fournit les avatars, programme les cheminements de l’aventure et surveille les interactions entre participants.

Or la cryptographie permet d’envisager enfin l’investissement dans le monde virtuel comme une aventure unique et personnelle, non captive, d’y inventer ses propres sources de revenu, d’y construire ses propres châteaux, d’y créer ses propres réseaux, sans que ces différentes actions ne correspondent à aucun standard préprogrammé et en étant protégé par un pseudonyme cryptographique. Les NFT sont un des composants de ce nouveau monde virtuel.

Quelles sont les œuvres de crypto-art que vous recommanderiez à nos lecteurs qui veulent découvrir ce domaine ?

Je recommande à vos lecteurs de visiter le MoCA pour y découvrir les œuvres des principaux artistes de ce mouvement.

 

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