Idée reçue : l’alcool est moins nocif que les autres drogues

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Idée reçue : l’alcool est moins nocif que les autres drogues

Publié le 10 septembre 2019
- A +

Par Eddie Willers.

Beaucoup de choses ont déjà été dites concernant l’inefficacité des politiques de prohibition. Elles créent des marchés parallèles souvent violents et mettent en danger les consommateurs qui n’ont aucune garantie sur la qualité des produits consommés. Cela fut le cas aux États-Unis lors de la prohibition de l’alcool, c’est aujourd’hui le cas en France avec les produits stupéfiants.

Je vais donc m’atteler à traiter le sujet de la prohibition française des drogues au travers de son aspect parfois le moins souligné : son manque de cohérence au regard de la politique nationale de santé publique.

Il ne vous aura pas échappé que la France est le pays de l’exception culturelle : cinéma, littérature, patrimoine, nous cherchons à protéger ce qui fait que la France « rayonne à travers le monde ». Il apparaît que le vin semble jouir lui aussi d’une forme d’exception culturelle. Nous ne comptons plus le nombre de représentants de syndicats de viticulteurs qui nous expliquent que boire un verre de vin n’est certainement pas nocif pour la santé et qu’au contraire, cela préserve.

Promotion d’une drogue

Bien que la publicité directe pour ce produit soit prohibée à la télévision, nous ne comptons plus les émissions qui mettent en avant le savoir-faire des vignerons français et la qualité de nos vins. Et ce, en particulier sur les chaînes du service public. L’État se retrouve donc à faire la promotion d’un produit qui n’est autre qu’une drogue !

Mieux que cela, selon une étude de 2010 menée au Royaume-Uni par David Nutt, Leslie King et Lawrence Phillips pour le compte de l’Independent Scientific Committee on Drugs, l’alcool est la drogue la plus nocive en tenant compte des conséquences pour l’entourage et l’individu.

Pour arriver à établir cette classification, les chercheurs ont réuni un panel d’experts, chargés de noter de 0 à 100 la nocivité d’une drogue au regard de critères qui concernent à la fois l’individu et son environnement. De cette façon, l’étude visait à tenir compte des externalités négatives de ces drogues qui sont souvent mises en avant et à juste titre.

Dans chaque sous-groupe, les conséquences de la consommation d’une drogue ont été pondérées en fonction du facteur le plus décisif. Par exemple, dans le sous-groupe « conséquences physiques pour l’individu », la mortalité directe est le facteur le plus fort, il bénéficie d’un coefficient de 100 % alors que la mortalité indirecte n’affiche un coefficient que de 80 %.

Il ressort ainsi qu’à l’échelle de l’individu, l’héroïne, le crack et les amphétamines sont les drogues les plus nocives, l’alcool arrivant en quatrième position. Cependant en tenant compte des conséquences pour l’environnement proche des consommateurs de drogues, l’alcool est de loin, la drogue la plus nocive.

Légalisation et prévention

En toute logique, si les politiques de prohibition avaient pour but de protéger la santé des Français, elles devraient donc bannir l’alcool. Cependant, au motif que la consommation d’alcool, et en particulier de vin, est ancrée dans les mœurs et constitue également un véritable enjeu économique, cela n’est pas le cas.

De mon point de vue et d’un point de vue logique au regard de la situation actuelle, les autres drogues devraient dès lors bénéficier du même traitement : légalisation et prévention. C’est ce qu’a pu faire avec succès un pays comme le Portugal au début de ce siècle où toutes les drogues y sont autorisées à la détention et la consommation : la moyenne des décès liés à la consommation de drogues est ainsi 3,5 fois plus faible que la moyenne de l’UE (European Monitoring Center for Drugs and Drug Addiction).

Alors que certains députés avaient milité en juin dernier pour une forme de dépénalisation du cannabis, la mise en oeuvre de ce projet pourrait enfin être un acte bienvenu dans l’optique de construire une politique de prévention contre les drogues cohérente.

Pour aller plus loin :

David J Nutt, Leslie A King, Lawrence D Phillips. « Drug harms in the UK: a multicriteria decision analysis ». 2010

The Economist. « What is the most dangerous drug ? ». 2019

EMCDDA. « European Drug Report ». 2018.

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Voir les commentaires (36)

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  • claude henry de chasne
    10 septembre 2019 at 5 h 13 min

    Tout abus peut etre considéré comme dangereux..
    Ce qui définit une drogue pour moi , c’est l’addiction..et la rapidité avec laquelle elle s’installe.
    un alcoolique est un drogué , et les dégâts sur sa santé sont définis par la durée de l’addiction et son stade ..

