Kodak a plus innové dans le domaine boursier que technologique

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Avec ses fake options, ce n’est pas dans le domaine technologique que l’ancien géant de la photo a innové, mais bien dans le domaine boursier.

Par Sébastien Thiboumery.

Eastman Kodak, on l’oublie souvent, est l’inventeur du numérique. Mais par peur de mettre en péril son activité traditionnelle (la pellicule), l’entreprise a renoncé à provoquer le changement. Pour finalement le subir car d’autres acteurs (japonais) se sont engouffrés dans la brèche.

Après plus d’un siècle de fabrication d’appareils et d’équipements photographiques, Kodak a ainsi annoncé le 28 juillet 2020 sa reconversion partielle dans la fabrication de médicaments génériques. La Maison Blanche avait également annoncé vouloir lui accorder un prêt de 765 millions de dollars (retiré depuis suite à des soupçons de délits d’initiés). Ces deux annonces ont propulsé le cours de l’action Kodak de 2 à 33 dollars le 29 juillet.

Depuis, le soufflé boursier est retombé puisque l’action cote autour de 6-7 dollars. Certes, il y a un peu de chimie dans la photographie, mais on peut douter du fait que Kodak dispose d’une réelle expertise médicale.

De plus, les derniers résultats publiés par la société le 10 novembre rappellent crûment ses difficultés économiques. Lors du troisième trimestre 2020, les revenus ont baissé de 63 millions pour s’établir à 252 millions de dollars. La perte nette quant à elle se creuse considérablement à 445 millions de dollars.

Qui mieux que Kodak sait que le bilan est une photographie instantanée de l’entreprise à un instant donné ? Mais cela fait tout de même un moment que le chiffre d’affaires est en déclin et le cash-flow en territoire négatif.

Et si l’on zoome un peu plus sur son rapport trimestriel détaillé (10-Q), on s’aperçoit que Kodak a attribué 2,4 millions de stocks-options le 27 juillet, soit la veille de l’annonce de sa reconversion en fabricant de génériques, et surtout avant l’envolée spectaculaire de son cours de bourse.

De plus, sur les 2 millions d’options exercées à fin septembre, Kodak a comptabilisé une charge de rémunération d’environ 5,1 millions de dollars liée à 300 000 options exercées par des ex-employés mais qu’ils n’auraient pas dû détenir ! Kodak indique vouloir récupérer une partie de cet argent mais prévient que rien ne garantit qu’il y parviendra.

Rétrospectivement, si l’ancien géant américain a échoué c’est sans doute parce qu’il n’a pas su récompenser à sa juste valeur les managers qui auraient pu permettre à l’entreprise de prendre le bon virage stratégique : on pense notamment aux inventeurs de Xerox et Polaroid, qui sont partis de chez Kodak pour lancer eux-mêmes leurs innovations.

Aujourd’hui, Kodak a fait profiter ses managers et ses ex-managers d’une envolée spectaculaire du cours de bourse pour gagner de l’argent sans rien faire.

Dans une conférence téléphonique avec les analystes de Wall Street, le management de Kodak a réitéré qu’il était en bonne voie pour rétablir l’entreprise comme marque iconique mondiale, même si les événements récents font plutôt penser à un mauvais film (Kodak se trouvant dans le viseur de la SEC, l’autorité de régulation boursière américaine).

Avec ses fake options, ce n’est pourtant pas dans le domaine technologique que l’ancien géant de la photo a innové, mais bien dans le domaine boursier.

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