Reload ! Comment l’Amérique invente le siècle, de Drieu Godefridi

L’Amérique de Trump tourne le dos à celle d’Obama. L’ouvrage de Drieu Godefridi dresse un bilan positif de la gouvernance Trump.

Par Francis Richard.

L'Amérique de TrumpEn Europe, dans les médias et dans la classe politique, il est de bon ton de vouer aux gémonies Donald Trump, depuis qu’il a fait acte de candidature à la présidence américaine en 2016 et de dire de lui pis que pendre, à défaut de pouvoir le faire.

Drieu Godefridi se dit cartésien. Il analyse donc le phénomène Trump rationnellement, sereinement, sans céder à l’émotion, et conclut que, dans ce phénomène, fond et forme, résultats et style, statistiques et vitupérations ne sont pas […] dissociables.

Ce sont les clés qui permettent de comprendre que contrairement à ce qui est dit et pensé en Occident, Trump est d’une grande cohérence dans sa manière de présider aux destinées de son pays et de prendre ses décisions, y compris en matière d’immigration : S’il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de pays.

Déréguler

Trump est d’abord un businessman : Le businessman envisage la réglementation avant tout comme un coût et une contrainte. Si Trump ne porte pas l’Union européenne dans son coeur, il est vraisemblable que ce soit en raison de sa folie régulatoire.

Les premières décisions de Trump sont d’ailleurs de déréguler (un mot que la gauche a rendu odieux) :

– par l’abrogation du Clean Power Act : l’énergie, avant d’être un projet éthique (conception européenne), est aussi vitale à l’économie, en vérité la vie, que l’eau et l’oxygène ; ainsi son objectif pour l’Amérique est-il non seulement de parvenir à l’indépendance énergétique mais, qui plus est, à la domination énergétique ;

– par l’abrogation du principe de neutralité du net : il en donne l’exemple, car, comme il n’est pas du genre à ne pas rendre coup pour coup et que les médias traditionnels lui en assènent tous les jours, il les court-circuite avec ses tweets, où il commet globalement peu d’erreurs et qui surprennent ces médias, aveuglés par le mépris en lequel ils le tiennent ;

– par la sortie de l’Accord de Paris : il refuse le coût astronomique pour le contribuable d’une transition énergétique basée sur la réduction immédiate en Occident des émissions de CO2, c’est-à-dire par le renoncement au nucléaire et aux énergies fossiles, et sur le financement par le même Occident du renoncement futur à ces sources d’énergies par le reste du monde ;

– par des réductions massives d’impôts : les Américains ont de la dette (Obama n’a pas seulement doublé la dette publique américaine, il est à l’origine d’une explosion normative sans précédent) et des impôts faibles ; les Européens ont de la dette et les impôts les plus élevés  du monde.

Un tempérament combatif

Trump, qui est un fervent défenseur de la concurrence pour faire de l’argent, s’est attaqué vigoureusement au crony-capitalism, qui en fait en obtenant des faveurs de la part de l’État et qui, en retour, finance le parti étatiste qui les lui accorde, à savoir le Parti démocrate.

Trump s’est attaqué à la communauté du renseignement, le Deep State (qui a succombé aux fake news de la presse traditionnelle et qui l’avait perçu comme une menace, alors que Clinton garantissait la continuité, notamment budgétaire), et à ses agissements criminels.

Ce tempérament combatif est conforme à sa technique, éprouvante, de gestion des ressources humaines : il s’entoure de gens de qualité sans chercher à prévenir les conflits et de carrières exceptionnelles, fussent-elles en désaccord radical avec lui sur des sujets importants.

Ce tempérament combatif est conforme au businessman qu’il est resté dans l’âme quand il s’agit de relations internationales, en marquant le monde de son empreinte coût-bénéfice ; car c’est elle qui explique son appétit de retrait raisonné des bourbiers afghan et syrien.

Ce tempérament combatif est conforme au président qui se fait respecter par les alliés des États-Unis au Moyen-Orient en s’y montrant brutal, peu diplomatique, grossier, c’est-à-dire, par exemple en osant parler d’islam radical en Arabie Saoudite.

Comme disait Reagan : We maintain the peace through our strength; weakness only invites aggression (Nous maintenons la paix par notre force ; la faiblesse incite à l’agression. Discours du 23 mars 1983)

Conclusion

L’Amérique de Trump tourne le dos à celle d’Obama. C’est une Amérique libérale-conservatrice – ou constitutionnaliste – dont la conception du monde, de 1776 à nos jours, situe le centre de gravité de l’existence non pas dans le politique, mais dans la société civile.

Cette renaissance de l’Amérique est due à un homme qui se caractérise par trois régularités de fonctionnement, discernables au terme de son mandat de président :

Management non pas en dépit de mais par le conflit.

Capacité à trancher et à s’en tenir à des décisions ancrées dans des principes et rivées à des objectifs.

Recherche de l’angle neuf, minoritaire et comme en friche.

Les résultats sont là : l’Amérique renaît, dans le sens donc où elle se régénère, conquérante, dominante et fidèle à ses valeurs fondatrices. En somme, elle invente le siècle.

Drieu Godefridi est moins optimiste à propos de notre continent, du moins pendant un temps :  entre 2020 et 2075, l’Europe, au moins occidentale, déclinera fortement, en valeur relative sinon absolue. Les premiers black-out seront, à cet égard, riches d’enseignement…

Drieu Godefridi, Reload ! – Comment l’Amérique invente le siècle, 152 pages, Texquis

Livres précédents :

La loi du genre, 92 pages, Les Belles Lettres (2015)

La passion de l’égalité, 150 pages, Texquis (2018)

L’écologisme, nouveau totalitarisme ?, 180 pages, Texquis (2019)

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