Suspiria : un remake audacieux et bancal

Le remake du film d’horreur classique de Dario Argento sort aujourd’hui dans les salles françaises. Casting de rêve pour un film trop long.

Par Aurélien Chartier.

Si on devait faire la liste des films d’horreur culte mais complètement inconnus du grand public, Suspiria figurerait certainement très haut. Chef d’œuvre du réalisateur italien Dario Argento, il constitue une transition dans sa carrière du giallo vers le cinéma fantastique. On y retrouve donc des éléments classiques du giallo, tel que le meurtrier masqué avec une arme brillante dans une main gantée de noir. Le fond de l’histoire est clairement teinté de fantastique avec ses sorcières et son atmosphère ésotérique. Enfin, le film est principalement connu pour son esthétique baroque pleine de couleurs primaires criardes, ainsi que sa bande-son anxiogène composée par le groupe de rock progressif Goblin.

Si un remake était en projet depuis de nombreuses années, il a fallu attendre 2018 pour voir le projet aboutir, soit plus de 40 ans après l’original. Le choix du réalisateur s’est porté sur Luca Guadagnino, principalement connu pour son film de 2017 Call Me By Your Name et ses quatre nominations aux Oscars. À ses côtés, on retrouve un casting prestigieux avec Tilda Swinton (qui joue trois rôles, dont un masculin), Dakota Johnson, Chloë Grace Moretz et Sylvie Testud.

L’intrigue au cœur de Berlin

Si le squelette de l’histoire est le même, de nombreux nouveaux éléments sont ajoutés. Le plus notable : le remake se déroule dans le Berlin de la guerre froide au lieu de la ville plus occidentale de Fribourg. Cela permet d’insérer une intrigue secondaire avec la RAF, organisation terroriste d’extrême-gauche et responsable de nombreux kidnappings, explosions et assassinats.

Cela n’ajoute malheureusement quasiment rien à l’intrigue principale, bien que le réalisateur juge nécessaire de rappeler à de nombreuses reprises leur présence dans le fond via la télévision ou la radio. De façon similaire, le thème de l’Holocauste est présent via un psychiatre survivant, mais dont la femme a disparu à cette époque. Là encore, le lien avec l’histoire est ténu.

Tout ceci contribue à une durée massive de deux heures et demi, très loin des 98 minutes de l’original. Même les amateurs fervents de film d’horreur en viendront à penser que le rythme du film pourrait être plus hâté. Au lieu de cela, de nombreuses scènes semblent tenter de reproduire l’aspect artistique du film de 1977 sous une forme différente, donnant à l’ensemble une cadence décousue et parfois ennuyeuse.

Sur l’aspect artistique justement, Guadagnino a fait le pari audacieux de s’éloigner considérablement de l’original. Le ton est ici résolument gris avec une pluie ininterrompue et des décors intérieurs très sobres. La bande-son est composée par Thom Yorke de Radiohead, mais est très loin d’être aussi marquante que les mélodies angoissants de Goblin.

Casting féminin

Au sein d’un casting quasi-exclusivement féminin, Tilda Swinton rayonne dans son rôle de Madame Blanc, la directrice de l’école de danse, qui semble hanter ces lieux. Difficile de la reconnaître dans son second rôle de vieux psychiatre calme et posé. Les jeunes actrices Dakota Johnson, Mia Goth et Chloë Grace Moretz sont parfaitement crédibles dans leur rôle d’étudiantes dépassées par les évènements. Enfin, Jessica Harper, tête d’affiche du film de 1977, a droit à un petit rôle vers la fin du film.

Un autre élément réussi du film est l’aspect horrifique, avec notamment une scène particulièrement effrayante où une danse de l’actrice principale cause de façon surnaturelle le démembrement d’une autre étudiante, emprisonnée dans une salle voisine. Le mélange de la grâce de la danse et du gore est impressionnant et magistralement exécuté. D’autres scènes sont frappantes, sans arriver au même niveau d’horreur pure. On pourra critiquer le choix du réalisateur d’avoir autant de nudité, ce qui n’est guère un élément de choc efficace en 2018 et n’apporte rien à ces scènes.

Ce remake de Suspiria est présenté comme composé de « six actes et un épilogue ». Cela résume parfaitement à la fois les aspects long, dispensable et pompeux. Peut-être trop ambitieux, le remake aurait gagné à se concentrer sur ses quelques points forts, plutôt que se répandre dans de nombreuses directions hasardeuses. Là où l’original savait rester cohérent via sa cinématographie, son remake semble se résumer à une collection de scènes sans réel fil rouge, le tout peu aidé par un rythme détendu et souvent creux.