Sale temps sur l’épargne et les liquidités !

Safe deposit boxes by Jerome Strauss(CC BY-SA 2.0) — Jerome Strauss, CC-BY

Les banques sont submergées de liquidités et n’arrivent pas à les utiliser. Cela risque de tanguer.

Par Jean-François Faure.
Un article de L’Or et l’Argent.com

C’est une des conséquences de la politique de taux bas des banques centrales : l’épargne ne rapporte plus rien et l’argent qui dort sur les comptes courants risque d’être taxé par les établissements bancaires. Le contrat tacite entre les épargnants et les banquiers serait-il rompu ?

La banque se transforme

Le monde de la finance et celui de la banque sont en pleine mutation ! La faute à une société qui change à vitesse grand V, à l’avènement du numérique et de la société sans cash. Les banques se réorganisent avec notamment de nombreuses suppressions d’emplois.

En juillet 2019, la Deutsche Bank annonce ainsi qu’elle supprime 18 000 emplois. De nombreuses banques réduisent leurs réseaux d’agences. En effet, avec l’accès à son compte en ligne mais aussi la quasi-disparition des chèques ou bien encore la multiplication des paiements par IBAN, on a de moins en moins besoin d’aller voir son banquier à l’agence.

La crise de 2008 change la donne

C’est une conséquence, plus de 10 ans après, de la crise des Subprimes de 2008. On se souvient que pour éviter une crise de liquidités, les banques centrales et en premier lieu la FED (réserve fédérale américaine) ont offert des centaines de milliards aux banques que ce soit en dollars ou en euros. À charge pour les banquiers de faire leur métier en prêtant ces sommes aux entreprises et aux particuliers.

Maintenir la croissance par tous les moyens

Visiblement, les liquidités n’ont pas été injectées dans l’économie réelle comme prévu. En effet, la croissance n’est pas au rendez-vous, pas assez. Donc les banques centrales utilisent un autre levier et décident de maintenir des taux bas. L’argent ne coûte pas cher, donc les entreprises et les particuliers vont être incités à emprunter. Et donc les liquidités qui dorment chez les banquiers seront utilisées.

Eh bien non ! Au début du mois de septembre 2019, ce sont 1772,5 milliards d’euros qui sont stockés par les banques, en plus des réserves légales. La BCE décide dont d’imposer des taux négatifs à ce gigantesque dépôt. 0,4 % puis 0,5 % de ce qui ressemble fortement à une taxe. Faites le calcul, cela coûte 7 milliards par an aux établissements bancaires de ne pas utiliser leurs liquidités !

Haro sur l’épargne !

Et l’épargnant… En réaction, les banques qui ne peuvent que se résigner face aux décisions des banquiers centraux, décident de s’attaquer aux dépôts de leurs clients. Il faut absolument limiter l’afflux de liquidités.

On l’a tous vu, difficile de trouver aujourd’hui un produit d’épargne qui rapporte ne serait-ce qu’un petit peu plus que l’inflation, déjà faible. D’ailleurs, les particuliers en sont à préférer laisser leur argent sur leur compte courant plutôt que de le placer même sur des Livrets A.

Une récente étude Allianz évoque la somme de 600 milliards d’euros d’épargne nouvelle placée sur des comptes à vue (ou courants). C’est tout à fait étonnant. Et ça n’arrange pas les banques. Depuis la mi-septembre, un établissement bancaire français, une banque privée, a décidé de taxer elles aussi l’argent qui dort. D’autres pourraient suivre. C’est une pratique déjà connue en Suisse où certaines banques taxent à 0,5 % les comptes courants trop garnis.

Des frais de garde pour les comptes courant ?

Appliquer des taux négatifs ne revient pas à faire payer la garde des liquidités, c’est une dénomination impropre. En effet, si on compare aux frais de garde dans un coffre-fort de matières précieuses comme l’or ou l’argent, ce n’est pas la même « prestation ». Tout d’abord, un coffre-fort c’est une garantie, une sécurité. Puis l’actif placé peut prendre de la valeur tout en restant stocké donc inutilisé. Dans le cas de la taxation de liquidités sur un compte courant, la somme ne peut que diminuer, perdre de la valeur.

Le principe de la monnaie fondante ?

La Banque Centrale Européenne ne mettrait elle pas en application les principes de la monnaie fondante par Silvio Gesell ? Ce commerçant/économiste allemand de la fin du XIXe siècle considérait qu’il y avait un déséquilibre entre le producteur et le commerçant qui devaient vendre rapidement leurs produits pour qu’ils ne perdent pas de valeur… Et le consommateur dont la monnaie ne perdait pas de valeur avec le temps, pouvait donc différer son achat et l’avoir moins cher.

Alors Gesell a proposé de taxer la monnaie non utilisée. Pour lui cela augmente la vitesse de circulation de la monnaie et donc cela sert l’économie « réelle ».

Plus de croissance ? Pourquoi ?

Le titre ci-dessus peut avoir deux lectures. Le mot plus pouvant être pris dans le sens de l’augmentation ou bien dans celui de l’absence (de croissance). C’est sans doute le fond du problème. Les banques sont submergées de liquidités et n’arrivent pas à les utiliser. La plupart des pays développés vivent le plein emploi ou presque. L’inflation est inexistante. Les paradigmes de la relation à l’économie, à la consommation, à l’épargne sont en train de changer. Cela risque de tanguer.

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