Jirô Taniguchi, esquisse d’une œuvre poétique et atypique : Mon année, Les années douces, L’homme qui marche

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Jirô Taniguchi, esquisse d’une œuvre poétique et atypique : Mon année, Les années douces, L’homme qui marche

Publié le 26 août 2019
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Par Johan Rivalland.

Trois œuvres bien dans le style de Jirô Taniguchi, le contemplatif, celui qui nous invite à goûter l’instant présent et à profiter des petits bonheurs de la vie. Une sorte d’éloge de la lenteur et des petits plaisirs du quotidien.

Mon année (tome 1)

Associé à Morvan cette fois, voici un Taniguchi toujours aussi pénétrant et fin psychologue. Il nous entraîne ici à la découverte de la vie d’une famille, dont l’unique fille, âgée de 8 ans, est trisomique. Or, rien ne semble à première vue l’indiquer physiquement, ce qui est bien là justement une partie de son drame.

Dans ce premier volume (malheureusement, à ma connaissance, il n’y a jamais eu de suite), on comprend quel est l’univers mental de la petite fille, quelle affection ses parents lui attachent (et inversement), les difficultés qu’elle rencontre et celles qu’éprouvent à certains égards les parents, désireux de préparer au mieux son avenir. Ce qui n’est pas toujours chose aisée, surtout lorsqu’il faut concilier soutien affectif et éducatif avec une activité professionnelle et que la compréhension de l’extérieur, école notamment, ne semble pas toujours à la hauteur des espérances.
Sujet grave, sujet sensible, mais que Taniguchi et Morvan nous présentent avec beaucoup de subtilité et de délicatesse.

Et toujours ces dessins qui, parfois mieux que des mots, parviennent à nous faire ressentir de nombreuses émotions. Cette mélancolie dans le regard de la mère, à certains moments, l’attitude parfois égarée du père, les inquiétudes de l’enfant qui aimerait tant comprendre ce qui préoccupe ses parents et souhaiterait leur venir en aide malgré sa relative impuissance, ou à d’autres moments encore, la joie ou la fierté qui peut tout aussi bien transparaître.

Et que dire de cette idée tout à fait originale et bouleversante de nous faire voir certaines images (expressions, visages, attitudes) représentées selon le regard porté par la petite fille ?

Simplement remarquable.

Les années douces (2 tomes)

L’un des seuls Taniguchi que je n’ai pas lus à ce jour est Le gourmet solitaire. Et pourtant, je serais tenté malgré tout de le rapprocher de ce premier volet des Années douces.

Il y est beaucoup question de cuisine, de saké (mais aussi de bons vins et de bière), ainsi que de petits plaisirs liés à ce que peut offrir de plus beau la nature.

Mais il y est surtout question, autour de ces plaisirs-là, d’une histoire d’amitié forte, ou plus encore d’une forme de complicité et de liens affectifs particuliers entre un homme et une femme de plus de trente ans d’écart d’âge, qui se rencontrent dans leur restaurant habituel commun.

L’un était le professeur de l’autre et se rappelle bien de cette élève déjà assez solitaire, « toujours un peu ailleurs », loin dans ses pensées plutôt que dans une scolarité appliquée, comme d’autres s’en souviennent également.

Et cette femme qui approche la quarantaine est restée toujours un peu la même. Célibataire endurcie, elle apprécie l’absence de contraintes, mais souffre parfois aussi de solitude.

À travers le regard de cet homme de plus de trente ans son aîné, elle va se sentir comme revivre, penser à travers lui, découvrir de nouvelles choses qu’elle ne savait pas voir jusque-là et se remémorer quelques petites anecdotes du passé.
Et pourtant, à part les discussions sur la nourriture et le plaisir de se retrouver au restaurant pour savourer le saké ensemble, les rapports entre les deux êtres sont souvent assez silencieux, mystérieux, voire contemplatifs. Pour ne pas dire, par moments, compliqués, bien que très simples à la fois.

Entre légèreté et petits moments de déprime, la chronique au quotidien d’une relation secrète, profonde, d’une complicité étonnante, qui se tisse au fil du temps entre deux êtres à certains égards opposés et si proches à la fois. Deux âmes qui se sentent liées.

Une histoire lente, contemplative, doucereuse, que j’apprécie sans apprécier. J’aime toujours autant la finesse des dessins de Taniguchi, la délicatesse des traits, la beauté des yeux et l’expression des regards, même lorsqu’ils sont comme ici plutôt tournés vers le vague et l’intériorité, le soin porté aux détails des paysages urbains ou sauvages.

J’aime aussi cette manière de décrire l’âme, les silences évocateurs, la force des caractères et des sentiments intérieurs. Mais ce volume (il existe également un tome 2, qu’à ce jour je n’ai toujours pas lu) n’atteint certes pas l’intensité des œuvres bien plus fortes et porteuses d’action comme Quartier lointain ou Le journal de mon père, entre autres, qui m’ont procuré beaucoup plus d’émotion. Mais il s’agit malgré tout d’un bel album, à n’en pas douter. Je n’ai tout simplement sans doute pas vraiment l’âme d’un poète…

  • Jirô Taniguchi, Les années douces (2 tomes)Casterman, août 2010, 200 pages (tome 1).

L’homme qui marche

Une fois n’est pas coutume, dès les premières minutes de lecture, j’ai sombré immédiatement dans l’ennui, malgré mes dispositions favorables.

L’histoire d’un homme contemplatif qui, sous des dehors d’adulte à la belle allure, semble plus que nostalgique, un grand enfant sans complexe, qui s’assume parfaitement dans ses agissements puérils, à moins que son enfance ait été malheureuse et qu’il la rattrape ici partiellement, nul ne le sait (si ce n’est l’auteur).

Son harmonie avec la nature ou les petits riens de la vie de tous les jours en font un homme heureux et parfaitement serein, que les événements de la vie ne sauraient perturber. Même sa femme semble s’apparenter plus à une petite fille qu’à une véritable adulte.

Un message apaisant, une décontraction salvatrice et aucun petit malheur dans cette chronique de la vie de quotidienne, où de tout événement (même le passage d’un typhon) on peut tirer des aspects positifs. De tout il semble possible d’y trouver de bons côtés (même des lunettes de vue cassées). Il est vrai que même la quasi-absence de paroles concoure elle aussi à cette sérénité qui se dégage. Cependant, rien que de parfaitement ennuyeux à la lecture, ai-je trouvé. Mais certainement que d’autres y trouveront davantage de bonheur.

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