La France militaire en Afrique : un mauvais investissement économique

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La France militaire en Afrique : un mauvais investissement économique

Publié le 26 septembre 2019
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Par Thierry Hommel1.
Un article de The Conversation

Aux yeux de nombreux Africains, la France est intervenue dans le nord du Mali, principalement à partir de janvier 2013, afin de s’approprier un pétrole qui avait vainement été prospecté par les Algériens sans jamais donner lieu à des découvertes en quantités suffisantes pour être commercialisables, voire exportables.

La ritournelle est classique et on la retrouve en 2013 à propos du déclenchement de l’opération Sangaris en Centrafrique, où l’exploitation de gisements d’uranium fut en réalité un coûteux échec industriel pour Areva.

Beaucoup d’observateurs estiment ainsi que les interventions militaires de la France dans son « pré-carré » africain visent à mettre la main sur des ressources naturelles et à préempter le marché intérieur des ex-colonies.

Le propos est souvent relayé en Occident par les Anglo-Saxons et des analystes marqués idéologiquement.

Depuis la fin de la guerre froide, un examen attentif des parts de marché et des investissements en Afrique dément pourtant cette vision. Il n’y a pas de corrélation entre les zones d’intervention de l’armée française et la ventilation géographique des intérêts économiques de l’ancienne puissance coloniale sur le continent (figures 1 et 2).

figure 1 : Les interventions militaires de la France dans le monde en 2019.
MAE, Author provided 
figure 2 : Les principales Interventions militaires de la France en Afrique depuis 2008.
Thierry Hommel, Author provided 

L’Afrique subsaharienne n’est pas prioritaire pour le commerce extérieur français

En dehors de l’Europe, les principaux partenaires commerciaux de la France sont les États-Unis et la Chine. L’effacement de l’Afrique de la carte économique est visible à travers les priorités affichées par Bercy.

Parmi les 54 pays désignés comme prioritaires pour le commerce extérieur, seulement huit sont africains, dont quatre au sud du Sahara.

Outre le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte, il s’agit du Nigéria, du Kenya, de l’Afrique du Sud et de la Côte d’Ivoire, unique État de la liste à avoir connu un déploiement de l’armée française, en l’occurrence avec l’opération Licorne en 2002-2015.

Alors qu’elles décollaient vers l’Asie (+68 %) et l’Amérique du Nord (+40 %), les exportations françaises n’ont pas non plus progressé sur le continent (+0 %) depuis 2008.

Elles ont même régressé dans les pays des deux zones CFA, la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) et l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA), y compris sur les théâtres ivoirien, sahélien et centrafricain où l’armée a été déployée.

D’une manière générale, la part de l’Afrique dans les exportations françaises a diminué de moitié en vingt ans, passant de 11 % en 2000 à 5 % du total en 2017. Premier exportateur européen en Afrique jusqu’en 2016, la France a depuis lors perdu son leadership au profit de l’Allemagne.

 

L’Afrique subsaharienne n’est pas prioritaire pour les investissements français.
Soes, Author provided 

L’Afrique du Nord concentre par ailleurs près de 50 % des échanges avec le continent. Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie devancent le Nigéria, l’Égypte et l’Afrique du Sud.

À eux six, ces pays représentent plus de 65 % du commerce total de la France avec l’Afrique. Quant aux importations de ressources stratégiques comme les hydrocarbures et les minerais, elles proviennent surtout du Nigéria anglophone et de l’Angola lusophone, auxquelles s’ajoutent l’Algérie pour le gaz et le Niger pour l’uranium.

Les zones d’intervention militaire non prioritaires

Les investissements directs de la France sur le continent confirment la déconnexion entre les interventions militaires et l’importance économique des pays ciblés, tant en termes de flux que de stocks.

En 2017, environ un tiers sont allés en Afrique du Nord, notamment au Maroc. Dans un contexte d’expansion des marchés africains, la France a certes multiplié par 10 ses investissements sur le continent entre 2000 et 2017.

En termes de stock, la France conserve par ailleurs son rang : le troisième après le Royaume-Uni et les États-Unis. Mais l’Hexagone regarde désormais au-delà du « pré carré » francophone.

En Afrique subsaharienne, les progrès réalisés en 2017 sont essentiellement dus à de nouveaux partenaires comme l’Angola (8,7 milliards d’euros) et le Nigeria (8,6 milliards d’euros).

Les stocks d’investissements français en Afrique du Sud, en Côte d’Ivoire et au Sénégal s’élèvent respectivement à 2,5, 2,3 et 2,1 milliards d’euros.

Si l’intervention militaire au Mali avait été, comme certains le suggèrent, motivée par des raisons économiques, son échec n’en serait donc que plus patent.

Depuis 2013, les opérations Serval puis Barkhane n’ont guère été rentables au vu de leur coût, qui a augmenté dans la durée, et de leur incapacité à rétablir les parts de marché de la France, en perte de vitesse dans ses secteurs phares : machines, appareils électriques et électroniques, produits pharmaceutiques, aéronautique, automobile.

