L’Europe libérale sera fédérale

european flag BY Rock Cohen(CC BY-SA 2.0) — Rock Cohen, CC-BY

L’Europe libérale ne peut-être que fédérale car la fédération élargira notre vision et nos projets, elle nous libérera, par le sentiment de bâtir une grande puissance pacifique.

Par Michel Faure.

J’applaudis des deux mains l’initiative des plus éminents libéraux français qui ont publié récemment l’ébauche d’un programme de réformes intitulé Réformer pour Libérer. Sa lecture est passionnante, je vous la recommande vivement. L’année 2022 nous attend déjà au coin de la rue.

Un texte, parmi de nombreux autres, m’a particulièrement intéressé, celui consacré à l’Europe, écrit par Guillaume Labbez et Erwan Le Noan, deux libéraux talentueux et précis dans leurs analyses. Leur  propos1, détaillé et argumenté, pose le doigt sur les déficiences de l’Europe, les frustrations que l’Union suscite, et propose des solutions à apporter pour que cette dernière maigrisse et s’améliore. Malgré ses qualités, ce texte me semble cependant ne pas s’engager sur la voie la plus simple, mais aussi la plus radicale et la plus logique : celle d’une Europe à la fois libérale et fédérale.

La puissance ou l’obsolescence

L’Europe a le choix entre la puissance –  la  fédération – ou l’obsolescence, et devenir alors soluble dans le flot de l’histoire et disparaître comme une pastille effervescente dans le fond d’un verre d’eau.

Si, comme l’écrivent les auteurs, l’Europe « peine à accomplir son destin de puissance politique avec 512 millions d’habitants à un moment où émergent des puissances-continents (Chine, Inde) qui expriment leur volonté de peser dans le concerts des nations », si « elle fait figure d’un géant économique et d’un nain politique et diplomatique », il existe une raison à cette triste situation : ses institutions ne sont pas celles d’une puissance continentale.

Ni la Commission, une administration pléthorique et sans légitimité démocratique directe, ni le Conseil européen, où se défendent plus souvent les souverainetés nationales que l’intérêt d’une Europe puissance, ni le Parlement européen, dont les pouvoirs sont limités et la représentativité affaiblie par l’absence de listes transnationales, ne créeront une Europe puissante et pacifique, libérale, dynamique et respectée.

Seule, à mon humble avis,  une Constitution fédérale peut atteindre les deux objectifs prioritaires du Vieux Continent : faire de l’Europe une puissance continentale et pacifique, et construire un ensemble politiquement et économiquement libéral et compétitif.

Un État fédéral modeste et régalien

Quand les deux auteurs écrivent que « le rêve de nombreux porteurs du projet européen, que d’aucuns qualifient d’européistes, est bel et bien la création d’un super État qui supplanterait les États traditionnels » ils formulent une accusation qui n’a plus lieu d’être.

Les pères fondateurs de l’Europe nous ont quittés, et les actuels partisans du fédéralisme n’ont plus le même objectif. Ils ne sont pas très nombreux, mais sont souvent libéraux. Un « super État » n’est pas leur tasse de thé.

Les Européistes – et je suis l’un d’entre eux –  rêvent d’un État fédéral modeste et régalien à la légitimité démocratique incontestable. Il n’assurerait que la sécurité intérieure et extérieure de l’Europe, avec une armée et une police fédérale, une diplomatie et un Trésor pour financer son existence.

Il serait par ailleurs le garant de l’indépendance d’une justice européenne. Ce gouvernement devrait émaner d’une majorité du Parlement européen dont les députés auraient été élus par un vote direct et transnational.

Seul le cadre fédéral permet au principe de subsidiarité dont les auteurs, avec raison, chantent les louanges, de s’appliquer avec efficacité. Les États traditionnels menacés, selon eux, d’être supplantés, seraient au contraire souverains pour toutes les compétences qui seront les leurs.

Chaque État fédéré continuerait à gérer l’économie, la culture, le sport, l’écologie, l’éducation, la santé, les infrastructures, etc. Ce système, par ailleurs, serait dynamique car concurrentiel. Chaque État, maître de ses budgets et de ses fiscalités, tenterait de rendre son système le plus attractif possible pour les investisseurs et les citoyens.

« We, the People of Europe »

Le fédéralisme, bien sûr, pose la question de la souveraineté des États. Il est temps de s’interroger sur le sens de celle-ci à l’heure d’une compétition entre grands ensembles géographiques. On peut rester attaché à sa province et élargir le champ de son patriotisme.

Le peuple européen existe. Il est l’enfant d’une très longue histoire mouvementée et tragique. Nous avons tous, collectivement, choisi la paix après la Deuxième Guerre mondiale, ce choix nous oblige et nous engage en tant qu’Européens.

Il est temps de défendre la souveraineté européenne, temps de dire que nous en sommes les citoyens. Comme jadis les Américains s’étaient définis par cette phrase, « We, the People of the United States » dans le préambule de leur Constitution, le 17 septembre 1787, faisons de même en disant nous aussi « We, the People of Europe ».

Élargir notre vision et nos projets

Le processus qui va nous conduire à cette construction des États-Unis d’Europe sera lent et semé d’embuches. Il est pourtant consubstantiel à l’idée européenne, ce sentiment d’une grande nation dans laquelle nous nous reconnaissons, sans pour autant trahir nos singularités locales.

L’Europe libérale ne peut-être que fédérale car la fédération élargira notre vision et nos projets, elle nous libérera, par le sentiment de bâtir une grande puissance pacifique, de l’étroitesse de nos pensées et des mesquines contraintes étatistes qui sont aujourd’hui les nôtres.

  1. Construire l’Europe autrement, p. 37 et suivantes.
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