Open Borders, de Bryan Caplan et Zach Weinersmith

L’économiste Bryan Caplan et le dessinateur Zach Weinersmith viennent de publier une BD à la fois ludique et convaincante en faveur de l’immigration libre.

Par Nils Baudoin.

L’économiste Bryan Caplan et le dessinateur Zach Weinersmith viennent de publier un ouvrage à la fois ludique et convaincant en faveur de l’immigration libre : Open Borders, the Science and Ethics of Immigration.

Bryan Caplan, professeur à la George Mason University est notamment connu pour ses travaux dans la lignée de l’école du Choix Public avec le livre The Myth of the Rational Voter (2007) et plus récemment sa prise de position polémique contre l’enseignement supérieur qu’il juge peu efficace dans The Case Against Education (2018). Il a aussi publié de nombreux articles favorables à l’immigration libre.

Zach Weinersmith est le dessinateur du webcomic Saturday Morning Breakfast Cereals et du livre de vulgarisation scientifique Soonish.

La BD Open Borders n’est pas sa première création politique puisqu’il avait déjà publié Polystate, une bande dessinée sur les gouvernements décentralisés malheureusement exclusivement disponible au format Kindle.

Open Borders est publié en anglais aux éditions First Second dans un petit format assez épais de 250 pages. Il est malheureusement peu probable que le livre soit traduit un jour en français mais il s’agit d’un style assez facile à lire même pour ceux moins familiarisés avec l’anglais.

Bryan Caplan y figure en tant que narrateur reconnaissable à sa cravate rouge, qu’il porte même avec une toge lorsqu’il discute avec Socrate.

Outre Socrate, sont conviés Milton Friedman, Emmanuel Kant, Jésus et d’autres personnages historiques. Caplan laisse volontiers la parole à ses collègues comme Michael Clemens ou Alex Nowrasteh afin qu’ils présentent leurs thèses.

L’un des principaux arguments de Caplan en faveur de l’immigration libre est son formidable gain économique mondial aussi bien pour les natifs que pour les immigrants.

Il utilise aussi des arguments éthiques pour justifier que chacun puisse vivre et travailler où il le souhaite.

Un chapitre est consacré à la réfutation des arguments culturels contre l’immigration. Il est plutôt convaincant dans son opposition aux arguments  émotionnels dans le cas américain, mais il est plus difficile de le suivre lorsque la culture d’accueil est moins puissante, comme en Hongrie par exemple.

Les quelques pages faisant référence aux mesures de QI sont peut-être celles dont l’argumentation sera la plus controversée. Il convient de retenir l’idée que peu importe le quotient intellectuel, l’essentiel est que chacun puisse l’exploiter dans un environnement favorable, qui se chargera de l’optimiser en retour.

La solution préférée de Caplan, l’absence totale de restriction à l’immigration, est radicale et aujourd’hui peu réaliste.

Il propose donc des keyhole solutions en référence aux techniques chirurgicales consistant à pratiquer une incision la plus petite possible. Par exemple, pour contrer l’argument du risque de hausse de la criminalité, la solution keyhole signifie l’interdiction de la venue de personnes ayant un casier judiciaire non vierge.

L’ouvrage est assez centré sur les États-Unis, ce que Caplan reconnaît et explique par la position économique du continent et son histoire fortement liée à l’immigration. Il s’appuie aussi sur la copieuse littérature sur le sujet.

L’aspect très graphique de l’ouvrage pourrait suggérer un manque de rigueur mais ce n’est absolument pas le cas. Il contient des références très précises (détails de la page ou du tableau) des sources de l’information plutôt que juste le nom de l’ouvrage ou de l’article. Un petit repère indiquant les cases bénéficiant de ce complément d’information aurait néanmoins facilité cette recherche.

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