Salaire minimum : quel impact sur les bas salaires à New-York ?

P1040970.JPG By: Gustaf von Dewall - CC BY 2.0

Le salaire minimum promet d’aider les plus pauvres mais en réalité ne fait qu’aggraver leur situation.

Par Aurélien Chartier, depuis les États-Unis.

La bataille pour augmenter le salaire minimum aux États-Unis continue à faire rage. Incapable de passer une législation au niveau fédéral, les progressistes concentrent désormais leurs efforts sur les grandes villes des côtes Est et Ouest. Aux côtés de San Francisco et Seattle, New York fait partie des figures de proue du mouvement. Actuellement à $10.40 par heure au niveau de l’État, le gouverneur Andrew Cuomo a signé un plan qui montera progressivement ce salaire minimum à $15. Réélu confortablement à presque 58% au début du mois, il y a peu de chance qu’il revienne sur ce plan.

Dès janvier, toute société de onze employés ou plus devra payer $15 dans la ville de New York. Les petites sociétés les rejoindront au janvier 2020. Les comtés urbains suivront en 2022 et les ruraux auront droit à plus de souplesse suivant les impacts sur le niveau de chômage. Au total, plus de 2,3 millions de personnes sont concernées directement.

Au même moment, une étude du CATO Institute note que l’État de New York a le taux d’émigration entre États le plus important du pays avec 0.65 immigrant pour un émigrant. Cela correspond à plus de 75.000 foyers fiscaux déménageant en dehors de l’État chaque année. Heureusement, cette tendance est en partie compensée par les immigrants étrangers pour le moment. Mais difficile de ne pas y voir une tendance inquiétante.

Travailleurs clandestins

En 2015, une série d’articles du New York Times s’intéressait aux salons de manucure. Traditionnellement tenus par des immigrées asiatiques et avec des clientes relativement aisées, c’est le portrait rêvé d’une société capitaliste qui exploite les pauvres immigrés au profit des riches. Reason répondait à ces articles à l’époque, pointant notamment que les travailleuses en question étaient souvent en situation illégale et ne seraient pas impactées par une hausse du salaire minimum.

Las, ces arguments n’auront aucun écho chez la gauche new-yorkaise qui préfère son conte de fée marxiste où un salaire bas est forcément le signe qu’il y a exploitation. Une avocate, interviewée à l’époque, qualifie ses clientes de « simplettes incapables d’agir dans leur intérêt ». Le mépris de classe n’est pas forcément où l’on pense.

Dans ce même article, on apprend sans surprise que les employées de ces salons sont principalement payées au noir, ce qui rend les lois sur le salaire minimum peu applicables. Mais, cela les rend encore plus vulnérables aux inspections ciblées du Department of Labour. Un transfert du pouvoir législatif vers le pouvoir exécutif qui semble très douteux. Surtout quand la cible concerne un groupe qui vote peu, tel que les immigrés asiatiques.

Il leur reste encore cependant un avantage : la loi de l’État permet de compter les pourboires comme partie du salaire. Tous comme les serveurs de restaurants, les employées de salons de manucure peuvent ainsi être payées moins que le minimum légal, tant que les pourboires comblent la différence. Bien que cette loi pourrait disparaître dans les années qui suivent, cela explique en partie pourquoi les restaurants ne protestent pas plus contre cette montée du salaire minimum.

Dans la ligne de mire de la gauche new-yorkaise

Un autre secteur d’activité n’a pas cette chance : les lave-autos. S’ils étaient pourtant parmi les premiers à automatiser leur service, il y a eu un retour en arrière massif dans les années 1980, notamment en Californie et à New York. La raison ? Les clients préfèrent payer légèrement plus pour un service à la main de meilleure qualité. Impuissants face aux fientes d’oiseaux tenaces et causes de rayures à répétition, les automates ne sont pas encore au niveau des humains pour le lavage de voiture.

Là encore, ce secteur emploie principalement des immigrés, en majorité originaires d’Amérique latine. Et là encore, ce secteur est dans la ligne de mire de la gauche new-yorkaise qui veut absolument sauver ces travailleurs de l’exploitation, quitte à les priver d’un emploi. À la tête de ce mouvement, un syndicat (RWDSU pour Retail, Wholesale and Department Store Union) qui entend faire des lave-autos « un modèle de campagne de ce qu’il est possible de faire ». David Mertz, directeur new-yorkais du syndicat, peint un tableau digne de Germinal avec des « employés travaillant entre 60 et 70 heures par semaine ». Clairement un enfer inimaginable pour un syndicaliste.

Le succès du syndicat reste cependant limité avec seulement onze lave-autos adhérents en 2016… soit 4% des lave-autos de la ville de New York. Aujourd’hui, on apprend sans surprise que deux lave-autos ont fermé depuis et que trois autres ont fini par abandonner le syndicat. Reste donc six lave-autos syndiqués. On pourrait croire que cela inciterait RWDSU à repenser sa stratégie mais David Mertz se contente de répondre que « nous n’avons pas toutes les données en main ».

Pour en savoir plus, Jim Epstein de Reason est donc allé à la rencontre de Ervin Par, un immigrant guatémaltèque de 37 ans, employé dans un des six lave-autos encore syndiqués. Son témoignage est sans appel :

Ils viennent juste collecter leur argent, mais je ne vois aucun bénéfice économique à être dans ce syndicat. Au sein de mes collègues, nous sommes une majorité à vouloir en sortir.

Se préparant à la montée du salaire minimum, plusieurs lave-autos se dirigent de nouveau vers l’automatisation. Mais les prix sont souvent trop prohibitifs pour les petites structures qui préfèrent revendre leur terrain à d’autres business. Dans d’autre cas, une condamnation des autorités pour permettre le travail au noir a fait fermer plusieurs lave-autos. Ne reste plus qu’un terrain vague et des dizaines d’emplois disparus.

Cette situation ne fait cependant pas que des malheureux. Pour les gros lave-autos, membre d’une chaîne, cette évolution est une excellent nouvelle. Ayant assez d’argent pour couvrir les frais d’automatisation et ne devant plus faire face à la concurrence du lavage à la main, ils peuvent se permettre de proposer un service moins bon pour un prix plus important. Un exemple assez criant de théorie de la capture.

Le travail au noir

Dernière solution possible : le travail au noir. Les anciens employés de lave-autos travaillent directement dans la rue en petits groupes. Sans besoin de payer des impôts ou de se protéger de la bienveillance douteuse des syndicats. Mais aussi sans assurance santé. Et sous la menace permanente des traques du Department of Labour à la suite des dénonciations des lave-autos qui restent dans la légalité.

David Mertz reconnaît que la situation n’est pas idéale, mais argumente :

On ne peut pas permettre à certains de ne pas respecter la loi et les réglementations qui protègent les travailleurs, même si c’est pour leur permettre d’avoir des opportunités d’emplois. Ce serait un pacte avec le diable.

Ou peut-être que le pacte avec le diable est cet ensemble de lois et de réglementations qui prétend protéger les pauvres et a pourtant exactement l’effet contraire.

Incapable de se remettre en question, la gauche new-yorkaise continue sa course effrénée vers le socialisme, comme en témoigne l’élection récente d’Alexandria Ocasio-Cortez. Pendant ce temps, l’État se dépeuple silencieusement, de nombreux travailleurs partant chercher de meilleures opportunités ailleurs. Forcément, ça va bien se terminer.