Iran : une crise sanitaire grave, cachée par le régime

1989 Ayatollah Ali Khamenei by Abdullah Manaz (CC BY-NC 2.0) — Abdullah Manaz, CC-BY

La catastrophe en Iran est un problème immédiat et urgent qui n’est pas limité aux frontières iraniennes et qui a déjà touché les pays de la région.

Par Hamid Enayat.
Un article de la revue Conflits

Les informations sur les décès, province par province et ville par ville, sont obtenues auprès des hôpitaux, des centres médicaux, des médecins, des morgues, des cimetières et des rapports internes des autorités iraniennes. Les informations en provenance de la ville de Qom montrent que 60 à 70 personnes meurent chaque jour du Coronavirus, et que les morgues peuvent les accueillir plus longtemps.

L’Iran est peut-être le seul pays où le régime s’efforce de dissimuler l’ampleur réelle de la crise et utilise les forces de sécurité, en particulier les pasdarans, pour empêcher de rendre publique l’ampleur réelle de l’épidémie. Le procureur général, Mohammad Jafar Montazeri, a averti que la diffusion de statistiques et d’informations sur le coronavirus, autres que par les canaux officiels, est « un acte criminel punissable par la loi » avec des « conséquences graves ». Des arrestations ont eu lieu dans plusieurs villes sous l’inculpation de diffusion de rumeurs sur les victimes, notamment sur les médias sociaux.

Le corps des pasdarans a donné l’ordre à toutes ses divisions et QG de province de se déployer dans les hôpitaux, les centres médicaux et de santé pour contrôler les informations sur le nombre de patients infectés ou morts du virus.

Raisons de l’extension de la crise, impact réel des sanctions, demande de prêt au FMI

Il est manifeste que les autorités en Iran étaient au courant un mois auparavant de la propagation du virus dans le pays et que plusieurs personnes en étaient mortes, mais elles ont en gardé le secret. En raison du onzième anniversaire de la révolution et de la mascarade électorale du 21 février, Khamenei a explicitement interdit aux responsables de faire cette annonce. Le ministre de l’Intérieur, Abdolreza Rahmani Fazli, a déclaré lors d’une conférence de presse le 23 février, que si certaines personnes avaient recommandé le report des législatives, en tant que responsable il avait rejeté ces appels.

Malgré des avertissements répétés, la compagnie Mahan Air, appartenant aux pasdarans, a poursuivi en mars ses vols de ligne vers la Chine. L’absence de réaction appropriée de Téhéran et le fait que la ville de Qom, l’épicentre du coronavirus, n’ait pas été mise en quarantaine ont provoqué la propagation du COVID19 dans au moins 16 autres pays.

Si le régime a fait un effort concerté pour dépeindre les sanctions comme la véritable raison de la situation catastrophique, il reste en réalité, le seul et unique responsable de la crise.

L’attitude du régime à l’égard de Médecins sans frontières (MSF) ces derniers jours est très révélatrice. MSF avait envoyé une équipe et un hôpital de campagne à Ispahan, l’une des villes les plus touchées en Iran. Bien que les autorités aient affirmé que la situation était désastreuse et que les sanctions empêchaient de répondre aux besoins immédiats de la population, elles ont empêché MSF de faire son travail. Alireza Vahabzadeh, un haut fonctionnaire du ministère de la Santé a tweeté le 24 mars : « Avec la mise en œuvre du plan national de mobilisation pour lutter contre le coronavirus et en utilisant toutes les capacités médicales des forces armées, il n’est plus nécessaire pour les étrangers de mettre en place des hôpitaux de campagne et cette présence est annulée. » En un mot, le régime demande des moyens, mais pas de présence directe pour voir comment il les utilise, constater sa mauvaise gestion et sa corruption.

Alors qu’en dehors de l’Iran, le pouvoir prétend qu’il manque des besoins de base en raison des sanctions, à l’intérieur du pays, il se vante d’avoir le contrôle total et de disposer de moyens supplémentaires.

Le 25 mars, Hassan Rohani a déclaré :

« Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas manqué de lits, d’infirmières ou de médecins. Même dans les unités de soins intensifs (USI), dans la plupart des villes et des provinces, nous avons des réserves. Hier, j’étais particulièrement inquiet pour Machad ; cependant, il s’est avéré que 30 % des lits des USI étaient vides. Il y a une bonne planification en place ! »

Il a également annoncé hier :

« Les admissions à l’hôpital ont diminué et le nombre de décès est en baisse. »

Quels sont les faits ?

Pendant quatre décennies, la seule préoccupation du régime iranien a été de réprimer la population, de parrainer le terrorisme et la belligérance dans la région et de faire proliférer les armes de destruction massive. Cela se reflète dans les budgets consacrés à ces activités malveillantes au lieu des besoins de base et du bien-être de la population, comme les installations médicales et les hôpitaux. Cette politique a dévasté les infrastructures de la société et les Iraniens ne cessent d’en payer le prix.

