Face à l’intelligence artificielle des Datas scientists, l’IA Powerpoint

Une « IA powerpoint » a très peu de chance de tromper durablement un fonds d’investissement même si personne ne doute du pouvoir de persuasion d’une belle présentation.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Face à l’intelligence artificielle des Datas scientists, l’IA Powerpoint

Publié le 15 mars 2019
- A +

Par Thierry Berthier.

La montée en puissance des technologies d’apprentissage automatique alimente tous les espoirs, tous les fantasmes, toutes les peurs et induit un bruit médiatique sans précédent. Le nombre d’articles « grand public » mis en ligne chaque jour sur internet et traitant du sujet de l’intelligence artificielle (IA) a explosé.

Les livres sur l’IA sont partout, se vendent bien et contribuent à un nécessaire débat face à une technologie de rupture qui va impacter l’ensemble des activités humaines. Le buzz médiatique et le bruit autour de l’IA, qui sont les effets collatéraux inévitables de cette médiatisation, ouvrent un espace d’expression à chaque contributeur quel que soit son niveau de connaissance du domaine.

Quel auteur se risquerait aujourd’hui à rédiger un livre de cent cinquante pages sur la physique quantique ou la biologie moléculaire sans une solide maîtrise du sujet ? Quand il s’agit d’IA au contraire, tout devient possible et admissible. Nul besoin d’en connaître pour produire et être lu. Un esprit libéral se félicitera de cette non confiscation par la communauté scientifique de la parole sur l’IA. Cela dit, chacun s’exprime sans contrainte de rigueur et tire avantage d’un gâteau en construction au risque de déstabiliser la recette.

Des approximations

Cette totale liberté est aussi celle des approximations, des contre-vérités, et des idéologies projetées sans pudeur selon la règle du « moins j’en sais, plus j’en dis ».

Illustrant cette tendance, un slogan circule depuis quelques mois sur les réseaux sociaux reprenant une citation de Mat Velloso, un conseiller scientifique « IA » du CEO de Microsoft :

Difference between machine learning and AI :
If it is written in Python, it’s probably ML
If it is written in Powerpoint, it’s probably AI

La communauté « opérationnelle et professionnelle » de l’IA a beaucoup relayé cette citation qui classifie l’écosystème de l’IA en deux mondes : le monde Powerpoint  décomplexé avec son lot d’approximations, de simplifications, de peurs, de rejets, de biais cognitifs, idéologiques et religieux projetés et le monde des data scientists confrontés aux réalités du terrain, à la complexité de la discipline, aux réussites, aux échecs et à l’obligation de rigueur scientifique lorsqu’ils doivent rédiger un programme, un rapport ou un article.

Le terme même d’IA suscite la méfiance des experts qui ne l’emploient pas mais lui préfère celui d’apprentissage statistique, d’apprentissage automatique ou de méthodes de calcul formel. L’emploi du mot IA devient ainsi un marqueur séparant le discours marketing – grand public du discours d’expert pratiquant.

Le dessin suivant décrit bien ce décalage de représentation d’une discipline dont on oublie qu’elle doit ses actuels succès aux statistiques. Mais comme chacun le sait, parler à longueur d’article de statistique séduit bien moins que de décliner le digramme IA à tous les modes et tous les temps. Faute de mieux, le terme IA s’est imposé et est devenu indispensable pour espérer susciter l’adhésion.

La fraude IA des startups européennes

Une récente étude portant sur l’écosystème des startups européennes se revendiquant de l’IA vient de montrer que 40 % d’entre elles n’utilisent aucune technologie relevant de l’intelligence artificielle. L’estampille IA est ajoutée artificiellement (et frauduleusement) afin de faciliter son processus de levée de fonds, espérant une réaction pavlovienne des fonds d’investissement à la seule vue de ce sigle magique.

Ce pourcentage de 40 % serait d’ailleurs largement dépassé du côté des startups américaines qui entretiennent ainsi une dynamique de bulle très risquée. Ne doutons pas que le marché corrige vite les dérives et les excès de certaines coquilles vides de l’IA qui participent au bruit et à l’écume du secteur.

Devenus plus prudents, les investisseurs sérieux ne s’engagent plus sans auditer en profondeur les solutions qu’ils sélectionnent. Une IA powerpoint a très peu de chance de tromper durablement un fond d’investissement même si personne ne doute du pouvoir de persuasion d’une belle présentation.

Un chercheur américain en informatique a d’ailleurs prouvé durant une conférence « sérieuse » en 2017 que Powerpoint était un système Turing complet (!) c’est-à-dire capable de calculer l’ensemble des fonctions calculables au même titre qu’un langage de programmation classique. Les adeptes de Powerpoint peuvent donc être rassurés : ils utilisent un système très puissant qui n’a pas à rougir devant TensorFlow, l’outil open source d’apprentissage automatique développé par Google.

Enfin, qu’elle soit écrite en Python ou en powerpoint, l’intelligence artificielle agit parfois comme une substance hallucinogène auprès de philosophes en attente de l’ultime combat idéologique. C’est précisément le cas chez Éric Sadin, philosophe des nouvelles technologies, qui consacre toute son énergie créatrice à dénoncer ce mal moderne et toxique.

