La communication, facteur déterminant de l’évolution (1)

fishbowl jump By: Kay Kim - CC BY 2.0

Chaque invention majeure : écriture, imprimerie, télégraphe, téléphone, Internet correspond à des moyens de diffusion d’informations, autrement dit à des outils de communication.

Par Philippe Mosching.

Durant les 300 000 premières années de son existence, doté du même cerveau qu’aujourd’hui, l’Homme a fait très peu de progrès. En découvrant de nouvelles formes de communication, il a élargi ses structures sociales, a partagé, diffusé, pérennisé et enrichi les connaissances acquises et ainsi s’est distingué des autres formes de vie. La communication a été un facteur déterminant, pourquoi ?

Un peu d’histoire pour commencer

Il a fallu attendre 300 000 ans après que les premiers Hommes aient vu le jour pour voir des changements d’organisation sociale, le développement de nouvelles techniques, la spécialisation des activités, la sédentarisation et l’agriculture. C’est l’avènement, il y a 10 000 ans, du Néolithique.

Ensuite l’apparition de l’écriture marquera le début officiel de l’Histoire, nous sommes en 3500 av. JC. Plus tard, vers 1450, Gutenberg libère le savoir et le met à disposition d’un plus grand nombre en inventant un système d’impression plus performant. L’impact de cette invention a été longtemps sous-estimé. Elle est maintenant reconnue, à juste titre, comme fondamentale dans la sortie du Moyen-Âge.

La machine à vapeur annonce l’ère industrielle avec les trains et la mécanisation de l’appareil productif. Puis, l’électricité qui a permis le télégraphe, le téléphone, la télévision et finalement l’informatique.

La dernière évolution en date est celle d’Internet, prolongée par celle des smartphones connectés par les réseaux aériens : 4G aujourd’hui, 5G en cours d’installation, réseaux satellitaires en cours de déploiement et 6G qui se prépare. Demain, les objets connectés peupleront nos vies, ils collecteront en temps réel une quantité de données qui nous permettra d’appréhender notre monde avec une pertinence inédite.

Évolution spontanée et communication

Ce court résumé de l’histoire des technologies nous interroge sur l’existence de mécanismes à l’œuvre dans cette marche du progrès. Le principe d’évolution spontanée propose d’expliquer l’évolution, non pas comme une force sous-jacente, mais comme des surgissements aléatoires suivis d’une sélection basée sur le bénéfice produit.

Ce principe réfute toute intentionnalité et suffit à expliquer l’évolution technologique. Le principe sous-jacent guidant le progrès s’apparente alors à un phénomène émergent visible en prenant du recul.

Ce principe minimaliste – car il fait intervenir un minimum d’éléments – mais très fécond est au cœur de la pensée libérale depuis les Lumières (David Hume, Montesquieu), les premiers penseurs de l’économie libérale (Adam Smith), puis l’école autrichienne (Ludwig von Mises, Friedrich Hayek).

Il est évidemment la base de la théorie de l’évolution biologique de Darwin. Et on peut faire l’analogie avec le principe de moindre action en physique qui s’applique à la mécanique newtonienne, relativiste, quantique et à l’électromagnétisme. Ce qui nous amène à le considérer comme raisonnablement réaliste et efficace pour expliquer l’évolution technologique.

Densité et édification

Revenons avant le Néolithique. L’Homme vivait en tribus autonomes de 10-15 individus avec de faibles contacts entre tribus et donc une faible concurrence. La découverte d’une technique par une tribu avait peu de chance d’être diffusée au-delà de cette même tribu. Sans développement d’une structure sociale plus étendue, sans concurrence forte, cette découverte ne concernait pas plus de 10-15 individus et était vouée à s’éteindre.

Ce n’est que lorsque des structures sociales plus grandes et plus denses dans des contextes de concurrence plus forte, que les évolutions ont pu se diffuser plus rapidement et plus largement. La taille et la densité des structures sociales, créant de la concurrence, deviennent donc des facteurs d’accélération du progrès.

Aujourd’hui encore c’est dans les régions très peuplées et très denses que l’innovation se développe : les grandes villes (New-York, Hong-Kong, Shanghai), les zones d’activité dédiées (Silicon Valley, incubateurs, universités).

Ce phénomène a été identifié et est même artificiellement provoqué en construisant des immeubles de grande hauteur là où le terrain est pourtant disponible : Dubaï, la Défense à Paris, ainsi que la plupart des villes américaines ayant des centres-villes verticaux au milieu d’une ville étonnement plate comme Los Angeles ou Phoenix.

Le principe d’édification des savoirs est lui aussi fondamental. Les innovations se basent sur les précédentes.

Pour travailler les métaux, il fallait maîtriser le feu. Pour construire des machines à vapeur, il fallait connaître la métallurgie et donc maîtriser le feu. Pour concevoir un ordinateur, il fallait comprendre l’électronique, qui se basait sur l’électricité. Actuellement, pour produire un produit aussi complexe qu’un smartphone, il faut faire appel à un nombre incroyable de découvertes de l’humanité.

Est également nécessaire la pérennisation des connaissances, c’est-à-dire la possibilité d’enregistrer le savoir acquis pour qu’il soit un bénéfice au-delà de la vie d’un individu ou d’un groupe. Sans pouvoir enregistrer les connaissances, elles pourraient ne pas survivre et tout devrait être recommencé régulièrement. Il s’agit de la diffusion temporelle.

La taille augmente la probabilité de nouvelles idées. La densité accélère la diffusion et favorise la concurrence qui à son tour amplifie la sélection. La diffusion et l’enregistrement des connaissances permettent l’édification.

Alors, qu’est-ce qui nous fait progresser ?

On devrait donc observer que les inventions liées à la diffusion et à l’enregistrement des connaissances devraient jouer un rôle important.

Reprenons la courte histoire décrite dans le premier paragraphe.

Chaque invention majeure : écriture, imprimerie, télégraphe, téléphone, Internet correspond à des moyens de diffusion d’informations, autrement dit à des outils de communication. Même les moyens de transport – trains, voitures, avions – ont une composante de communication. En rapprochant physiquement les personnes, on facilite aussi la diffusion des connaissances. L’efficacité et la qualité de ces communications tendent à créer des communautés plus larges et plus denses en rapprochant virtuellement leurs membres.

L’Homme se distingue des autres formes de vie par une meilleure capacité à communiquer grâce au langage articulé, à un visage plus expressif, car dépourvu de poils ; ses yeux laissant apparaître du blanc sont placés de telle manière qu’ils permettent un contact visuel à moyenne distance.

Meilleure sera la communication et plus rapide sera le progrès, en quoi ceci peut-il nous donner des pistes pour l’avenir ? Comment orienter nos choix de recherche ? La suite, prochainement…

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