Selon les chiffres du Sénat, qui sont largement basés sur l’amortissement du matériel et l’entretien des troupes engagées sur le terrain, les dépenses consacrées à ces opérations sont passées de 521 millions d’euros en 2014 à 690 en 2017, soit un total cumulé approchant les 2,4 milliards d’euros pour le déploiement d’environ 4000 soldats.

À titre de comparaison, la mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), qui combat les Chebab dans la Corne de l’Afrique, a pu coûter jusqu’à 1 milliard d’euros par an lorsqu’elle comptait 22 000 hommes.

Réputée pour son opacité, la coalition montée contre Boko Haram disposerait quant à elle d’un budget inférieur à 500 millions de dollars pour déployer moins d’une dizaine de milliers de soldats autour du lac Tchad si l’on se fie aux chiffres contradictoires des gouvernements au pouvoir dans la région.

In fine, cependant, le coût réel de l’intervention militaire de la France au Sahel s’appréciera surtout en fonction de sa durée et de son poids budgétaire relativement à notre produit intérieur brut.

En attendant, les djihadistes sont loin d’avoir rendu les armes et on attend toujours que du pétrole jaillisse miraculeusement des dunes du Sahara au Mali.

Déclin économique de la France en Afrique

Le constat est indéniable. Les interventions de l’armée française n’ont pas permis à l’ancienne puissance coloniale de compenser son déclin économique en Afrique, y compris en Libye depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Bien sûr, des esprits chagrins pourront toujours intenter des procès d’intentions et arguer que de telles déconvenues ne prouvent pas l’absence de motivations lucratives.

Mais il faudrait alors prouver que les décideurs politiques avaient effectivement des arrières-pensées économiques au moment d’envoyer l’armée française en Afrique. Seuls les historiens, en l’occurrence, pourront vraiment trancher ce débat en dépouillant les archives de l’Élysée.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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  • oui .. çà dépends .. je vais vous éclairer avec un schema très classique.. de la « france afrique »
    disons que mr boléro soumissionne pour la construction du port de Conakry par exemple..
    (toute ressemblance avec des faits biens réels serait fortuite, bien entendu)

    très bien , il présente le projet mais bien évidement on lui fait part de l’impossibilité de payer le prix demandé et que les chinois sont beaucoup moins gourmands.. vous voyez?
    Alors monsieur bicolorié va voir « kidedroit » a Paris,a qui i a fait des dons pour sa campagnes électorale et lui suggères de faire un prêt a la
    guinée , afin de rafler le projet!

    quelques bakchichs plus tard mr bolaro se voit attribué la construction du port de Conakry
    dont au passage il avait augmenté
    les coût soit dit en passant..vu que personne ne paye
    Le contribuable français finance ce projet a fonds perdus puisque dans quelque années un abandonnera la créance dans le cadre de l’aide au développement et grâce au chantage a l’immigration..

    Monsieur bolaruche a transféré les sommes au Portugal , d’ou elles sont a allées alimenter un compte dans les turcos et caïmans ..
    elle est pas belle la vie?

    sinon la version militaire , c’est pareil..
    On ne va pas en Afrique pour faire du commerce , on va en Afrique pour pomper l’argent du contribuable distribué pour l' »aide au développement

    • Je n’aurais pas dit mieux. Les seuls a se mettre de l’argent dans les poches lors des interventions militaires sont les industriels dépendants de la commande publique.
      A noter cependant que l’intervention au Mali, aussi imparfaite qu’elle puisse l’être dans la forme et le fond, sert un peu de service après vente misérable de la stupide aventure Libyenne.

      • voila , le matériel , les munitions, la logistique etc..
        ce n’est pas perdu pour tout le monde.. en plus le président
        chef des armées ( hollande ne chef militaire c’était a hurler de rire) croit se refaire la cerise dans le cadre d’une intervention énorme pour éliminer 3 pouilleux dans un désert…; en plus çà montre aux despotes des environs les bienfaits de faire des affaires avec monsieur bicolorié ..
        et le couillon de payant douille!

  • La coopération c’est le transfert de l’Argent des Pauvres des pays riches au profit des Riches des pays pauvres. Et tout le monde est heureux sauf le contribuable qui paye ses impôts à cause de ces magouilles.

  • Ca n’est pas nouveau… Jacques Marseille avait déjà démontré le coût ruineux pour la France, de ses colonies (il avait voulu montrer l’inverse au début mais devant la réalité des chiffres, il a révisé sa position).

  • Un article et des commentaires pertinents mais, il est occulté deux points essentiels:
    – Le sacrifice de la vie de nos jeunes soldats « morts pour la France » dans des zones d’Afrique qui nous sont de moins en moins favorables;
    – L’immigration non maitrisée à partir de ces mêmes pays d’intervention de l’armée française. Des pays Africains qui sont en train de nous organiser une colonisation à l’envers!…

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