Idée reçue : l’alcool est moins nocif que les autres drogues

Bere alcolici in Modo Responsabile per una migliore qualità di vita By: Gastronomia Slow - CC BY 2.0

Pourquoi toutes les drogues ne sont-elles pas mises sur le même plan en France ?

Par Eddie Willers.

Beaucoup de choses ont déjà été dites concernant l’inefficacité des politiques de prohibition. Elles créent des marchés parallèles souvent violents et mettent en danger les consommateurs qui n’ont aucune garantie sur la qualité des produits consommés. Cela fut le cas aux États-Unis lors de la prohibition de l’alcool, c’est aujourd’hui le cas en France avec les produits stupéfiants.

Je vais donc m’atteler à traiter le sujet de la prohibition française des drogues au travers de son aspect parfois le moins souligné : son manque de cohérence au regard de la politique nationale de santé publique.

Il ne vous aura pas échappé que la France est le pays de l’exception culturelle : cinéma, littérature, patrimoine, nous cherchons à protéger ce qui fait que la France « rayonne à travers le monde ». Il apparaît que le vin semble jouir lui aussi d’une forme d’exception culturelle. Nous ne comptons plus le nombre de représentants de syndicats de viticulteurs qui nous expliquent que boire un verre de vin n’est certainement pas nocif pour la santé et qu’au contraire, cela préserve.

Promotion d’une drogue

Bien que la publicité directe pour ce produit soit prohibée à la télévision, nous ne comptons plus les émissions qui mettent en avant le savoir-faire des vignerons français et la qualité de nos vins. Et ce, en particulier sur les chaînes du service public. L’État se retrouve donc à faire la promotion d’un produit qui n’est autre qu’une drogue !

Mieux que cela, selon une étude de 2010 menée au Royaume-Uni par David Nutt, Leslie King et Lawrence Phillips pour le compte de l’Independent Scientific Committee on Drugs, l’alcool est la drogue la plus nocive en tenant compte des conséquences pour l’entourage et l’individu.

Pour arriver à établir cette classification, les chercheurs ont réuni un panel d’experts, chargés de noter de 0 à 100 la nocivité d’une drogue au regard de critères qui concernent à la fois l’individu et son environnement. De cette façon, l’étude visait à tenir compte des externalités négatives de ces drogues qui sont souvent mises en avant et à juste titre.

Dans chaque sous-groupe, les conséquences de la consommation d’une drogue ont été pondérées en fonction du facteur le plus décisif. Par exemple, dans le sous-groupe « conséquences physiques pour l’individu », la mortalité directe est le facteur le plus fort, il bénéficie d’un coefficient de 100 % alors que la mortalité indirecte n’affiche un coefficient que de 80 %.

Il ressort ainsi qu’à l’échelle de l’individu, l’héroïne, le crack et les amphétamines sont les drogues les plus nocives, l’alcool arrivant en quatrième position. Cependant en tenant compte des conséquences pour l’environnement proche des consommateurs de drogues, l’alcool est de loin, la drogue la plus nocive.

Légalisation et prévention

En toute logique, si les politiques de prohibition avaient pour but de protéger la santé des Français, elles devraient donc bannir l’alcool. Cependant, au motif que la consommation d’alcool, et en particulier de vin, est ancrée dans les mœurs et constitue également un véritable enjeu économique, cela n’est pas le cas.

De mon point de vue et d’un point de vue logique au regard de la situation actuelle, les autres drogues devraient dès lors bénéficier du même traitement : légalisation et prévention. C’est ce qu’a pu faire avec succès un pays comme le Portugal au début de ce siècle où toutes les drogues y sont autorisées à la détention et la consommation : la moyenne des décès liés à la consommation de drogues est ainsi 3,5 fois plus faible que la moyenne de l’UE (European Monitoring Center for Drugs and Drug Addiction).

Alors que certains députés avaient milité en juin dernier pour une forme de dépénalisation du cannabis, la mise en oeuvre de ce projet pourrait enfin être un acte bienvenu dans l’optique de construire une politique de prévention contre les drogues cohérente.

Pour aller plus loin :

David J Nutt, Leslie A King, Lawrence D Phillips. « Drug harms in the UK: a multicriteria decision analysis ». 2010

The Economist. « What is the most dangerous drug ? ». 2019

EMCDDA. « European Drug Report ». 2018.

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