La cruauté d’État, un autre aspect de la misogynie en Iran

women of iran BY Ghazaleh Ghazanfari(CC BY-ND 2.0) — Ghazaleh Ghazanfari, CC-BY

Les informations faisant état de la pendaison du corps sans vie d’une femme accusée d’avoir tué son mari mettent en évidence la cruauté du pouvoir religieux en Iran.

Par Hamid Enayat.

La révélation de son avocat sur la vengeance incroyablement féroce du pouvoir judiciaire contre cette femme est choquante. Le mari, Alireza Zamani, un haut fonctionnaire du ministère du Renseignement, a été abattu alors qu’il tentait de violer la fille adolescente de Zahra Ismaili.

Zamani a été tué par cette enfant en état de légitime défense. Bien que la jeune fille n’ait était coupable que de se défendre, sa mère, Zahra Ismaili, a endossé la responsabilité de l’homicide.

Agée de 42 ans, Zahra Ismaili a fait de longues années de détention. Son avocat a révélé que sa cliente devait être exécutée le 17 février après avoir assisté à la pendaison de 16 autres prisonniers. C’est en assistant à cet effroyable spectacle, qu’elle a été victime d’un arrêt cardiaque qui l’a emportée sur le coup. Cependant, les gardiens ont porté son corps sans vie jusqu’à la potence pour le pendre à son tour. Elle était la dix-septième victime de cette exécution collective.

Il s’agit là d’un exemple de la férocité sans borne des mollahs. Parmi les nombreuses injustices morales et sociales, la misogynie figure en bonne place dans le bilan de ce régime.

Le 24 novembre 2014, une autre jeune femme, Reyhaneh Jabbari, avait été exécutée pour avoir tué, elle aussi, un responsable du ministère du Renseignement qui tentait de la violer. En état de légitime défense, elle avait poignardé à mort son violeur. Reyhaneh avait 19 ans à l’époque. Elle a été arrêtée et condamnée à mort.

Son exécution a déclenché une vague de colère et de dégoût dans le monde. Amnesty International avait qualifié cette exécution de « honte sanglante pour les droits humains ». Reyhaneh elle-même avait qualifié sa sentence de « mille couches de conspiration ».

Le ministère du Renseignement est l’organe le plus important de l’appareil répressif qui protège la théocratie. Tout assassinat de l’un de ses responsables, quelle qu’en soit la raison, ne saurait être toléré.

Selon le régime iranien, Zahra Ismaili (qui s’est sacrifiée pour sa fille) et Reyhaneh Jabbari ont chacune commis deux crimes : refuser de se soumettre au ministère du Renseignement et le fait d’être une femme.

L’Iran détient le record mondial des exécutions par habitant et des exécutions de femmes, 114 à ce jour sous le mandat présidentiel de Rohani. Cependant les exécutions politiques de femmes, de la décennie noire des années 1980, portent le nombre à des dizaines de milliers. Stratégiquement, les exécutions sont l’outil de la survie du régime.

Toutefois, la répression sévère des femmes se présente sous diverses formes. Elle est institutionnalisée et théorisée, devenant ainsi une partie intégrante de la vie quotidienne. Les lois ont éliminé un à un les droits des femmes dans la vie familiale, la garde des enfants, le divorce, l’emploi, l’enseignement, la justice et pour couronner le tout, ont imposé le voile obligatoire.

Répression et violence en Iran à l’égard des femmes

Le voile obligatoire est la pointe de l’iceberg des mesures visant à humilier et discriminer les femmes. Plus de 25 institutions sont chargées de « la prohibition du vice et de la promotion de la vertu ». Ces organes ont pour mandat de contrôler la tenue vestimentaire et le comportement des femmes, à s’ingérer dans leur vie privée et à leur infliger des amendes, des châtiments corporels comme le fouet, ou des peines de prison.

Les voyous du régime ont fait monter la violence contre les femmes à des niveaux hors norme. Les femmes et les jeunes filles sont harcelées en permanence, les agents n’hésitant pas, à la manière préhistorique, de les traîner par les cheveux sur le sol et de les battre.

