David Koch, une vie au service de la liberté

David Koch — Gage Skidmore/Wikipedia,

David Koch est mort à 79 ans. Mécène milliardaire, il a servi la liberté durant une longue partie de sa vie.

Par Brian Doherty1.

Un article de Reason

David Koch et son frère Charles dirigeaient l’une des plus importantes fondations de mécénat politique des États-Unis. David vient de mourir à l’âge de 79 ans.

Koch était l’un des quatre enfants de Fred Koch, industriel dans le secteur pétrolier. Avec son frère aîné Charles, il est devenu l’un des Américains les plus riches grâce à la croissance de l’entreprise familiale. Les frères Koch sont devenus les bêtes noires de la gauche américaine en contribuant financièrement à des mouvements et campagnes politiques ; Koch a été pendant 36 ans administrateur de la Reason Foundation, qui publie le magazine Reason. Improprement considéré comme un conservateur ou un républicain, David Koch a toujours été un libertarien dont le travail et les dons reflètent les valeurs de la libre entreprise et d’un gouvernement limité.

Né à Wichita en 1940, David Koch a obtenu des diplômes de premier cycle et d’études supérieures en génie chimique au MIT, où il a également excellé en basketball. Après avoir travaillé pour diverses entreprises entre 1963 et 1970, dont un passage dans la société de conseil en management Arthur D. Little, il a rejoint  l’entreprise familiale en 1970 en tant que responsable du service technique de la filiale Koch Engineering pour un salaire de 16 000 dollars. Il est devenu président de la division, puis a occupé diverses fonctions au sein des entreprises familiales, dont celles de président de Koch Engineering et de vice-président exécutif de Koch Industries. Il a officiellement pris sa retraite l’année dernière en raison de problèmes de santé.

En 2005, dans une interview pour mon livre Radicals for Capitalism, Koch m’a confié que son père lui avait appris que « un gouvernement obèse était nuisible, les contrôles de l’État sur notre vie et nos finances n’étaient pas bienveillants ». Au milieu des années 1960, avec l’encouragement de Charles, il fréquente l’École de la Liberté, une institution d’enseignement libertarien fondée par Robert LeFevre, partisan du refus de l’activisme politique et de la violence, même en cas de légitime défense. Bien que LeFevre ait été l’un de leurs premiers contacts avec le mouvement libertarien, les deux frères ont nié avoir jamais embrassé l’ensemble de ses idées. Lorsqu’ils ont commencé à financer, à travailler avec des mouvements libertariens dans les années 1970, leur activisme a consisté à soutenir et à promouvoir l’École autrichienne d’économie dont Ludwig von Mises et F.A. Hayek sont des références. Les think tanks libertariens, les groupes de réflexion, d’action juridique, l’activisme populaire, les magazines, les contributions aux réformes de la justice pénale et les mouvements étudiants ont tous reçu aides et conseils des frères Koch, des années 1970 à nos jours.

Les restrictions nouvellement imposées pour le financement de la campagne présidentielle de 1980 ayant entravé la capacité des tiers à collecter des fonds en limitant sévèrement le montant du soutien de chaque donateur, David Koch a alors profité des règles permettant aux candidats de s’autofinancer à leur convenance en  devenant le candidat du Parti libertarien à la vice-présidence du pays. Lui et son co-listier Ed Clark ont obtenu plus de 1 % des voix, un record pour le Parti, et qui se maintiendra jusqu’en 2016.

À l’occasion de cette campagne, Koch avait déclaré à New York Magazine qu’il avait été enthousiasmé par la précédente campagne libertarienne dirigée par Roger MacBride, affirmant que le Parti défendait tout ce en quoi il croyait. « [MacBride] souhaitait moins de gouvernement et de taxes et évoquait l’abrogation de tout cet empilement de lois sur les crimes sans victimes. J’ai des amis qui fument de l’herbe. Je connais beaucoup d’homosexuels. C’est ridicule de les traiter comme des criminels, et c’est exactement ce qu’a dit un candidat à la présidence.»

Après avoir remporté la nomination à la vice-présidence, Koch a déclaré aux délégués libertariens réunis que « les membres du parti représentent le meilleur espoir pour la liberté humaine depuis la révolution américaine » et que « en tant qu’homme d’affaires, qui a dirigé une entreprise prospère, qui a dû faire face au harcèlement et à l’ingérence ridicule du gouvernement dans mes affaires… Je peux être particulièrement efficace pour communiquer les idées et concepts libertariens à tout entrepreneur. » Koch a qualifié cette course de « plus grande fierté » dans un bulletin d’information des anciens élèves du MIT de 1987.

En 1984, il a co-fondé « Citizens for a Sound Economy », un groupe de recherche et de défense du libre marché qui s’est ensuite scindé en « FreedomWorks » et « Americans for Prosperity », deux acteurs importants des cercles républicain et libertarien du XXIe siècle à l’ère pré-Trump, (bien que Koch n’y ait été directement impliqué), Koch a continué à faire des dons et à siéger souvent aux Conseils d’administration de mouvements de défense du libre marché ; le mécénat politique des deux frères est devenu célèbre durant l’ère Obama, en tant qu’incarnation sinistre de l’argent en politique.

Comme il en avait l’habitude, Koch refusait la plupart du temps de participer à des polémiques publiques sur ses convictions et mécénat politiques. Mais comme il me l’a confié dans cette entrevue de 2005, il en était venu à considérer la philanthropie politique comme un moyen de trouver des « vendeurs agressifs » ayant compris que l’on peut avoir le meilleur produit au monde mais sans consommateurs pour l’acheter ; il faut donc tout faire pour le vendre, notamment investir « des sommes énormes en publicité et promotion » sur le modèle de Proctor & Gamble. Il faut trouver des gens talentueux avec de bonnes idées et tenter différentes approches permettant de générer des changements politiques et philosophiques.

Koch était un expérimentateur invétéré dans ce processus, au grand bénéfice de nombreuses institutions libertariennes — il m’a confié avoir siégé à pas moins de 20 conseils à la fois.

La majeure partie de la philanthropie de Koch n’était pas politique. Il a donné des centaines de millions de dollars à la recherche sur le cancer (en 1992 il lui est diagnostiqué un cancer de la prostate), aux principales institutions artistiques et scientifiques, des musées, des écoles et la télévision publique, la majeure partie de sa philantropie institutionnelle ce concentrant à New York, sa ville de cœur depuis des décennies.

Il laisse une épouse et trois enfants.

  1. Journaliste à Reason et auteur du livre Ron Paul’s Revolution: The Man and the Movement He Inspired (Broadside Books).
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.