    Le vin c’est la meme chose, on peut boire du vin occasionnellement sans en souffrir .. mais si on se sent obligé d’en boire 3 bouteilles par jour.. çà c’est autre chose
    pareil pour les alcools forts..
    je ne suis pas pour l’interdiction de consommer quoi que ce soit, mais a une condition qu’on ne fasse pas appel au systeme public de santé apres..
    Chacun doit etre responsable de sa propre existence et de sa santé et toute connaissance de cause.. mais l’interdit non

    • « je ne suis pas pour l’interdiction de consommer quoi que ce soit, mais a une condition qu’on ne fasse pas appel au systeme public de santé apres.. »
      Oui mais dans ce cas il ne faut pas taxer ces produits …

      • Quel rapport??
        Le vin et les alcools divers sont des produits licites et en vente libre. Ils sont donc soumis à taxation en France. Cette taxation étant un impôt comme tant d’autres. Donc si vous remettez en cause cette taxation (c’est votre droit) alors vous devez remettre en cause les taxations de tous les autres produits.
        Le système de santé français est abondé principalement par les cotisations sociales. La justification d’une taxe « santé » supplémentaire est surtout un prétexte pour ponctionner un peu plus le moutontribuable, la destination finale de cet argent ponctionné supplémentaire étant toujours des plus obscurs…

      • claude henry de chasne
        10 septembre 2019 at 12 h 30 min

        evidement

  • libéraliser les drogues , ce serait couper l’herbe sous les pieds de tout les trafiquants et dealers de notre beau pays , et je doute fort que l’exécutif prenne ce chemin là , trop risqué pour la paix sociale ; sinon ,je bois deux verres de vin par jour et je me porte très bien ;

    • Le risque pour la paix sociale n’est rien devant le risque pour l’image de nos gouvernants. Bien que je n’aie jamais vérifié à fond, j’ai comme chaque Français connaissance de plusieurs lieux tout aussi proches de chez moi que le bar du quartier, où je pourrais obtenir sans risque de la drogue. Et depuis que ces lieux sont apparus et que les autres troquets du coin ont fermé, il n’y pas eu la moindre amélioration de la paix sociale, bien au contraire !

    • @véra ah bon ? Que faites vous de la contrebande et contrefaçon -florissantes- de cigarettes ? les personnes qui pensent résoudre le problème de criminalité en légalisant ou dépénalisant les drogues se trompent.

  • L’abus de mc do est nocif pour la sante ainsi que l’abus de socialisme…mais il ne faudrait pas oublier que l’usage de la pharmacopée peut etre pire.
    Ceci dit ,le pinard a quand meme permis aux hommes de depasser leurs performances physiques, le haquik adoucit les moeurs d’une jeunesse pouvant être très très perturbante , la drogue est universellement utilisee par les hommes ou les animaux, voila les faits ,l’interdire serait pire que le mal..alors buvez…..si Greta la rouge avait son petit joint chaque matin avec un bon bol de pinard qui tache , la terre se porterait sans doute mieux pour elle !

  • En France on fait tout pour que les jeunes s’alcoolisent.
    On taxe le Coca à mort par des taxes sur le « sucre », et l’obligation de faire 10% de marge sur les grandes marques.
    Alors les ventes de Coca se sont écroulées et la bière est en passe de devenir la première boisson des jeunes….
    L’alcoolisation des jeunes, c’est aussi la conséquence des bon sentiments a imposer ses lubies pour le « bien de la population » ….

    • Et oui! Comme toujours, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas (ou ne veut pas voir!)…

    • Même le Coca sans sucre est horriblement taxé : l’état n’oublie pas le mankagagner …

      • Je note que pour vous, 0,03 euro/litre est « horrible ».
        (article 1613 du code général des impôts).
        Suis-je pour cette taxe soda ? Non.

    • Entre le sucre brut et le sucre transformé c’est comme boire du lait ou un morceau de fromage…vaut mieux la biere et le fromage c’est sans aucun doute meilleur pour la sante..peut etre ,je ne sus pas de vin.

    • Faux. La taxe sur les sodas dépend du taux de sucre, or, le coca zéro est arrivé sur le marché et représente une grosse part des ventes (je trouve 20% de PDM en 2017). Le Sprite a fortement diminué sa teneur en sucre. Est-ce que les prix ont baissé suite à la moindre taxation en découlant ? Non bien sûr.
      Le prix de la bière n’a fait qu’augmenté. En Belgique, j’ai souvenir de la 25cl à 1,20 ya moins de 10 ans. Elle est à 2 euro maintenant.
      La bière et les jeunes, c’est n’est pas une tendance forte. Ou du moins, pas sur les traditionnelles pils. Les marques développent de plus en plus des bières 0%, ou des bières light. Ou des bières sucrées moins alcoolisées. Les jeunes vont plus se torcher à la vodka achetée au night-shop 12 euro la bouteille avant d’aller en soirée (binge-drinking) parce que la bière à 7 euro en boîte, ça passe pas dans le budget…
      Bref, les ventes de soda ne se sont pas écroulées, c’était le point principal de mon intervention. Le marché évolue, c’est la vie.

