Devant les barricades, l’intelligence artificielle est inutile

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Artificial Intelligence & AI & Machine Learning By: Mike MacKenzie - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Devant les barricades, l’intelligence artificielle est inutile

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 décembre 2018
- A +

Par François-Xavier Marquis.

Depuis que l’intelligence artificielle est sublimée dans de nombreux discours, on a tendance à raccourcir le débat entre un hypothétique combat entre cette dernière et l’intelligence humaine. Il est surprenant de voir que l’on puisse collectivement croire que la technologie, aussi sophistiquée soit-elle, puisse entrer en conflit direct avec ses concepteurs. Dans des débats parallèles, nos sociétés s’interrogent sur le bien-fondé d’une économie qui accélère le gouffre entre ceux qui en bénéficient et ceux qui sont laissés pour compte.

Des causes multiples sont évoquées, mais parmi toutes celles qui sont formulées, certaines semblent toujours évitées : sommes-nous dans une phase où un petit nombre d’acteurs est en train de s’emparer de l’économie globale ? Plutôt que l’intelligence artificielle, est-ce que le danger pour l’humanité ne repose pas sur l’appétit immodéré de certains acteurs ? Est-ce que les technologies numériques, en lieu et place d’un immense progrès, ne sont pas en passe de devenir une arme de domination, entre des mains peu soucieuses de l’enjeu collectif ?

Un déni de technologie

Ce qui m’interroge le plus est que le fait de poser sans fard ces questions, de présenter une alternative, de chercher la controverse, est le plus souvent considéré comme un déni de la technologie. Au contraire, elles donnent aux acteurs responsables l’opportunité d’apporter des réponses citoyennes, de montrer la façon dont la technologie peut être utilisée, d’expliquer, de rassurer, d’accompagner. Dans le même mouvement, elles interpellent les responsables politiques sur la mise en place des protections et la construction des règles d’équité qui structurent les sociétés démocratiques.

Notre société numérique est en passe, si l’on n’y prend garde, de construire un modèle dans lequel un petit nombre d’individus s’approprierait le bien de tous en appauvrissant le plus grand nombre : qu’aurions-nous alors de plus que le modèle féodal ?

L’inquiétude, l’incompréhension, la crainte pour ses enfants… sont palpables sur le terrain : avec quelle légitimité nous permettrions-nous de répliquer « circulez il n’y a rien à voir » ? Le développement de ces technologies est un véritable enjeu social, une extraordinaire opportunité de rapprochement pour tous, un potentiel d’amélioration des conditions de vie de chacun. Mais pour cela, il faut que l’on soit dans une logique de patrimoine inclusif et non dans celle de l’enrichissement exclusif.

L’équilibre entre les entreprises et les Nations

Les technologies de la dématérialisation posent frontalement le débat de l’équilibre entre les entreprises, dont le but est d’avoir des résultats, et celui des Nations dont l’objet est de mutualiser les ressources : c’est en partie le rôle de l’impôt que de permettre cette cohérence. Mais l’accroissement des profits de certains va de pair avec leurs recherches de ce qui est appelé pudiquement de l’optimisation fiscale. Posons ce débat : est-il normal que l’investissement collectif bénéficie à des acteurs qui s’exonèrent de la contribution fiscale dont les montants auraient pu être affectés aux enjeux collectifs, comme il se devrait dans une société démocratique ?

Il est logique de voir les citoyens se lever contre une injustice tout autant perçue que réelle. Comment faire accepter aux uns des efforts alors qu’ils voient tous les jours d’autres s’en extraire sans aucune logique, sans aucune transparence, sans aucune légitimité ? Faute d’avoir la main sur les acteurs économiques, la colère se reportera sur les États, faisant le jeu de ceux qui, au final, bénéficient de l’opacité qu’ils ont eux-mêmes créée.  Cette distorsion entre l’enjeu privé et la nécessité démocratique n’est pas récente, ni uniquement liée au numérique, mais l’économie de cette dernière pose crûment les débats. Il serait irresponsable de ne pas y répondre, sinon la violence que l’on voit aujourd’hui dans les rues de nos villes ne sera que le triste début d’un long chemin d’incompréhension entre ceux qui possèdent indûment et ceux qui sont exclus du développement.