La théocratie a fait du voile obligatoire une question de sécurité nationale. C’est le meilleur moyen pour surveiller et opprimer l’ensemble de la société, dans les recoins de la vie privée. La police annonce régulièrement la mise en œuvre de plans répressifs contre les « mal-voilées ».

Ces plans comprennent « l’observation du voile dans les véhicules, dans les centres commerciaux et les zones de shopping, dans les parcs et les zones de loisirs, et dans le cyberespace. Celles qui ne le portent pas seront sanctionnées en conséquence ». (Agence de presse Fars, octobre 2020).

La discrimination institutionnalisée

Selon le dernier rapport du Forum économique mondial, qui se penche depuis 2006 sur l’accès des femmes à l’égalité des chances dans les domaines de l’économie, de la politique, de l’éducation et de la santé, l’Iran a toujours figuré parmi les dix derniers pays. La présence des femmes est inexistante aux postes de ministre, de président et de juge.

La discrimination élimine les femmes d’une longue liste de matières universitaires, de métiers et de sports. Elle élimine les femmes de nombreux emplois et les relègue à des postes aux salaires de misère, embauchées à la journée, sans couverture sociale ni assurance, sans aide pour les femmes chefs de familles. Elles sont légion celles qui perdent leur emploi pour congé de maternité.

La discrimination a aussi conduit à la ségrégation sexuelle dans les transports en commun, les parcs, les universités et les établissements scolaires. Elle a induit la misère, les mariages très précoces par milliers, le sigheh ou mariage temporaire d’une heure à 77 ans, multipliant la polygamie à l’infini, développant la prostitution et la drogue à une échelle titanesque.

Être une femme en Iran est un péché

Dans la République islamique, être une femme équivaut au malheur, au péché et au crime. L’hostilité hystérique aux femmes – dans le système juridique – est allée si loin que l’âge de responsabilité légale d’une fille est de 9 ans, tandis que celui d’un garçon est de 15 ans.

Les hommes de la famille ont droit de vie et de mort sur elles, la loi ne prévoyant que des peines très légères voire aucune peine, pour les crimes dits « d’honneur » qui sont en fait des crimes d’horreur.

On se souvient de la jeune Romina Achrafi, 14 ans, décapitée à la faux par son père. Il s’était renseigné avant d’agir auprès d’un juge. La réponse lui a permis d’exterminer sa fille dans son sommeil. Par ailleurs, la loi ne prévoit rien pour les violences domestiques.

Dans un monde où l’un des indicateurs de progrès les plus importants est la place réservée aux femmes dans l’arène politique, économique et sociale, le pouvoir anachronique du guide suprême se place hors cadre.

Par exemple, le gouvernement de Hassan Rohani a retiré les photos des enfants de sexe féminin du manuel scolaire du primaire. La mixité est désormais interdite dans les crèches. Dans un cimetière de Sabzevar, a été accrochée une banderole sur laquelle on peut lire : « Les pierres tombales avec une photo de femme doivent en changer immédiatement sinon elles seront détruites ».

La résistance des femmes en Iran

Lors des deux soulèvements de 2017 et 2019 qui ont ébranlé les fondements du régime, le rôle des femmes dans la conduite de ces manifestations a été de premier plan, inquiétant ouvertement les autorités.

L’un des clips vidéo de ces soulèvements montre une femme courageuse se tenant à environ un mètre des gardiens de la révolution et des agents de sécurité. Debout, les fixant dans les yeux, elle crie de toutes ses forces : à bas Khamenei ! Le nom de cette femme est inconnu de beaucoup, mais à ce moment-là, elle représentait toutes les femmes iraniennes.

Les 40 ans d’histoire de ce régime sont l’histoire de l’oppression des femmes. Aujourd’hui, elles résistent et sont déterminées à tourner cette page sombre de l’histoire de l’Iran et à l’enterrer. Réagissant à la nature misogyne du régime, les femmes sont à la pointe du changement en Iran.

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