    • @lequidam sans parler des boissons alcoolisées quasi gratuites dans toutes les soirées festives étudiantes… les lobbies de l’alcool savent ce qu’il faut faire …

  • u’on dépénalise la consommation de drogue, pourquoi pas?
    Mais cela devrait aller de pair avec le principe de responsabilisation du consommateur. Et ce dans tous les domaines. Ainsi que dans le monde du travail. Au vue des conséquences rapidement négative de la consommation de ces drogues dans certains métiers, il devrait être possible à un employeur de refuser d’engager quelqu’un qui les consomme sans se faire accuser de discrimination à l’embauche. Les contrats de travail devraient pouvoir mentionner l’interdiction de consommer certaines substances sous peine de licenciement car n’oublions pas que c’est à l’entreprise qu’on demandera de payer des indemnités en cas de problème sans parler des conséquences potentielles sur son propre fonctionnement.
    Alors dépénalisation mais avec responsabilisation. Et la responsabilisation de la population n’est pas à l’ordre du jour en EU et encore moins en France…

  • Cet article est fallacieux.
    Elle utilise une étude qui met en garde contre les dangers de l’alcool, comparé aux drogues usuelles, pour proposer que ces dernières soient traitées légalement en équivalence.
    – Sauf que l’étude ne dit absolument rien sur la nouvelle situation envisagée.

    De plus l’étude est ancienne (2010) et ne couvre donc pas le phénomène extrêmement grave du fentanyl, un médicament dont l’absence de contrôle a entraîné des dégâts considérables au plan individuel et de l’environnement du drogué, bien supérieur évidemment à l’alcool quand on atteint ses niveaux de diffusion.
    – Et l’auteur peut prétendre que cela sera différent avec les drogues ?

    Les libéraux ont une facilité déconcertante à se prendre pour des savants fous dans un laboratoire où des sociétés réelles seraient les cobayes – avec toute leur population et non seulement au choix des individus. La même que celle des communistes ou des écolo…

    PS: Il est intéressant de voir qu’un libéral s’intéresse en priorité aux « conséquences pour l’entourage » de l’individu, alors qu’habituellement, il n’en tient pas compte : Généralement, c’est l’environnement qui doit s’adapter à l’individu !

    • C’est par exemple pot belge pour tout le monde dans le sport amateur…

    • Toujours le même amalgame entre libéralisme et individualisme… C’est tellement pratique pour discréditer un mouvement qui veut responsabiliser les gens avec du bon sens… tout simplement…

      • Les gens ne demande rien, ils se droguent en connaissance de cause. Ce nest pas la drogue qu’il faut combattre mais les raisons qui menent a la drogue et pour cela il fait remettre en question la societe ..un poil plus difficile vu les ringards attrophies du bulbe qui menent la danse grace a des elections…democratiques ..je rigole evidement pour le terme démocratique.

    • Bof.
      Un type qui ne plaide pas pour la liberalisation des drogues n’a rien à faire à Liberland !

  • Pourquoi ?
    – bien sûr economie viticole mais aussi…
    – Marijuana tax act
    – fin des colonies, rapports nord-sud
    – tour de vis repressif après les mouvements libertaires des années 60
    – idéologie hygieno-securitaire des instances de sante publique pour les drogues qui commence à gangrener aussi la conso de vin
    – catholicisme (ceci est mon sang) ; on boit du vin dans les pays latins et de la bière dans les protestants
    – etc

  • Perso je pense qu’il y a tellement de choses à libéraliser en France … commencer par les drogues est mettre la charrue avant les boeufs . Après ça peut être pratique, on colle toute la jeunesse sous dépendance d’une drogue bien abrutissante comme l’ont fait les US à la période hippie et le gouvernement dormira tranquille… l’alcool est une drogue qui rend bien trop agressif …

  • Eddie Willers… c’est belge une fois ! La bière c’est nocif ?

  • « au motif que la consommation d’alcool, et en particulier de vin, est ancrée dans les mœurs »

    C’est un excellent motif, sinon le meilleur.

    Par ailleurs, la légalisation/pénalisation du cannabis est un très bon sujet à soumettre à référendum.

  • ce genre de législation ne repose pas uniquement sur des facteurs objectifs, pour l’alcool l’usage et la culture..

    vous imaginez de définir une manière de légiférer en fonction des effets nocifs d’une substance?
    en premier lieu il y en a de plusieurs ordres..

    d’une certain façon discuter de ça est entrer dans le jeu de ceux qui veulent nous déresponsabiliser..
    parce que après, sinon déjà ,maintenant, ça va être la bouffe..et que j’interdis ça parce que climat, ça parce que santé, ça parce pollution et merde…

    la seul equestion est pour les etre

  • Un article pour libéraliser la vente de drogues en comparant avec la vente de vin? C’est, permettez-moi le terme, ringard! C’est un argument éculé qui ne justifie d’aucune façon la vente libre de drogues hautement toxiques et dangereuses.

    • L’abstention de consommer des substances dangereuses doit résulter de la responsabilité individuelle et non de l’interdiction par autrui. Je ne vois rien d’éculé dans cet argument.

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