La corruption est institutionnalisée. Elle est si répandue que même les dirigeants la décrivent comme un dragon à sept têtes. Chaque année, une grande partie du budget du pays est consacrée à la production et à l’importation de produits pharmaceutiques, mais en raison de la corruption généralisée, une grande partie de l’argent est volé ou détourné. Le 15 juillet 2019, le ministre de la Santé, Saïd Namaki, a déclaré :

« Un montant de 1 300 000 000 dollars pour des équipements médicaux a été distribué et personne ne sait exactement qui les a pris et à qui ils ont été remis. »

Le gouverneur de la Banque centrale a déclaré le 19 décembre 2019 :

« Nous avons fourni 22 milliards de dollars en devises étrangères pour les importations, dont 11 milliards de dollars ne sont pas revenus au pays. Qu’est-il arrivé au reste de l’argent ? »

Un quotidien officiel a écrit le 18 décembre que selon les informations de quinze banques iraniennes, les facilités financières et les fonds fournis à 456 personnes physiques et morales s’élèvent à environ 363 milliards de tomans, ce qui équivaut au budget total de l’année iranienne 1399 (qui a commencé le 20 mars).

Corruption et détournement d’argent

En raison de la thésaurisation et de la mauvaise gestion, les hôpitaux manquent de fournitures de base ainsi que des équipements et des installations nécessaires pour faire face à cette catastrophe. Les installations médicales sont exclusivement contrôlées par les pasdarans. Les patients ordinaires sont privés des produits de base, comme les masques et les gels désinfectants. Les pasdarans les vendent au marché noir dix fois plus cher.

En ce qui concerne la disponibilité des fonds, selon les hauts responsables, il existe quatre institutions qui contrôlent 60 % de la richesse nationale. Il s’agit du Siège de l’ordre de l’imam (SOI), de la garnison de Khatam al-Anbiya, du conglomérat Astan-e-Qods Razavi et des fondations des Martyrs et des Mostaz’afan.

Ils sont tous sous le contrôle total du guide du régime, Ali Khamenei. Les actifs et le capital du SOI sont estimés à plus de 100 milliards de dollars. Le Fonds national de développement est sous le contrôle total et unique de Khamenei. Selon diverses estimations, il disposerait de dizaines de milliards de réserves.

Ces institutions sous le contrôle des pasdarans ou du bureau de Khamenei possèdent des moyens et des installations considérables. Une petite partie d’entre elles suffirait à couvrir les coûts de la lutte contre le coronavirus, y compris le paiement des salaires des ouvriers et des employés.

Les médicaments n’ont jamais été sanctionnés. Les autorités américaines l’ont souligné. Le directeur de l’Organisation alimentaire et pharmaceutique du régime a annoncé samedi 21 mars qu’il faut 48 heures pour importer des vêtements spéciaux, des masques et des produits d’hygiène. Le régime était en mesure d’importer des kits de dépistage depuis janvier.

Les sanctions : l’ennemi commode

Malheureusement, il tente d’exploiter politiquement la catastrophe et de rejeter la responsabilité de la crise sur d’autres questions, notamment les sanctions américaines. Il y a peu, Khamenei a accusé les États-Unis d’avoir probablement produit le virus pour l’Iran. Le régime utilise la vie des Iraniens sans défense pour servir son opportunisme politique et tenter de saper les sanctions. Le monde ne devrait pas permettre aux mollahs d’utiliser la vie de milliers d’Iraniens comme des pions pour atteindre leurs sinistres objectifs politiques.

Alors que d’autres pays indemnisent les salariés pour qu’ils puissent rester chez eux, Rohani a déclaré sans vergogne le 21 mars :

« C’est une conspiration des contre-révolutionnaires visant à fermer les entreprises et à arrêter l’activité économique en Iran. Nous ne devons pas laisser cela se produire ; nous devons tous travailler dans le cadre de protocoles sanitaires. »

Il avait précédemment déclaré que l’Iran n’avait pas l’intention de mettre des villes en quarantaine.

La catastrophe en Iran est un problème immédiat et urgent qui n’est pas limité aux frontières iraniennes et qui a déjà touché les pays de la région.

En ce qui concerne les sanctions, comme l’a dit Maryam Radjavi, la dirigeante de l’opposition iranienne, ceux qui versent des larmes de crocodile sur la dictature religieuse en Iran à cause des sanctions devraient aussi montrer une certaine empathie pour le peuple iranien. Et s’ils sont fidèles à ce qu’ils disent, ils devraient forcer le régime à autoriser les journalistes, les observateurs, les missions et l’aide étrangère dans le pays et permettre à l’aide de parvenir à la population dans le besoin, sans intermédiaire. Ils devraient également faire pression sur le régime pour qu’il libère tous les prisonniers et qu’il cesse les arrestations, la torture et les exécutions, et surtout, le contraindre à ne pas empêcher les jeunes insurgés d’aider leurs concitoyens.

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