Covid-19 : l’inopérant jeu d’imitation des gouvernants africains

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Pour sept décès par dix millions d’habitants, l’Afrique est mise sur pause. Ce qui est efficace en Occident ou, particulièrement, en France, ne l’est pas forcément en Afrique ou au Tchad.

Par Joe Al Kongarena.

Les chiffres parlent ! Heureusement, chacun peut aisément calculer, voir et savoir de manière objective ce que nous posons. À la date du 17 avril 2020, le Covid-19 a fait 19 décès par million d’habitants dans le monde.

En Afrique, s’il faut conserver le dénominateur « par million d’habitants », nous en sommes à zéro mort. Il faut changer de rapport pour arriver en Afrique à sept décès par dix millions d’habitants.

Pourquoi l’Afrique imite l’Europe ?

Questions : qui ne connait pas une seule maladie plus mortelle que le Covid-19 qui tue, en ce moment même, plus d’Africains ou particulièrement de Tchadiens ? Pourquoi l’Afrique s’est mise à imiter l’Europe ? Pourquoi les autorités regardent les mesures prises en France et les reproduisent à l’identique au Tchad ?

Il est des maladies plus létales et plus contagieuses que le Covid-19, qui circulent en Afrique sans que le continent se mette en pause pour deux heures.

Pour sept décès par dix millions d’habitants, l’Afrique est mise sur pause, sommes-nous sérieux ?

Comment sommes-nous arrivés à faire d’un virus le centre du monde au point de mettre à l’arrêt lieux de cultes, lieux de vie, des continents en entier, la Terre ? Même les extrémistes religieux sont mis au pas. D’où le Covid-19 tire-t-il sa puissance pour « déconnecter » la Terre entière en à peine quelques semaines ?

Un peu de calme, de recul, de maitrise de soi et de lucidité

Ce n’est pas parce que l’Occident panique et s’agite que nous devons paniquer et nous agiter en Afrique. Ce n’est pas parce que l’Occident prend des mesures en fonction de sa réalité et ses besoins que nous devons les recopier et les transposer à l’identique dans les foyers tropicaux.

Là où les besoins existentiels vitaux, comme la nourriture et l’eau potable, cessent de concentrer des efforts prioritaires au quotidien, la santé seule pourrait tout dicter ou presque, ou avoir le primat sur d’autres considérations, comme en Occident.

Mais là où les besoins de nourriture et d’eau, même pas potable, sont des besoins qui concentrent le plus d’énergie et d’effort pour la majorité de la population, comme en Afrique, la santé seule ne saurait ni tout exiger ni tout rythmer.

Il est temps que les autorités africaines et tchadiennes en particulier, comprennent la pluralité de la réalité. La nôtre dépasse le champ exclusif de la santé qui ne devrait pas donner à penser que mourir de faim en une semaine serait plus acceptable que mourir de Covid-19 en deux semaines.

Ce qui est efficace en Occident ou, particulièrement, en France, ne l’est pas forcement en Afrique ou au Tchad.

Certes, le Covid-19 est désormais une réalité indéniable sur le continent. Il faut prendre sa mesure avec gravité mais lui appliquer des réponses qui correspondent à nos vérités domestiques. Or, force est de constater que les mesures prises au Tchad jusque-là sont une agrégation de non-sens à efficacité incertaine, économiquement très dommageable et socialement déréglée.

Contrôler les frontières extérieures au continent

Dans le cas du Tchad, voire de l’Afrique en général, en dehors des mesures barrières, seule une mesure pouvait être appliquée identiquement, à savoir celle qui contrôle rigoureusement les frontières extérieures. Parce que pour une fois, le mal ne vient pas de l’intérieur du continent mais de dehors.

Fermer les frontières extérieures continentales, laisser les frontières intérieures ouvertes, ou même réduites, pour les échanges économiques intra-africains, et augmenter la vigilance pour escalader rapidement des actions si nécessaires, le tout dans la coordination et la surveillance à l’échelle du continent.

Voilà ce qu’il aurait convenu d’appliquer comme réponse efficiente à une épidémie qui nous frappe, jusque-là, avec sept morts par dix millions d’habitants.

C’est tout simplement une bêtise de penser uniquement Covid-19 dans la panique, la réaction et le mimétisme sans lucidité. Une menace économique plus grande et plus létale socialement est tout simplement là devant nous. L’Afrique doit penser et gérer simultanément l’instantané et le stratégique.

Attention : la dette, cousine de la pauvreté et de la mort elle-même, est plus mortelle que le Covid-19. Nous appelons l’Union africaine à réviser ses copies et conseils aux États membres

Une réponse africaine

Au plan intérieur, la pédagogie, la vigilance et le civisme combinés, tout au plus, au couvre-feu la nuit (pour mettre au pas les brebis galeuses et accentuer la discipline), devraient suffire pour assurer la continuité, à vitesse contrôlée, vers l’immunité collective comme point de chute.

Soit dit en passant, le couvre-feu est socialement et économiquement soutenable d’autant plus que les activités économiques sont déjà réduites au coucher du soleil et qu’il serait surtout difficile d’appliquer la distanciation sociale dans un pays comme le Tchad qui baigne dans le noir.

C’est l’occasion de rappeler, tant nous le disions hier, qu’il ne faut pas ériger des repris de justice et des truands au rang de modèles dans notre société. Car plus que jamais, pour des situations comme celle d’aujourd’hui, l’exemplarité et le civisme ne sont pas que des maitres mots mais aussi des comportements montrés par des citoyens responsables et irréprochables.

Comprenne qui pourra, c’est dire que l’esprit civique nait de la bonne gouvernance générale, de l’éducation et de l’exemplarité.

Pour ceux qui peinent encore à le comprendre, au rang desquels ceux qui nous gouvernent ou confinent une large portion de l’opinion publique dans un folklore inepte : c’est par la somme des petits gains provenant de plusieurs lignes de force et sous la gouverne de la lucidité et de la maitrise des sens que nous pourrions surmonter ce satané virus !

La lucidité, la pertinence, la solidarité et l’humanité devraient former le cadre de base qui permettrait à la pédagogie, au civisme et à l’implication de tous d’impulser une bataille collective tout en synergie, acharnée et efficace contre une pandémie qui n’épargne personne ni aucune couche de la société.

De quoi augurer une réponse endogène africaine, sans doute plus efficiente et réaliste, à un virus qui présente d’ailleurs des comportements variables d’une sphère à une autre. Vérité au-delà de la Méditerranée, erreur en deçà, l’imitation game des gouvernants africains, excepté Patrice Talon au Bénin qui clame n’en avoir pas les moyens, ne saurait briser le code mortifère d’un virus on ne peut plus énigmatique !

Couper les êtres humains des autres êtres qui leur sont chers (père, mère, enfants, parents, amis), comme on en voit avec le confinement au nom d’une létalité relative et discutable, est une pratique caractéristique des sectes. Ce n’est ni science ni raison. Dans le cas du Covid-19, il faut dire et poser de manière la plus claire que le schéma européen n’est pas un modèle pour l’Afrique.

Parce qu’il agrège selon les pays des résultats qui frisent l’incompétence au plus haut sommet et une irresponsabilité criminelle de tous sinon des techno-agents intermédiaires.

Inspirons-nous du Bénin par exemple et faisons mieux.

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