Il y a urgence à donner du sens au développement numérique, à remettre les citoyens au cœur du débat. Ceci est d’autant plus important qu’il est facile de faire croire que ces « nouvelles » technologies sont complexes : laisser se créer une société qui aurait des membres à même de comprendre et d’autres non, des membres qui auraient le droit de profiter des retombées économiques et d’autres non… est suicidaire pour la démocratie.

Franchement, n’est-il pas temps de poser clairement les enjeux, de considérer que l’avis de chacun est aussi important que celui de son voisin et d’avancer, à la vitesse nécessaire pour que les bénéfices de ces technologies profitent à tous ? Car devant des barricades, l’intelligence artificielle est inutile.

François-Xavier Marquis est auteur et conférencier. Il est l’auteur de Société numérique. Patrimoine humain ou crime contre l’humanité ? paru en novembre 2018 aux éditions L’Harmattan.

 

Voir les commentaires (5)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (5)
  • « Il est surprenant de voir que l’on puisse collectivement croire que la technologie, aussi sophistiquée soit-elle, puisse entrer en conflit direct avec ses concepteurs. »
    – Pourquoi? Le concept de singularité est-il vraiment absurde?

    • claude henry de chasne
      19 décembre 2018 at 19 h 19 min

      pour écrire un article sur l’intelligence artificielle encore faut il savoir comment çà marche..
      je vais essayer de rester basique

      un systeme d’intelligence artificielle est bâti sur 4 principes:
      une bas de regles (la regle du jeu)
      une base de connaissances ( les éléments du savoir de base)
      une base de faits ( les éléments d’observation)
      un moteur d’inférence ( celui qui va faire fonctionner tout çà)
      et enrichir les bases ..

      un systeme d’IA ne dépends plus de ses concepteurs parce qu’il
      « apprend » comme un individu au fur et a mesure de ce qui constate, et enrichit sa structure du savoir par l’expérience qu’il intègre

      se demander si les concepteurs vont dominer le monde , c’est un peu tard , c’est deja le cas

  • « de construire un modèle dans lequel un petit nombre d’individus s’approprierait le bien de tous en appauvrissant le plus grand nombre »
    ATTERRISSEZ ! Ce modèle est déjà largement en place en France et dans le monde. Les gilets jaunes vont être imités…

    • Idem aux USA, comme l’union de l’establishment et des media contre Trump l’a démontré! Ils préféraient Hillary Clinton, dont la corruption et l’avidité pour l’argent sont connues de tous!

  • Le sens n’est pas un problème individuel. Pourquoi, il faut qu’il y aie des experts qui doivent trouver le sens de quelque chose. C’est l’avant garde autoproclamée qui donne le sens de la réalité.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Doug French. Un article du Mises Institute

Relatant une boutade de l'économiste soviétique Nikolai Fedorenko, Yuri Maltsev a illustré le problème du socialisme dans sa préface à l'ouvrage de Ludwig von Mises intitulé Economic Calculation in the Socialist Commonwealth. Fedorenko a déclaré à l'époque, selon les mots de Maltsev, "[Un] plan économique entièrement équilibré, vérifié et détaillé pour l'année suivante serait prêt, avec l'aide des ordinateurs, dans 30 000 ans."

L'intelligence artificielle comme outil socialiste ?

Vi... Poursuivre la lecture

Par Marc Bidan et Meriem Hizam.

Cette contribution évoque une drôle d’histoire. Il s’agit d’un simple grain de sable dans un scénario pourtant bien huilé. Ce grain de sable, cette anomalie, ce bug, cette erreur permet de replacer l’intelligence humaine au centre de ce qui est présenté – bien souvent par abus de langage – comme artificiel. Ainsi, même les robots sauront bientôt mentir !

À partir de ce paradoxe, cet article montre la persistance de la présence humaine dans l’intelligence artificielle. Il s’agit de dérouler et décr... Poursuivre la lecture

Les ganacheries tombant aussi aisément au sujet des algorithmes qu’à Gravelotte, trouver une nourriture de l’esprit équilibrée et éclairante relève de la tâche pascalienne. Aurélie Jean est de celle-ci. Mêlant pédagogie et nuance, elle fait entendre sa voix et ses messages aux quatre coins du globe, seule échelle à la mesure de cette globetrotteuse hyperactive.

À l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Les algorithmes font-ils la loi ?, aux éditions de l’Observatoire, Aurélie Jean a répondu aux questions de Corentin Luce.

<... Poursuivre la lecture
Voir plus d'articles