Selon Sadin, l’IA est l’incarnation diabolique de l’ultralibéralisme, de la mondialisation et de la marchandisation du corps humain. Comment en a-t-il la preuve formelle ? C’est très simple : il est le seul à être parvenu à pénétrer les couches profondes des réseaux de neurones de Google pour les compter. Il en a trouvé 666…

Voir les commentaires (10)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (10)
  • excellent article, je passe mon temps a dnoncer la flagornerie autour de ce concept

  • Toujours pas compris la nuance entre intelligence et intelligence arificielle. Je suppose que l’homme a une intelligence artificielle :
    Il doit etre formaté et eduqué avant d’integrer pleinement la societé.
    Pour notre bidouille informatique , pas besoin, elle s’auto formatte et s’auto eduque pour repondre a son besoin d’exister…comme une puce ou un cafard ….idem pour l’homme sauvage !
    Je ne mettrais pas un rond dans une intelligence artificielle et les societes aurait bien tort de confier leur sort a de telles machines !.

    • Quand j’étais petit, j’apprenais des tas de mots et j’avais la difficulté de définir et rattacher les concepts auxquels ces mots se référaient.

      Aujourd’hui, je connais plein de concepts et j’ai beaucoup de difficultés à comprendre les nouveaux mots de la novlangue qui se rattachent de façon imprécise, pompeuse et (volontairement) trompeuse à ses vieux concepts.

    • Il me semble que le concept d' »artifice » est pourtant assez clair…

      • Artifice comme « feu d’artifice » peut-être : l’intelligence qui explose en lumière éclairant le monde de son infinie sagesse et de sa bien-pensance.

        • Artificiel est tiré du nom commun « artefact » qui veut dire « créé par l’homme ».

          C’est tout de suite plus clair quand on comprend le sens des mots qu’on utilise.

          • Oui, mais justement, « intelligence » dans IA a un sens très ambigu, on ne sait pas trop s’il s’agit de la faculté de comprendre les choses et d’en tirer des enseignements avec discernement, ou de la simple collecte d’informations stratégiques à utiliser de manière plus ou moins brutale comme dans « Intelligence économique ». Et ce n’est pas la seule ambiguïté ! Par exemple, l’intelligence qui serait un artefact, ça laisse entendre qu’on ne la trouve pas à l’état naturel. Pourtant, l’IA singe bien plus souvent l’intelligence naturelle qu’elle ne la complète ou l’amplifie…

          • Il m’a dit : « Je te croyais plus tolérant »

            – comment : « Tolérant » ? Maison de Tolérance, voyons ! Tolérant ! Moi, Tolérant ! (Il prend une colère subite, comme si Marius était encore devant lui)

            (César – Marcel Pagnol)

            Ma comparaison n’était qu’un jeu de mot. Mais MichelO a raison : c’est « intelligence » qui pose un problème. On prétend qu’il en existe plusieurs, on donne plusieurs sens au mot. Et au mieux, elle est « homo-centrique ».

            De fait « Machine learning » est beaucoup plus modeste et simple à comprendre. Et cela nous dispense de nous comparer aux machines.

    • « je ne connais rien au sujet mais je sais que c’est de la merde! »

      Commentaire qui illustre à merveille ce que dénonce l’article.

      Chapeau bas!

  • IA, c’est pas l’Intelligence Abrutie ❓
    IA ? hI hAn 😉

    [mode déconne] OFF

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Nous sommes à l’aube d’une nouvelle rupture technologique qui pourrait, à terme, bouleverser le marché de l’emploi. Le développement des solutions d’intelligence artificielle sur des pans entiers du marché de l’emploi aura des externalités positives indéniables, encore trop mal perçues des travailleurs.

Des transformations structurelles sans destruction massive

Selon le rapport de référence « Automatisation, numérisation et emploi » du Conseil d’orientation pour l’emploi (janvier 2017), moins de 10 % des emplois existants seront menacé... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Albert Einstein est né le 14 mars 1879 à Ulm, dans le Wurtemberg, il y a donc 143 ans. J'avais écrit un article pour UN Special, magazine des fonctionnaires internationaux à Genève, fondé en 1949 et maintenant disparu, dans lequel j'ai laissé quelques traces. 

L’Année internationale de la physique, dans laquelle nous sommes [l'article est de 2005], marque le centenaire de l’Année miraculeuse d’Albert Einstein et le cinquantenaire de sa mort, survenue le 18 avril 1955 à Princeton, dans le New Jersey.

En 1905, Einstein publie dans... Poursuivre la lecture

Par Doug French. Un article du Mises Institute

Relatant une boutade de l'économiste soviétique Nikolai Fedorenko, Yuri Maltsev a illustré le problème du socialisme dans sa préface à l'ouvrage de Ludwig von Mises intitulé Economic Calculation in the Socialist Commonwealth. Fedorenko a déclaré à l'époque, selon les mots de Maltsev, "[Un] plan économique entièrement équilibré, vérifié et détaillé pour l'année suivante serait prêt, avec l'aide des ordinateurs, dans 30 000 ans."

L'intelligence artificielle comme outil socialiste ?

Vi... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles