« Chernobyl », cinglante critique de l’État soviétique

Capture d'écran bande annonce Chernobyl

Chernobyl, la mini série de HBO, fait une critique cinglante de l’administration soviétique dans la gestion de l’accident nucléaire.

Par Frank Holub1.
Un article de Foundation for Economic Education

Au cas où vous l’auriez manqué, l’épisode final de la très acclamée mini-série en 5 épisodes de HBO Chernobyl a été diffusé le 3 juin dernier. Une fois le générique terminé, j’ai repris mon souffle dont j’ignorais même qu’il avait été interrompu, et me suis affalé dans mon fauteuil, enfin capable de laisser retomber la pression. Le spectacle était terminé, mais la force de son message et son atmosphère m’ont accompagné jusqu’au coucher.

Chernobyl : la fiction reproduit la réalité

Chernobyl met en scène les événements qui ont précédé et suivi le désastre nucléaire à la centrale nucléaire Vladimir Lenin, située près de Pripyat, en Ukraine. Cette série donne immédiatement aux événements un ton personnel, un regard à la première personne, chaque épisode suivant l’histoire d’une personne ou d’un groupe de personnes en particulier, dont les vies ont été bouleversées de façon irrémédiable quand, le 26 avril 1986, le réacteur de l’unité 4 de la centrale a explosé, relâchant d’énormes quantités de substances radioactives dans l’atmosphère, au cours de la pire catastrophe nucléaire de l’Histoire.

Si Chernobyl prend quelques libertés avec le déroulement et les détails des événements et les personnes impliquées, la série réussit néanmoins à restituer fidèlement l’histoire globale de la catastrophe et à donner un regard déchirant sur l’impact humain. Et elle ne cesse de porter des coups contre la mauvaise gestion, la corruption et l’opacité soviétiques, qui ont contribué à la catastrophe.

La série entière se focalise sur les manquements à tous les niveaux de l’État soviétique : des techniciens incompétents ou pas assez formés aux ambitieux superviseurs qui ont ignoré les protocoles de sécurité, en passant par les lourdeurs bureaucratiques qui ont stoppé les mesures susceptibles de limiter les dégâts, et le secret d’État soviétique pour tenter de dissimuler la vérité et sauver la face sur l’échiquier international. Les créateurs de Chernobyl démolissent la machine soviétique tout en saluant les héros, ces femmes et ces hommes pleins de bravoure qui ont vécu cette catastrophe et se sont battus au péril de leur vie pour tenter de contenir le désastre.

Le légendaire Legassov

Le personnage principal de la série, un physicien nucléaire russe nommé Valeri Legassov (brillamment joué à l’écran par Jared Harris), rassemble derrière lui une équipe entière, s’engageant avec son homologue Ulana Khomyuk (qui représente les douzaines de scientifiques ayant aidé Legassov durant les événements réels) dans une sorte de polar nucléaire pour tenter d’identifier les causes de la catastrophe et de limiter les dégâts.

Au cours de ces cinq épisodes, on voit Legassov se développer en tant que personnage, sa candeur initiale rattrapée par la cruelle et implacable réalité alors qu’il fait face à la puissance invisible et mortelle des radiations et à la pression de l’immense machine bureaucratique soviétique qui tente à tout prix de cacher la vérité.

Même face à ces obstacles et au coût humain pour contenir la catastrophe, il s’accroche à son désir sincère d’aider les autres et d’empêcher qu’un autre désastre ne se produise. Cigarette à la main, aidé et soutenu par Khomyuk et son opposant devenu ami Boris Shcherbina, il travaille d’arrache-pied jusqu’à la fin, pour livrer l’une des meilleures explications techniques de la catastrophe de Tchernobyl que j’aie pu voir, avec une condamnation cinglante de l’État soviétique, à la manière de L’Archipel du goulag, dans son témoignage lors du procès-spectacle soviétique qui a suivi la catastrophe. La série vaut la peine d’être regardée, rien que pour ce seul passage.

La production de la série est de qualité irréprochable : des costumes et des décors fidèles à l’époque, ainsi qu’une reproduction à l’échelle du bâtiment nucléaire détruit, ont été soigneusement conçus pour plonger le spectateur dans cet univers. Une musique bourdonnante, vibrante et une excellente conception sonore créent une atmosphère épaisse et inquiétante qui s’installe autour du spectateur comme un effrayant nuage de brouillard radioactif.

Chacun trouvera quelque chose dans cette série : de l’anticommuniste à l’amateur d’histoire, en passant par le physicien nucléaire, jusqu’à l’amateur de drame. Si vous n’avez pas encore vu Chernobyl, faites-vous plaisir et jetez-y un œil. C’est ce que la télévision offre de meilleur.

Traduction par N. L et Dominique pour Contrepoints de « HBO’s « Chernobyl » Is Stunning (and a Scathing Indictment of Soviet Bureaucracy) ».

  1. Frank Holub est diplômé du Calvin College en 2015 avec un B.A. en sciences politiques et fait partie de l’équipe de communication d’Acton, où il travaille comme éditeur de contenu Web.
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